VOIR HÉLÈNE EN TOUTE FEMME, Peintures de Maurice Mathieu, Barbara Cassin, Les empêcheurs de penser en rond, Synthélabo, 208 p.
- Par Danièle Cotinat
Pages 385b à 388b
Citer cet article
- COTINAT, Danièle,
- Cotinat, Danièle.
- Cotinat, D.
https://doi.org/10.3917/lautr.002.0385b
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- Cotinat, D.
- Cotinat, Danièle.
- COTINAT, Danièle,
https://doi.org/10.3917/lautr.002.0385b
L’ouvrage de Barbara Cassin se présente comme une toile qui se tisse au fil de chaque page, émaillé de peintures, collages, superpositions de calques, certains dentelés, soulevés comme des voiles, qui font écho au texte et parfois s’en écartent.
Le thème, la belle Hélène, la terriblement belle Hélène qui séduit encore les vieillards de Troie, aux portes de la ville, au moment dramatique du combat singulier opposant Pâris et Ménélas, ses deux maris. Belle et pourtant… Ce n’est pas si simple. En elle, depuis la nuit des temps, celui du récit premier d’Homère, ne cesse de se tramer et se retramer le portait contrasté d’une héroïne insaisissable et pour laquelle se versèrent pendant dix ans le sang et les larmes.
Insaisissable parce que très double dans toute son histoire, ouverte, pliable, comme un collage, à toutes les interprétations, femme entre toutes les femmes, emblème de la féminité au point qu’on peut « voir Hélène en toute femme » mais aussi « émiettée de tous côtés », elle interroge les hommes et les femmes : Hécube, dans La guerre de Troie n’aura pas lieu, crie : « Voilà cinquante ans que je suis femme, et je n’ai jamais pu au juste savoir ce que j’étais ».
L’auteur et le peintre, Maurice Mathieu, se livrent à un travail très minutieux de compilateurs de mythes, un jeu de coupé-collé, une rhapsodie qui rassemble et renoue sans cesse les textes essentiels de l’Antiquité à nos jours traversés par Hélène, sans mener une enquête d’historien qui risquerait d’aboutir à une impasse…