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Article de revue

Les « fils de Balzac » en campagne (1846-1862)

Pages 149 à 176

Citer cet article


  • Diaz, J.-L.
(2023). Les « fils de Balzac » en campagne (1846-1862) L'Année balzacienne, 24(1), 149-176. https://doi.org/10.3917/balz.024.0149.

  • Diaz, José-Luis.
« Les “fils de Balzac” en campagne (1846-1862) ». L'Année balzacienne, 2023/1 n° 24, 2023. p.149-176. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-l-annee-balzacienne-2023-1-page-149?lang=fr.

  • DIAZ, José-Luis,
2023. Les « fils de Balzac » en campagne (1846-1862) L'Année balzacienne, 2023/1 n° 24, p.149-176. DOI : 10.3917/balz.024.0149. URL : https://shs.cairn.info/revue-l-annee-balzacienne-2023-1-page-149?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/balz.024.0149


Notes

  • [1]
    « La modernité de Balzac selon Gautier », Bulletin de la société Gautier, 2015, no 37, « Gautier/Balzac : parcours croisés », p. 85-101. – « “Ses personnages vivent”… », exposé dans le cadre du colloque du GIRB à la Maison de Balzac : « Vivre (avec) le personnage », juin 2017, à paraître.
  • [2]
    La modernité, le personnage, le romanesque et son influence sociale (« Des romans à vivre ou De l’influence sociale du romanesque balzacien », exposé dans le cadre du séminaire du GIRB sur le romanesque balzacien, juin 2021, à paraître dans les actes) ; Balzac considéré comme penseur (« Balzac philosophe, penseur, inventeur, chercheur : la réception critique, 1831-1906 », exposé au séminaire du GIRB, décembre 2019 sur « Balzac : l’inventeur réinventé ») ; « Balzac comme figure médiatique », exposé à la Maison de Balzac, 2020, à paraître) ; Balzac selon ses premiers biographes (« Comment Balzac entra en biographie », in Philippe Desan et Daniel Desormeaux (éd.), Les Biographies littéraires. Théories, pratiques et perspectives nouvelles , Classiques Garnier, 2018).
  • [3]
    Paul Gaschon de Molènes, « Revue littéraire. Les derniers romans de M. de Balzac et de M. Frédéric Soulié » (sur David Séchard), Revue des Deux Mondes, 1er décembre 1843, p. 810-829. – Charles de Mazade, « Des œuvres littéraires de ce temps. Le roman, la poésie et la critique », ibid., 15 juin 1846, p. 1014-1040. – Eugène Lerminier, « De la peinture des mœurs contemporaines. Œuvres complètes de M. de Balzac », ibid., 15 avril 1847, p. 193-216.
  • [4]
    Armand de Pontmartin, « Les fétiches littéraires. I. M. de Balzac », Le Correspondant, novembre 1856, p. 311-329. Eugène Poitou, « M. de Balzac, étude morale et littéraire. Ses œuvres et son influence sur la littérature contemporaine », Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1856, p. 713-767 ; Du roman et du théâtre contemporains et de leur influence sur les mœurs, A. Durand, 1857.
  • [5]
    Chaudesaigues annonce que Balzac « pourra voir avant peu, de ses fenêtres, le cadavre de sa réputation traîné aux gémonies » (« Écrivains contemporains. M. de Balzac. III. Une fille d’Ève », Revue de Paris, 1839, t. XI, p. 37, repris dans Les Écrivains modernes de la France, Gosselin, 1841, p. 229).
  • [6]
    Le Correspondant, art. cité, p. 312-313.
  • [7]
    Sur laquelle on lira l’ouvrage de Stéphane Vachon, 1850. Tombeau d’Honoré de Balzac, Montréal, XYZ, coll. « Documents », et Presses universitaires de Vincennes, 2007.
  • [8]
    « Chronique de la Revue suisse. Octobre », Revue suisse et chronique littéraire, octobre 1850, t. XIII, p. 682. L’article rend compte avec éloge des bonnes feuilles parues dans un journal, L’Ordre, du livre sur Balzac de Gustave Desnoiresterres qui paraîtra daté de l’année suivante.
