La vie psychique des réfugiés. Élise Pestre. Paris : Payot et Rivages 2010
- Par Claire Mestre
Pages 370b à 371b
Citer cet article
- MESTRE, Claire,
- Mestre, Claire.
- Mestre, C.
https://doi.org/10.3917/lautr.036.0370b
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- Mestre, C.
- Mestre, Claire.
- MESTRE, Claire,
https://doi.org/10.3917/lautr.036.0370b
Ce n’est pas un titre trompeur. L’analyse minutieuse d’Élise Pestre, psychologue clinicienne, explore avec gravité et profondeur la vie psychique de ceux qu’elle a abordés et surtout écoutés. Ce sont des exilés, tous ayant traversé des épreuves particulièrement mortifères et annihilantes, que sont la torture, les persécutions politiques et les génocides, on les appelle les réfugiés.
Cette aventure scientifique et humaine commence par une épreuve personnelle quand Élise Pestre se retrouve à travailler sur le récit de demande d’asile d’une femme rwandaise dont la famille a été victime de génocide. Prise dans les paradoxes de cette demande de dire pour prouver, elle fait de cet inconfort psychologique un sujet de doctorat, avec au centre de ses interrogations « la question de l’instrumentalisation du sujet par la preuve ».
Il n’est pas possible d’aborder la vie psychique des réfugiés sans rendre compte du contexte politique et juridique qui contraint fortement la position subjective et la clinique. L’auteur fait un détour par l’-histoire de la demande d’asile, ses aspects juridiques, en s’appuyant utilement sur des analyses sociologiques, anthropologiques et philosophiques. La partie clinique est absolument passionnante, juste et pertinente quand on en connaît la difficulté. On lira avec beaucoup d’attention le chapitre « Comment faire face à l’injonction à témoigner » qui est remarquable, minutieux et très éclairant sur les enjeux et les processus psychiques mis en jeu lors de l’injonction de récit, qui est obligatoire pour légitimer toute demande d’asile…