L’habituation à la mort : sagesse antique et initiation maçonnique
- Par Stéphane Itic
Pages 27 à 37
Citer cet article
- ITIC, Stéphane,
- Itic, Stéphane.
- Itic, S.
https://doi.org/10.3917/cdu.109.0027
Citer cet article
- Itic, S.
- Itic, Stéphane.
- ITIC, Stéphane,
https://doi.org/10.3917/cdu.109.0027
Notes
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[1]
Homére, Odyssée, XI, v. 489-491
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[2]
Qohéleth, IX, 4
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[3]
Voir par exemple Psaumes 48, 18-20 ; 46, 14 ; 87, 5-7 ; Proverbes 27, 20 ; Job 7, 9
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[4]
On trouve une idée équivalente dans la mythologie égyptienne où les défunts bienheureux sont accueillis dans les « Champs des Offrandes » (Sekhet Hotep) et les « Champs des Roseaux » (Sekhet Iarou), ou même dans le judaïsme pharisien qui promet aux justes et aux pieux une résurrection complète lors de la fin des temps.
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[5]
Cet article n’ayant pas pour but de synthétiser les diverses habituations philosophiques antiques déjà bien connues, nous renvoyons le lecteur à quelques titres parmi d’autres : J. Moreau, Le Sens du platonisme ; J. Brun, L’Épicurisme ; M. Conche, Lucrèce et l’expérience ; P. Hadot, La Citadelle intérieure et Apprendre à philosopher dans l’antiquité : l’enseignement du Manuel d’Épictète et son commentaire néoplatonicien.
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[6]
Voir Lucrèce, De la nature, III, v. 1053-1075.
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[7]
Voir également le « gobelet aux squelettes » du trésor de Boscoreale ( ca. Iersiécle av. J.-C., Musée du Louvre) qui proposait au banqueteur de déguster son vin en adressant une pensée aux grandes figures défuntes de la littérature et de la philosophie grecque.
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[8]
Voir la condamnation épicurienne explicite de ce type de propos, qui semblent être une lamentation sur le caractère éphémère de la vie, dans Lucrèce, De la nature, III, v. 912-930.
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[9]
Durant ces neuf jours, les morts recevaient des offrandes végétales (fleurs, fruits, graines, huile et vin) qu’ils étaient censés consommer durant un bref et imperceptible retour sur terre.
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[10]
Cette promesse était cependant déjà présente dans la littérature avec l’évocation des «Îles de Bienheureux » par Hésiode (VIIIe-VIIe s. av. J.-C.) ou Pindare (VIe-Ves. av. J.-C.), puis dans la philosophie platonicienne (Ve-IVe s. av. J.-C. ; voir par exemple Gorgias 523a1-527e8 et La République, X, 614a-621d).
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[11]
Montaigne, Essais, I, 20
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[12]
Ibid. : « Apprenons à le soutenir de pied ferme, et à le combattre. Et pour commencer à lui ôter son plus grand avantage contre nous, prenons voie toute contraire à la commune. Ôtons-lui l’étrangeté, pratiquons-le, accoutumons-le. N’ayons rien si souvent en la tête que la mort. À tous instants représentons-la à notre imagination et en tous visages. »
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[13]
Voir par exemple J.-M. Berlioux, « Relire le mythe d’Hiram », La Chaîne d’Union,n°102, 2022.
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[14]
F. Nietszche,Considérations intempestives, 1873-1876.
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[15]
Montaigne, Essais, II, 6.
Lorsqu’il identifie la peur de la mort comme étant l’une des plus grandes sources d’angoisse pour l’esprit humain, le philosophe grec Épicure se réfère, sans la nommer explicitement, à une vision de l’au-delà héritée d’Homère, où la vie après la mort est décrite comme une existence diminuée à l’extrême, un reflet morne et pâle de l’existence terrestre. En effet, sous la plume d’Homère, la mort n’est pas la cessation absolue de l’existence : c’en est plutôt la continuation, sous sa forme la plus réduite et totalement dénuée d’énergie vitale. Ainsi, lorsqu’il évoque les défunts, Homère qualifie ces derniers d’«épuisés » (καμόντες / kamontés) ou d’« exsangues » (κεκμηκότες / kekmēkotés) pour indiquer qu’ils sont entièrement vidés de tous les éléments constitutifs de la vie. Pour autant, les morts n’en continuent pas moins à connaître dans l’Hadès une persistance ectoplasmique aussi atonique qu’éternelle. Les perspectives sur l’au-delà, offertes par la vision homérique – qui constituait le soubassement de la culture commune à toutes les cités grecques – étaient, pour le moins, désespérantes. Le premier à en faire l’amère expérience ne fut-il pas l’illustre Achille lui-même ? En contrepartie d’un renom immortel, le héros de l’Iliade avait en effet consenti à mourir dans la fleur de l’âge sous les remparts de Troie ; mais dans l’Odyssée, son fantôme, évoqué, parmi d’autres, par l’art nécromantique d’Ulysse, confesse qu’il regrette son choix passé et que l’existence la plus humble parmi les vivants s’avère supérieure à la royauté chez les mort…