  • [9]
    « M. de Lamartine ne voit guère moins en lui que le Molière du roman, ce qui ferait de Molière le Balzac de la comédie ; les romanciers réalistes ou d’après nature, comme voudrait plutôt les appeler l’un de ceux qui ont le mieux l’intelligence et la conviction du genre, M. Champfleury, le réclament hautement pour leur maître et leur chef de file. Un critique philosophe et peut-être, au fond, très réaliste aussi, plus spirituel en tout cas que spiritualiste, M. Taine, lui consacre en ce moment, dans le Journal des Débats, une de ces études méthodiques, serrées et roides, mais fortes, qui vous étreignent comme une chaîne aux anneaux de fer, et qui lui ont fait aussitôt un genre et une réputation » (« Chronique de la Revue suisse », Revue suisse, février 1858, t. XXI, p. 127).
  • [10]
    Elme-Marie Caro, « Le roman contemporain. M. de Balzac, son œuvre et son influence. Première partie », Revue européenne, 1er octobre 1859, t. V, p. 6-7.
  • [11]
    « Voici deux jeunes volumes qui m’arrivent comme pour rouvrir la lice et accepter le tournoi en l’honneur de l’illustre romancier ; l’un consacré tout entier à sa gloire, l’autre se terminant par une étude qui est presque un panégyrique ; si bien que, pour rendre compte de ces deux ouvrages et relever ce gant, brodé peut-être par la duchesse de Langeais ou madame de Mortsauf, je suis forcé, – quel désavantage ! – de riposter par un sermon » (« Honoré de Balzac. À propos de MM. Clément de Ris et Armand Baschet », Causeries littéraires, Michel Lévy frères, 1854, p. 294).
  • [12]
    Ibid., p. 293.
  • [13]
    Le Cahier brun (1847-1868), éd. Patrick Labarthe, avec la collaboration de Bénédicte Elie, Genève, Droz, 2017, p. 222.
  • [14]
    Champfleury, « À M. de Balzac », [Dédicace] de Feu Miette. Fantaisies d’été, Paris, Martinon et Sartorius, 1847, p. 7. Baudelaire apprécie beaucoup cette dédicace de Champfleury, alors très proche de lui : « Il est impossible de placer des œuvres plus sensées, plus simples, plus naturelles, sous un plus auguste patronage. Cette dédicace est excellente, excellente pour le style, excellente pour les idées. Balzac est en effet un romancier et un savant, un inventeur et un observateur ; un naturaliste qui connaît également la loi de génération des idées et des êtres visibles. C’est un grand homme dans toute la force du terme ; c’est un créateur de méthode et le seul dont la méthode vaille la peine d’être étudiée » (« Les Contes de Champfleury : Chien-Caillou, Pauvre Trompette, Feu Miette », Le Corsaire, 18 janvier 1848).
  • [15]
    Grandes figures d’hier et d’aujourd’hui. Balzac, Gérard de Nerval, Wagner, Courbet, Poulet-Malassis, 1861, p. 108. Ces propos ont déjà paru dans La Mode, le 25 septembre 1853, dans une publicité non signée en faveur de la nouvelle édition Houssiaux de La Comédie humaine, qu’il convient donc d’attribuer à Champfleury.
  • [16]
    Champfleury, « La statue de Balzac », Paris illustré, 28 mai 1887, p. 74, de même que les citations suivantes.
  • [17]
    Le Roman expérimental, Charpentier, 1881, p. 336. Avant Champfleury, l’expression a déjà été reprise à propos de Zola par un feuilletoniste de La Liberté qui signe « Y » : « C’est un spectacle tout à fait réjouissant de voir M. Zola […] proscrire l’imagination sans répit ni miséricorde dans les œuvres de l’esprit et se proclamer pourtant fils de Balzac, le plus prodigieux imaginatif de notre histoire littéraire. À la vérité, il arrange les choses en disant : “Ce sont les ignorants qui trouvent de l’imagination dans Balzac !” – Il faut croire ou que M. Zola seul est véridique, ou que Philarète Chasles était un âne : pas de milieu » (« À travers champs », 9 janvier 1885). Dès le mois qui suit la parution du texte de Champfleury, et comme encouragé par elle, « Y » revient à la charge dans une « Causerie » qui prélude par ces mots : « […] pas un Grimaud de lettres, depuis trente ans, qui ne se soit proclamé fils de Balzac ». « Y » devine que Balzac était trop aristocrate pour apprécier une telle populace admirative (13 juin 1887). En un autre sens, pour dire cette fois l’influence que les personnages balzaciens ont eue sur des personnes de la vie réelle, l’expression a déjà été employée avant Zola et Champfleury : « Balzac d’ailleurs, plus créateur qu’observateur… osons le dire… a produit une génération, bien plutôt que cette génération ne l’a produit. Nous sommes les fils de Balzac ; nous réalisons aujourd’hui tous les types de La Comédie humaine, mais avec toutes les différences qui s’établissent entre un caractère rêvé et une existence sérieuse » (Henry M, « Les Notes sur Paris de M. Frédéric-Thomas Graindorge », La Vie parisienne, 1er juin 1867 p. 393).
