Éditorial
- Par Hervé Regnauld
Page III
Citer cet article
- REGNAULD, Hervé,
- Regnauld, Hervé.
- Regnauld, H.
https://doi.org/10.3917/lig.903.0000
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Notes
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[1]
Deleuze G. (1968) Différence et répétition. P.U.R. 1-409 ; Derrida J. (1968) La Différance, Bull.Soc.Fr.Philosophie, 1-29.
1La notion de différence a fait l’objet de multiples travaux et, en particulier, de deux textes iconiques, parus en 1968 (année différente des précédentes) écrits par Deleuze et par Derrida [1] qui écrit le terme avec un a : différance. Ces deux philosophes emblématiques de ce que la french philosophy a de différent expriment différemment une idée commune : la différence est le fondement ontologique de l’être actuel. Derrida écrit « la différance m’a paru stratégiquement le plus propre à penser… le plus irréductible de notre époque ».
2L’enjeu est clair : s’il n’y a pas de différence il n’y a pas de divers. Pour que l’être soit pensable il faut qu’il soit conçu comme ce qui est commun à plusieurs réalités. Il faut donc diverses formes de réel. La différence est donc, selon Deleuze, « ce par quoi le donné est… donné comme divers ». Il ajoute « l’être se dit en un seul et même sens de tout ce dont il se dit, mais ce dont il se dit diffère : il se dit de la différence elle-même ». La notion, ontologique, d’être, dépend d’un processus de différenciation. De ce fait si l’être se dit d’une même façon de toutes les diversités, toutes ces diversités sont également dignes d’être. Derrida écrit alors que cette différance « ne commande rien… n’exerce aucune autorité. Non seulement il n’y a pas de royaume de la différance mais celle-ci fomente la subversion de tout royaume ».
3Il est dommage que ces deux philosophes n’aient pas été assez lus et compris. Une différence existe mais ne peut jamais être le fondement d’une différenciation, d’une hiérarchie, d’une séparation, d’un apartheid ou d’un royaume. Hélas les illettrés utilisent la notion de différence pour justifier d’une domination des uns sur les autres, différents. Symétriquement, selon une classique dialectique, les différents infériorisés proclament que leur différence est une qualité méprisée et qu’elle doit être, au contraire, mise en valeur. Suivant les rapports de force politiques le différent d’hier peut devenir le dominant d’aujourd’hui. Quelles différences ? Le régime sera-t-il plus égalitaire, ou s’agit-il simplement d’un changement de normes hiérarchiques ? L’enjeu est immense et le débat tout autant.
4Ce numéro aborde la différence selon diverses approches et avec différentes méthodes. Puisse-t-il inciter à relire Deleuze et Derrida, ces différents démocrates.