Gérald Bloncourt et Michael Löwy, Messagers de la Tempête. André Breton et la Révolution de janvier 1946 en Haïti, Pantin, Le Temps des Cerises, 2007, 181 p.
Pages 179c à 188c
Citer cet article
- MOREAU DE BELLAING, Louis,
- Moreau de Bellaing, Louis.
- Moreau de Bellaing, L.
https://doi.org/10.3917/lhs.162.0179c
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- Moreau de Bellaing, L.
- Moreau de Bellaing, Louis.
- MOREAU DE BELLAING, Louis,
https://doi.org/10.3917/lhs.162.0179c
1 Haïti, la première République noire à s’être libérée dans le sillage de la Révolution française, « l’Île prodigieuse » exaltée par Breton dans La Clé des champs en exergue des vers inouïs de Magloire-Saint-Aude, est aussi une terre où se multiplient les révoltes qui débouchent le plus souvent sur de nouvelles dictatures, soutenues par les États-Unis d’Amérique en vertu d’un statut semi-colonial. Si Haïti a inventé la république dans la Caraïbe, la démocratie n’est pas parvenue jusqu’à présent à y élire domicile. Les révoltes, en effet, s’accompagnent presque immanquablement de violences incontrôlées qui trouvent leur origine dans une extrême pauvreté, comme l’a encore démontré le passé récent. Celle de janvier 1946 qui fait l’objet de l’ouvrage ne fait pas exception à la règle. Mais ce qui est ici particulièrement remarquable, c’est l’étroite corrélation entre art populaire et révolution. Outre celui des révolutions avortées, l’un des autres clichés attachés non sans fondement à Haïti, c’est la richesse des arts plastiques et plus particulièrement de la peinture dont Gérald Bloncourt qui retrace ici un fragment de son autobiographie centré sur les événements de 1946 est lui aussi un exemple, mais plus sur le versant « savant » que sur celui de l’« art naïf » qui a fait la renommée d’Haïti, en particulier grâce à Hector Hyppolite dont Breton a acquis plusieurs toiles lors de son passage.
2 Du seul point de vue historique, il serait objectivement très exagéré d’attribuer à André Breton un rôle actif dans le déclenchement de l’insurrection des « Cinq Glorieuses » (du 7 au 11 janvier 1946) car celle-ci était en gestation aussi bien dans la décennie précédente retracée par Gérald Bloncourt que dans la publication de poèmes révolutionnaires (par exemple Étincelles de René Depestre) et dans l’agitation en milieu étudiant. Héritiers de Jacques Roumain, l’écrivain-ethnologue, auteur de Gouverneurs de la rosée publié après sa mort survenue en 1944, fondateur du Parti communiste d’Haïti en 1934, les nouvelles générations s’inspiraient aussi de l’exemple russe et d’un marxisme-léninisme réinterprété : ce fut le modèle de l’Iskra qui fut invoqué pour publier la revue La Ruche.
3 Invité par Pierre Mabille, conseiller culturel à l’ambassade de France, André Breton vint en Haïti sur les traces d’Aimé Césaire en décembre 1945. Il y rencontra de jeunes peintres et écrivains, fit des conférences sur le surréalisme, se prononça dans de nombreux entretiens pour l’émancipation d’Haïti, mettant en rapport de convergence « poésie et révolution ». À la suite d’un numéro de La Ruche qui lui fut consacré, les rédacteurs René Depestre et Théodore Baker furent arrêtés et incarcérés quelques jours, ce qui déclencha un appel à la grève générale qui déboucha sur la destitution du président Elie Lescot. Ce dernier fut remplacé par une junte qui expulsa Gérald Bloncourt, considéré comme Français (son frère Tony avait été fusillé à Paris en 1942 pour faits de résistance), mais aussi André Breton puis Pierre Mabille.
4 L’intervention de Breton apparaît ainsi comme un catalyseur, non comme le déclencheur de la révolte. Ces jeunes marxistes-léninistes, ainsi qu’ils se définissaient eux-mêmes, n’étaient d’ailleurs pas sans l’inquiéter, lui qui était au fait, contrairement à ses interlocuteurs, des ravages du stalinisme.
5 Pris dans les remous de la crise haïtienne, le poète du « Dialogue créole » s’est démarqué de toute instrumentalisation visant à l’associer par trop étroitement à l’immédiateté des événements : « D’aucuns n’avaient eu aucun scrupule à user de moi contre mon gré. Cela serait moins compréhensible venant d’un autre lieu qu’Haïti où tout ce qui arrive au jour est fallacieux » précise-t-il dans une lettre datée du 3 avril 1946, non sans évacuer les miasmes de l’étang en fermentation gangrénant la fée caraïbe, pour ne retenir de son passage et de ses rencontres que le souffle régénérateur des cérémonies vaudou auxquelles il a tenu à participer : « Le véritable ressort du pays est dans le tambour vaudou, qui mêle le sentiment d’une détresse sans limite d’une espérance forcenée. » (Volume « Manuscrits » du catalogue de la vente André Breton, 11 et 12 avril 2003, Paris, Hötel Drouot, p. 186-187).
6 L’ouvrage reproduit des documents issus de la collection de Gérald Bloncourt et d’ailleurs. Sur les photos, André Breton apparaît aux côtés du peintre cubain Wifredo Lam et de Pierre Mabille, mais pas de ses interlocuteurs haïtiens. Le seul poète haïtien auquel il rendit hommage par la suite fut d’ailleurs Clément Magloire-Saint-Aude dont il conservait dans son atelier, 42 rue Fontaine, deux photographies prises avec lui.
7 Sont également reproduites des peintures, hélas en noir et blanc. Ce sont les « affinités électives » de Michael Löwy pour le surréalisme et la révolution qui justifient qu’il se soit passionné pour cette confluence qu’il a mise en perspective dans son étude introductive.
8 Claude Maillard-Chary et Claudie Weill
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Date de mise en ligne : 01/02/2008
https://doi.org/10.3917/lhs.162.0179c