  • [18]
    Pour compléter le panorama ici proposé, on pourra lire le passage de la « Préface » de Stéphane Vachon à son Mémoire de la critique sur Balzac (PUPS, 1999), intitulée « Premier culte » (p. 9-13), ainsi que les deux rééditions commentées et annotées de Marie-Bénédicte Diethelm ci-après mentionnées.
  • [19]
    Voir sur ce point Stéphane Vachon, « Champfleury, Balzac et Castille. Complément à une “Note sur Balzac, Nerval et Champfleury” », Le Courrier balzacien, no 67, 2e trimestre 1987.
  • [20]
    Dans sa deuxième édition, le titre de l’ouvrage est le suivant : Honoré de Balzac. Essai sur l’homme et sur l’œuvre, avec des notes historiques par Champfleury, Giraud et Dagneau, 1852. Un autre tirage de la même édition complète le sous-titre par une indication de collection : « Les Physionomies littéraires de ce temps », précédant le titre, et par une annonce en fin de volume d’un ouvrage du même auteur : Essai sur la jeunesse et les tendances littéraires de Théophile Gautier, qui ne paraîtra pas. Ces notes historiques occupent les pages 217-248 du livre. Elles se terminent par une réflexion sur « la manière d’honorer les grands hommes après leur mort » qui, selon Champfleury, « n’est pas de se livrer à l’ode et au poème épique, mais de tâcher de raconter quelque vérité sur leur manière de vivre, sur leur costume, sur leurs habitudes » (ibid., p. 247). Une première version du livre de Baschet avait paru en octobre 1851 en plaquette à Blois, sous le titre : Variétés littéraires. H. de Balzac ; elle ne se trouve pas à la BnF, mais elle comportait déjà une partie de l’appendice de Champfleury, selon Ch. Dufay (voir « Résumé bibliographique des œuvres d’Armand Baschet », Armand Baschet et son œuvre, Orléans, Herluison, 1887, p. 241).
  • [21]
    Sur ce point, voir la biographie de Roger Pierrot, Honoré de Balzac, Fayard, 1994, p. 517-519.
  • [22]
    Jules Viard, autre jeune rédacteur du Corsaire-Satan, dans une série d’articles intitulée « Mes souvenirs sur Lepoitevin Saint-Alme », publiée dans le Figaro les 1er, 15 et 29 octobre 1854, rappelle les paroles acrimonieuses que prononçait celui-ci à propos de Balzac : « On lui a fait une réputation colossale, étonnante, que je ne comprends pas !… Je l’ai vu commencer !… il s’est pris au sérieux, le fat, et maintenant, il ne regarde plus son vieux camarade… ».
  • [23]
    Champfleury, « La Statue de Balzac », Paris illustré, 28 mai 1887, p. 74.
  • [24]
    « Petits profils contemporains. Le Grand Balzac », La Silhouette. Chronique de Paris, no 55, 18 janvier 1846. Et Marie-Bénédicte Diethelm, « Le Grand Balzac », AB 2008, p. 319-343.
  • [25]
    M.-B. Diethelm, « “Portraits littéraires. Honoré de Balzac”, par Auguste Vitu » (feuilleton du Messager de l’Assemblée, 24 juin 1851), AB 2006, p. 345-360.
  • [26]
    Claude Pichois juge cette collaboration à trois presque certaine pour ces « Causeries » parues dans Le Tintamarre du 20-26 septembre 1846 au 28 mars-3 avril 1847, et signées « Joseph d’Estienne » (voir Baudelaire, Œuvres complètes, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade » [désormais OC], t. II, p. 1012-1027 et p. 1546-1548). Ces « Causeries » évoquent de manière cursive Balzac et son échange contemporain avec Hippolyte Castille, en ironisant sur le moralisme de ce dernier.
