Article de revue

L'éthique des déclassés

Pages 285 à 295

Citer cet article


  • Hazard, B.
(2003). L'éthique des déclassés. L'Homme, 167-168(3), 285-295. https://doi.org/10.4000/lhomme.21545.

  • Hazard, Benoît.
« L'éthique des déclassés ». L'Homme, 2003/3 n° 167-168, 2003. p.285-295. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-l-homme-2003-3-page-285?lang=fr.

  • HAZARD, Benoît,
2003. L'éthique des déclassés. L'Homme, 2003/3 n° 167-168, p.285-295. DOI : 10.4000/lhomme.21545. URL : https://shs.cairn.info/revue-l-homme-2003-3-page-285?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/lhomme.21545


Notes

  • [1]
    À propos de Philippe Bourgois, En quête de respect : le crack à New York, Paris, Le Seuil, 2001 (« Liber »).
  • [2]
    Le Barrio est le quartier portoricain de East Harlem (New York) qui, au début des années 1980, connut une explosion du commerce et de la consommation de crack.
  • [3]
    Expression de Philippe Bourgois désignant la génération issue de l’immigration portoricaine et vivant à New York.
  • [4]
    P. Bourgois décèle ces attitudes dans la compréhension écologique de Frederic M. Trasher (1927) et dans la « culture de pauvreté » décrite par Oscar Lewis (1985).
  • [5]
    L’auteur montre que la relation d’amitié sacrée du compadrazgo – ou relation de parrainage – régente la solidarité et les obligations entre le propriétaire d’une maison de crack et ses revendeurs.
  • [6]
    La « situation d’indétermination culturelle » est au cœur des travaux d’Abdelmalek Sayad (1999).
  • [7]
    Cf. Charles-Henri Pradelles de Latour dans sa relecture du constat posé par Franz Boas au début du xxe siècle : « Les enfants d’immigrés européens arrivés aux États-Unis s’éloignent ostensiblement des coutumes et façons de penser de leurs parents, bien que celles-ci aient été vivement entretenues dans des communautés fermées ne regroupant chacune que des Siciliens, des Calabrais, des Polonais ou des juifs » (2001 : 151).
  • [8]
    Par exemple, dans l’ouvrage de Whyte (2002), la culture de la communauté italo-américaine formait un système social organisé autour des activités de la rue. Plus récemment, cette culture a été définie comme « un système culturel composé d’un ensemble ordonné de pratiques, un système unifié d’attitudes personnelles et de relations ». Ses grands traits se retrouvent dans les pratiques d’une sociabilité adolescente, les formes de l’interaction verbales valorisant la parole et la croyance en son efficacité symbolique, l’échange de violence physique, les formes ludiques et sportives des pratiques agonistiques (Lepoutre 1997 : 22-23).
  • [9]
    Dans son manifeste Pour une anthropologie des mondes contemporains, Marc Augé distingue cinq modèles de révisions qui assurent le renouvellement de la discipline, dont celui du « hors-jeu » : « Est déclaré “hors-jeu”, l’anthropologue qui, du fait des objets empiriques qu’il choisit ou de la manière de les traiter, est considéré par une partie de la profession comme se situant au-delà des limites du jeu, au-delà du dernier défenseur de la légitimité anthropologique » (1994 : 62 et passim chap. III).
  • [10]
    Par cette expression, Nancy Scheper-Hugues désigne l’anthropologie culturelle.
  • [11]
    Ces situations dans lesquelles l’objet et le rapport de l’anthropologue à cet objet relèvent d’un contexte commun sont couramment désignées sous l’expression hâtive de « nouveaux terrains ». Plusieurs réflexions récentes usent de terminologies différentes : à la suite de Marc Augé (1994), Michel Agier (1997) parle « d’évolution des contextes » ; la revue Ethnologie française avance l’expression de « terrains minés » (Dionigi 2001) ; plus récemment, Jeremy MacClancy (2002) avance l’idée d’« une anthropologie des lignes de fronts ».
  • [12]
    Philippe Bourgois écrit : « Cet ouvrage est donc l’espoir que “l’écriture anthropologique peut être un lieu de résistance”, et traduit ma conviction que les chercheurs en sciences sociales doivent et peuvent “tenir tête au pouvoir” » (p. 47).
  • [13]
    Un rapide inventaire de la littérature sur East Harlem (Frazier 1955 ; Clark 1969 ; Horwitz 1971) montre que les items de la drogue, de la prostitution et de la violence sont récurrents.
  • [14]
    Cf. John Locke, Essai sur l’entendement humain, Paris, J. Vrin, 1972 (1re éd. 1690).

Dans l’introduction de Outsiders (1985), Howard S. Becker avançait que la déviance résulte d’une interaction entre des normes et des types de comportements particuliers, d’une part, et de sa désignation, d’autre part. Et il ajoutait : « Mais nous devons conserver à l’esprit que les normes créées et conservées par cette désignation, loin d’être unanimement acceptées, font l’objet de désaccords et de conflits parce qu’elles relèvent de processus de type politique à l’intérieur de la société » (ibid. : 41). Cette réflexion sur les tensions politiques qu’une société exprime à partir de son rapport aux normes établies n’est pas étrangère à l’entreprise de Philippe Bourgois, auteur d’En quête de respect, une ethnographie des revendeurs de crack du Barrio. Mais toute déviance correspond-elle à un message à l’endroit des règles sociales dominantes ? Jusqu’où le relativisme moral de l’anthropologie peut-il avancer dans la compréhension de ces comportements ? Telles sont les questions posées par ce livre, dont je présenterai le contenu avant de discuter, dans un deuxième temps, la portée heuristique de la « culture de rue », puis, dans un troisième, les attendus éthiques.
Avant de plonger dans la lecture suffocante, dans les descriptions parfois insoutenables et les récits douloureux qui composent cette ethnographie – dont on doit vanter l’extrême sensibilité –, les premières pages de l’ouvrage consacrées au quotidien actuel des rues de East Harlem invitent à une profonde respiration…


Mots-clés éditeurs : autodestruction, culture de rue, drogue, éthique, Portoricains, résistance

Date de mise en ligne : 01/12/2003

https://doi.org/10.4000/lhomme.21545

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