Que peut l’État contre l’islamisme ?
Pages 57 à 59
Citer cet article
- SCHOETTL, Jean-Éric,
- Schoettl, Jean-Éric.
- Schoettl, J.-É.
https://doi.org/10.3917/ehlm.502.0057
Citer cet article
- Schoettl, J.-É.
- Schoettl, Jean-Éric.
- SCHOETTL, Jean-Éric,
https://doi.org/10.3917/ehlm.502.0057
Que peut l’État contre l’islamisme ? D’abord, se ressaisir dans ce domaine comme dans d’autres. Sans excès, mais sans états d’âme. Une guerre sainte, la pire de toutes, nous a été déclarée : il faut faire face, si possible en présentant un front commun entre familles politiques.
1Pour cela, il nous faut renforcer nos moyens de lutte contre le radicalisme et le terrorisme (fermeture de mosquées où se profèrent des discours de haine, dissolution des associations islamistes, expulsion des étrangers radicalisés, assignations à résidence plus strictes des radicalisés dangereux…). En sortant de l’état d’urgence, nous avons perdu des moyens d’action alors que le péril demeure au même niveau d’intensité.
2Les questions migratoires sont incontournables car évidemment liées (compte tenu des cultures d’origine des migrants) à la sauvegarde du modèle républicain. A cet égard, il faut réduire le flux d’entrée (limitation des visas et du regroupement familial, évaluation sérieuse des capacités d’intégration lors de la première délivrance d’un titre de séjour) et se donner les moyens d’éloigner les indésirables (suppression de l’automaticité du renouvellement de la carte de résident, simplification de la procédure de reconduite à la frontière pour rendre celle-ci plus effective, pression accrue sur les pays d’origine pour coopérer au rapatriement de leurs ressortissants). Dans l’état du monde contemporain, avec la montée du fondamentalisme comme phénomène géopolitique durable et l’explosion démographique en Afrique, une immigration massive en provenance d’outre Méditerranée est ingérable. A court terme, elle déborde nos dispositifs d’accueil ; à moyen terme, elle compromet l’intégration ; à plus long terme, elle expose la société française à de graves déchirements. En matière d’asile, il faut prendre en compte les capacités d’assimilation et le risque pour l’ordre public non seulement de ceux qui ont commis ou participé à des actes terroristes, mais également de ceux qui adhèrent à l’idéologie qui en constitue le terreau.
3Il faut imposer, dans tous les cas d’accès à la nationalité, une vérification de l’assimilation et, lorsque cette condition est d’ores et déjà prévue par le code civil, l’appliquer plus rigoureusement qu’aujourd’hui. La délivrance des titres de séjour elle-même devrait reposer sur une vérification, beaucoup plus sérieuse qu’aujourd’hui, de l’intégration et de la maîtrise du français.
En 1791, Stanislas de Clermont-Tonnerre déclarait : « Il faut tout leur refuser en tant que nation ; tout leur accorder comme individus »
Modifications du droit et obstacles constitutionnels
5Ces modifications du droit peuvent se heurter à des obstacles constitutionnels ou conventionnels. Il ne faut pas s’interdire par avance de « renverser la table » par des lits de justice ou par la résistance aux jurisprudences inacceptables des cours supranationales (par exemple l’opposition de la CEDH à l’expulsion des terroristes en fin de peine au motif qu’ils seraient exposés, dans leur pays d’origine, à un procès inéquitable). Un traité se renégocie. La Constitution peut être révisée.
6Il ne faut transiger avec l’islamisme radical ni dans les quartiers, ni dans les services publics, ni dans les entreprises, ni bien sûr à l’école.JM Blanquer le disait excellemment dans une entrevue accordée à l’Express en mai 2018 : « Il faut fournir aux enseignants un corpus d’éléments clairs, portant à la fois sur le contenu, et sur l’attitude à adopter, par exemple, lorsqu’une assertion scientifique est contestée au nom de la religion. Deuxièmement, il ne faut pas que les professeurs se sentent seuls. Nous sommes une institution d’un million de personnes, et je veux que chaque professeur sente qu’il y a un million de personnes derrière lui pour résoudre les problèmes qu’il rencontre. » La proposition de loi constitutionnelle « garantissant la prééminence des lois de la République », qui vient d’être votée au Sénat (19 octobre 2020) arrive à point nommé pour nous rappeler l’urgence. Elle comprend deux articles. Le premier complète l’article 1er de la Constitution pour affirmer que « Nul individu ou nul groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour s’exonérer du respect de la règle commune » (cette « règle commune » visant, outre les lois et règlements publics, les règlements intérieurs des entreprises et des associations). Le second article précise que les partis politiques doivent respecter, outre les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie, comme le prévoit déjà l’article 4 de la Constitution, le principe de laïcité. Cette proposition doit être saluée pour la motivation dont elle est assortie : énoncer plus fermement et plus explicitement que jusqu’ici, et au plus haut niveau de la hiérarchie des normes, les principes sur lesquels peuvent se fonder le maire, le chef d’entreprise, le principal de collège, le médecin d’hôpital pour s’opposer aux revendications communautaristes qui menacent notre société d’éclatement.
La conception républicaine de l’égalité des droits
7En 1791, présentant la loi sur l’émancipation des juifs, Stanislas de Clermont-Tonnerre déclarait : « Il faut tout leur refuser en tant que nation ; tout leur accorder comme individus ». Cette formule contient toute la conception républicaine de l’égalité des droits, de la souveraineté de la Nation et de l’unicité du peuple français. Elle sous-tend les plus fondatrices de nos dispositions constitutionnelles. Faut-il rappeler que l’assimilation n’implique pas le reniement de ses origines ? Les Français d’origine italienne, espagnole, portugaise, polonaise, russe, arménienne, vietnamienne, comme la grande majorité des Français d’origine maghrébine, le savent bien. Mais au-dessus est la Nation qui doit s’aimer ellemême et fédérer individus et communautés ouverte.
L’école, un havre contre le communautarisme
8L’école doit réapprendre à raconter la Nation avec tendresse.Je rêve par exemple de voir ressusciter ce livre de lecture qui a accompagné encore les plus âgés d’entre nous dans les petites classes : le “Tour de France par deux enfants”. Pourquoi André et Julien, les deux petits orphelins lorrains héros de cette histoire, ne seraient-ils pas campés aujourd’hui par deux petits frères nigérians découvrant la France après avoir fui les persécutions de Boko Haram ?
Faut-il rappeler que l’assimilation n’implique pas le reniement de ses origines ? Mais audessus est la Nation qui doit s’aimer elle-même et fédérer individus et communautés ouvertes
10Il est urgent de renforcer la pédagogie de la laïcité, en appelant de la façon la plus ferme et la plus claire les établissements publics d’enseignement à leurs obligations de neutralité à l’égard des cultes : l’appartenance à un culte ne doit jamais faire l’objet d’une différence de traitement, qu’elle soit positive ou négative (congés, sports, tenue vestimentaire, mixité, enseignements de l’histoire ou des sciences naturelles…) ; les comportements provocateurs, comme le refus de certains cours, doivent être sanctionnés.
11L’école doit être un havre contre le communautarisme, le sexisme, la judéophobie et le radicalisme. Elle doit participer à la reconquête des territoires perdus de la République. La tradition de l’école républicaine est que les assignations ethniques et religieuses doivent être laissées au vestiaire pour que l’enfant se construise de façon autonome et en bonne intelligence avec ses semblables, c’est-à-dire accède à la condition de citoyen.