  • [27]
    Dans Le Feuilleton d’Aristophane, comédie satirique en deux actes et en vers (Odéon, 26 décembre 1852), il consacre Balzac comme « l’Homère d’aujourd’hui ». Plus tard, il admire « sa femme ondoyante et multiple dont l’univers entier a accepté la domination souveraine » (« Lettres chimériques. II. Les sculpteurs d’hommes », Figaro, 25 juin 1863, p. 5).
  • [28]
    Paru de manière anonyme dans le Corsaire-Satan le 24 novembre 1845, l’article reparaît, signé « Baudelaire-Dufays », dans L’Écho, journal dirigé par Auguste Vitu, le 23 août 1846.
  • [29]
    Baudelaire, « Salon de 1846 », OC, t. II, p. 496.
  • [30]
    Le « Balzac » de Taine paraît dans le Journal des débats du 3 février au 3 mars 1858 ; celui de Gautier dans L’Artiste du 21 mars au 21 mai.
  • [31]
    J’ai évoqué Taine à propos de la problématique du personnage dans une étude dont le titre reprend l’une de ses expressions : « Ses personnages vivent » (voir ci-dessus note 1).
  • [32]
    « Balzac a été l’initiateur tout-puissant de cette seconde révélation du romantisme. Il nous a débarrassés des souliers à la poulaine, et a ébréché les bonnes lames de Tolède. Rejetant le manteau théâtral dont René, accoudé sur des ruines, s’enveloppait pour pleurer, il a pris le drame dans la boutique, dans le salon bourgeois, et jusque dans l’ombre du poêle étouffant de la bureaucratie » (« Du roman moderne. Préface à Suzanne Duchemin », L’Artiste, 6 juin 1855, p. 60-64, ici p. 61).
  • [33]
    Ulbach ajoute qu’« il a fait un poëme plus touchant et plus universel, en racontant la grandeur et la décadence de M. César Birotteau, le parfumeur, que s’il eût chanté les hauts faits d’un roi ou les incartades amoureuses d’un paladin du moyen âge » (ibid.).
  • [34]
    « L’avenir du roman moderne nous semble assuré dans la route psychologique tracée par Balzac » (ibid., p. 63-64).
  • [35]
    « […] les pleurs m’ont jailli des yeux en voyant Balzac pour la première fois » (Figurines parisiennes, Jules Dagneau, 1854, p. 97).
  • [36]
  • [37]
    « Lettre à Madame de Balzac », Figaro, 6 novembre 1862, p. 1-3.
  • [38]
    Philibert Audebrand, « Les buveurs de bière », L’Artiste, 10 juin 1856, p. 76-77.
  • [39]
    « Critique littéraire. Romanciers contemporains. I. M. H. de Balzac », La Semaine, 4 octobre 1846, p. 725-727.
  • [40]
    Dans le numéro du 25 au 31 octobre 1846 du Tintamarre, ils évoquent l’échange Castille-Balzac que publie La Semaine, en disant qu’« entre autres idées baroques, le jeune Castille a eu celle d’accuser d’immoralité le roi des romanciers » (Baudelaire, OC, t. II, p. 1013-1014). Castille a pressenti d’ailleurs que « les partisans de l’art pour l’art » lui « reprocher[aie]nt ce point de vue » (art. cité, p. 726).
  • [41]
    Par sa « Lettre de M. de Balzac à M. Hippolyte Castille, l’un des rédacteurs de La Semaine », parue le 11 octobre 1846.
  • [42]
    Hippolyte Castille, loc. cit.
  • [43]
    « Après mûres réflexions, je me vois forcé de le déclarer, hélas ! c’est plutôt à ses défauts qu’à ses grandes qualités que le romancier doit la majorité de ses fanatiques littéraires. Il les doit surtout à cet étrange talent qui le pousse à doter les mauvaises natures des dons les plus brillants, et à les entourer d’une auréole d’intérêt » (ibid.).
  • [44]
    Ibid., p. 726-727.
  • [45]
    1er février 1847, t. XIII, p. 94-124.
