Compte rendu

Actualité du transfert

Pages 206 à 207

Citer cet article


  • Fajnwaks, F.
(2009). Actualité du transfert. La Cause freudienne, 71(1), 206-207. https://doi.org/10.3917/lcdd.071.0206.

  • Fajnwaks, Fabian.
« Actualité du transfert ». La Cause freudienne, 2009/1 N° 71, 2009. p.206-207. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-cause-freudienne-2009-1-page-206?lang=fr.

  • FAJNWAKS, Fabian,
2009. Actualité du transfert. La Cause freudienne, 2009/1 N° 71, p.206-207. DOI : 10.3917/lcdd.071.0206. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-cause-freudienne-2009-1-page-206?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lcdd.071.0206


Juan-Pablo Lucchelli : Le Transfert de Freud à Lacan. Préface d’Éric Laurent. Presses Universitaires de Rennes, 2009, 238 pages

1À une époque où certains chercheurs en neurobiologie sont, selon eux, sur le point de localiser la cause de nombreux symptômes au niveau cérébral – dépression, T.O.C., symptômes de la schizophrénie, de l’autisme – qu’ils tentent ce faisant de réduire à de simples phénomènes neuronaux, cet ouvrage rappelle un fait fondamental. Parmi tous les concepts fondamentaux de la psychanalyse, s’il en est un qui résiste aux changements d’époque, c’est bien le transfert, parce qu’il consiste, contrairement à ce qu’on peut penser, en un certain « réalisme ». Comme Juan-Pablo Lucchelli le note dès l’introduction, le transfert implique qu’il y a bel et bien un réel en jeu. Ce réel, identifié par Lacan à une jouissance propre à l’être parlant, tient à une donnée concrète : la psychanalyse se perpétue parce qu’il y a quelqu’un qui vient et viendra rencontrer un analyste pour lui parler de ce qui lui manque. Si la science forclôt le sujet en ramenant l’amour à une histoire de phéromones qui varient face à certains stimuli, le transfert en revanche implique le sujet de l’énonciation, c’est-à-dire un sujet qui parle et, bien entendu, quelqu’un capable d’écouter cette parole.

2Ce parcours qui va de Freud à Lacan concernant le transfert, comment l’entendre ? Éric Laurent nous donne une clé dans sa préface en signalant qu’il s’agit là d’une métaphore – substitution impliquant une transformation des éléments en jeu. Là où Freud voyait résistance au progrès de la cure, actualisation du passé, mise en acte du complexe d’Œdipe via la répétition, Lacan permet de différencier transfert et répétition pour – à partir de son Séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse –, séparer l’Idéal du moi de l’objet (a). Le transfert devient alors la mise en acte de la réalité sexuelle de l’inconscient, connectant avec le fantasme fondamental. À travers l’interprétation, le renversement opéré par Lacan donne ainsi une chance (tuchè), non pas à ce qui se répète dans le signifiant, mais justement à ce qui ne se répète pas. La pulsion apparaît bel et bien comme ce reste irréductible de la demande, non symbolisable comme tel. Mais J.-P. Lucchelli ne se limite pas à effectuer ce parcours. D’une part, son travail peut se lire comme une introduction à l’abord par Freud et par Lacan de ce concept fondamental en psychanalyse, ce qui constitue déjà un travail peu fréquent dans la littérature analytique. Mais surtout, il reprend les choses depuis le début de l’enseignement de Lacan pour situer toute la complexité théorique et clinique du transfert. Le lecteur retiendra l’originalité de la lecture du cas Dora à l’aide du graphe de Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien, et d’une proposition de lecture de Jacques-Alain Miller. Également originale, la reprise du cas de l’Homme aux rats à partir des indications de Lacan dans Le mythe individuel du névrosé et de la « formule canonique » de Lévi-Strauss concernant son célèbre article, « La structure des mythes ».

3La relecture du Banquet de Platon par Lacan, dans son Séminaire Le transfert, permet à Lucchelli de situer la particularité de ce concept si particulier qu’est le désir de l’analyste. Il s’agit ainsi d’une scansion fondamentale dans l’enseignement de Lacan que Lucchelli a bien su repérer. L’auteur reprend la lecture par Lacan du Banquet de Platon, en actualisant les références bibliographiques, ce qui constitue un travail d’érudition non négligeable, peu fréquent dans le milieu analytique. Lucchelli montre comment l’originalité de l’apport de Lacan va à l’encontre de la plupart des commentateurs du Banquet depuis Léon Robin, en donnant une pertinence inédite à la parole donnée à Diotime dans ce dialogue. En suivant les travaux de J.-A. Miller, Lucchelli développe deux métaphores concernant l’amour dans le dialogue platonicien, mais aussi dans l’expérience de la cure. La première métaphore que Lacan évoque dans son commentaire est celle du passage de l’aimé à l’aimant, d’erômenos à erastès : dans le transfert, l’analysant situe du côté de l’analyste ce qui lui manque. Une seconde métaphore s’ajoute à ce premier mouvement. Elle correspond au moment où Socrate, le désirant, devient le désiré, l’aimé, à partir de l’entrée d’Alcibiade dans le dialogue. Dans la manœuvre de Socrate vis-à-vis d’Alcibiade, Lacan voyait l’anticipation de la position de l’analyste, et Lucchelli en tire ici toutes les conséquences sur le plan clinique et pour le dispositif analytique. C’est dans une relecture du concept de « désir de l’analyste » que l’auteur peut actualiser certains mathèmes du graphe du désir lesquels, selon les dires de J.-A. Miller, « appartiennent à une strate antérieure de son enseignement ». Le lecteur pourra ainsi rafraîchir et renouveler sa lecture du fameux graphe de Lacan où le fantasme inconscient ne saurait se réduire à son versant imaginaire.

4La considération du transfert dans le traitement des psychoses, les difficultés dans son maniement et la singularité de la position de l’analyste dans ce travail sont examinées dans un dernier chapitre à travers un cas clinique passionnant que Lucchelli interroge dans toute sa complexité.


Date de mise en ligne : 01/12/2017

https://doi.org/10.3917/lcdd.071.0206