  • [46]
    « Le genre que vous avez abordé si heureusement vous aura d’éternelles obligations. Grâce à vous, il s’est agrandi, transformé, complété jusqu’à devenir la forme la plus riche de la littérature actuelle. Nous avions en France des nouvelles gracieuses, des contes étincelants de verve, des histoires de cœur racontées avec un charme délicieux ; le roman n’était point encore définitivement établi dans le cadre offert à ses destinées. Il se précipitait dans une suite de piquantes aventures, il décrivait les alternatives saisissantes de la passion, mais il n’osait point tenter d’une façon hardie le difficile tableau des mœurs de la société actuelle » (ibid., p. 115). De même, Champfleury lui déclare en 1847 : « Vous avez monté de dix coudées le roman », et précise en 1861 : « L’auteur de La Comédie humaine fit faire un pas énorme au roman ; il le plaça dans de nouvelles conditions, il l’avança par de suprêmes efforts, il dépassa tous les romanciers de son époque, et, par ce côté scientifique et sérieux, il se fit initiateur et appartient à la nouvelle génération » (Champfleury, Grandes figures d’hier et d’aujourd’hui, loc. cit., p. 99).
  • [47]
    « Les Parents pauvres, je le répète, m’ont jetée dans l’enchantement. Jamais, ce me semble, vous n’aviez noué d’une main aussi énergique le fil d’une intrigue romanesque ; jamais vous n’aviez mené de front avec un tel bonheur le soin du détail et le soin de l’ensemble. L’inspiration ne vous a pas abandonné un seul instant dans la conception et dans l’exécution de cette œuvre attachante. Nulle trace de mollesse ou de précipitation fiévreuse ; point de défaillance soudaine aux passages difficiles ; point d’ivresse factice dans les scènes où rien ne peut remplacer le cri de la passion sincère. Vous êtes le maître absolu des situations et des incidents qui tour à tour se compliquent et se développent. La part de l’imprévu est large, et pourtant chaque péripétie est calculée de telle sorte qu’on la devinerait d’avance si, par un raffinement de curiosité intelligente, on ne préférait suivre sans raisonner le mouvement soutenu de l’action » (art. cité, p. 100).
  • [48]
    Hippolyte Babou, « Le noviciat de Balzac. Lettre à Mme Surville », Revue française, 1858, t. XIV, p. 235-244.
  • [49]
    Louis Ulbach préfère parler, on l’a vu, de Balzac comme provoquant une « nouvelle révélation du romantisme ».
  • [50]
    H. Babou, « Le noviciat de Balzac », p. 236. Babou reprend ainsi un mot déjà employé par Gautier en un autre sens (1833), et destiné après Babou à bien d’autres aventures, que je me propose de suivre une autre fois.
  • [51]
    Ibid.
  • [52]
    Ibid., p. 236-237.
  • [53]
    « Des nombreux jugements portés sur cette grande, cette incomparable nature, celui qui nous a le plus frappé, le seul juste, c’est l’appréciation qu’en a faite en quelques lignes une plume aussi spirituelle, aussi coquette que savante, dans un numéro des Débats : “On a répété à outrance que le don de l’observation appartenait à Balzac ; il n’observait pas, il se plongeait et s’absorbait dans les faits observés. Ce qui me surprend avant tout dans l’étude de cette intelligence, c’est le peu de conscience d’elle-même. Ce n’est pas un analyste ; c’est mieux ou pis, c’est un voyant” » (Auguste Desnoiresterres, M. de Balzac, Paris, Paul Permain et Cie, 1851, p. 156).
  • [54]
    « L’on admire beaucoup l’observation de monsieur de Balzac, et l’on tombe, selon moi, dans une grave erreur. Sans être dépourvu de cette précieuse faculté, ce qui domine surtout chez lui, c’est l’imagination. Monsieur de Balzac a beaucoup plus deviné qu’il n’a observé, et monsieur Ph. Chasles a pu très justement dire de lui que c’était un voyant » (Clément de Ris, « Honoré de Balzac », Portraits à la plume, Eugène Didier, 1853, p. 296).
  • [55]
    Castille, bien qu’employant le mot de « voyant » (en un autre sens), ne peut, vu la date, reprendre la formule de Chasles. Mais il affirme : « Chez M. de Balzac, la réalité occupe une grande place au point de vue matériel ; il décrit un intérieur avec autant d’exactitude que le daguerréotype ; s’il passe au costume, la réalité devient si belle qu’elle en florit… et pourtant je vois déjà se glisser le fantastique dans ce nœud d’une cravate ou ces plis d’un frac. Qu’il arrive au caractère, et alors adieu le vrai pur, la fantaisie à tous crins chevauche à bride abattue » (art. cité, p. 726).
  • [56]
    « Vous n’étiez pas entré librement dans les lettres comme je l’avais cru tout d’abord. Vous aviez eu votre racoleur ; Balzac vous avait grisé avec sa théorie de la volonté. Travail opiniâtre, fausse vocation, tout en vous, jusqu’à votre jaunisse d’esprit, tout émanait directement de Balzac. Personnage détaché de La Comédie humaine, ô le plus malheureux de tous les balzaciens, vous avez voulu, vous aussi, et voulu fortement ; mais au prix de quelles angoisses, juste ciel ! Balzac grand homme ! Balzac bourreau ! » (La Vérité sur le cas de M. Champfleury, Poulet-Malassis et de Broise, p. 26).
  • [57]
    « Vous avez repris Balzac aux anecdotiers ; nous le reprendrons aux pédants » (art. cité, p. 235).
  • [58]
    Elme-Marie Caro, art. cité, p. 6.
  • [59]
    « Je ne crois pourtant pas avoir fait à Balzac une apothéose. Il m’a semblé voir autre chose en lui qu’un excentrique et je l’ai dit ; Mme Surville m’a montré un homme plein de bonté, de grandeur d’âme, enfant à ses heures, esclave de ses engagements, travailleur infatigable, et je l’ai cru. Si je suis coupable, c’est la faute de Mme Surville » (« Balzac en pantoufles, par M. Léon Gozlan ; Balzac, sa vie et ses œuvres d’après sa correspondance, par Mme Surville, née de Balzac », Le Réalisme, 15 février 1857, p. 61).
  • [60]
    Champfleury, Grandes figures d’hier et d’aujourd’hui, op. cit., p. 60.
  • [61]
    « La tenue scandaleuse de la critique à l’égard de M. de Balzac dès le temps même de ses débuts, couvre de honte toutes les plumes qui n’ont tendu qu’à le décourager » (Armand Baschet, op. cit., p. 68).
  • [62]
    « Les contemporains, je veux parler des camarades et des amis de M. de Balzac, ont déployé dans ce système de dénigrement sourd une énergie prodigieuse, symptôme non équivoque de l’action considérable exercée sur son époque par cet homme de génie, et dont la haine de ses rivaux donne la mesure exacte, comme le moule donne en creux tout le relief de la médaille » (Auguste Vitu, « Portraits littéraires. Honoré de Balzac », La Silhouette. Chronique de Paris, no 55, 18 janvier 1846).
  • [63]
    « Balzac reste tellement colossal encore, que la Critique en est accablée, que l’Imagination en sourit, et que diminué, oui, réellement diminué dans sa stature, il ne nous paraît pas moins grand ! » (Les Œuvres et les hommes, t. IV. Les Romanciers, Amyot, 1865, « Préface », p. 7).
  • [64]
    Cette publicité paraît à la suite du tome I des Mémoires de Bilboquet (Librairie nouvelle, 1854), parmi d’autres qui vantent les productions de l’éditeur.
  • [65]
    Champfleury, Grandes figures d’hier et d’aujourd’hui, loc. cit.
  • [66]
    « Au lieu des articles de critique ex professo répandus par la presse dans les cabinets de lecture et les cafés, il courra par le monde de petites lettres manuscrites adressées à tel ou tel écrivain par un de ces lecteurs aristocratiques dont il était question tout à l’heure. On en laissera tirer des copies, mais il sera défendu de rien imprimer ; ce sera comme une résurrection des beaux usages littéraires, si malheureusement détruits par les coups de marteau de l’éloquence politique » (art. cité, p. 97).
  • [67]
    « Ces lettres intimes écrites par le poète dans les divers greniers qu’il habita et qu’il meubla de ses rêveries, ces lettres font connaître l’homme tout entier, bon, affectueux, enjoué et plein de cette naïveté précieuse, que la connaissance du mal qui dévore les sociétés ne doit pas enlever aux grands artistes » (Champfleury, « La jeunesse de Balzac. Balzac poète, Balzac imprimeur », La Gazette de Champfleury, 1er novembre 1856, p. 81).
  • [68]
    « La mode aujourd’hui est d’admirer démesurément l’auteur de La Comédie humaine ; tout le monde le comprend, l’apprécie, le vénère. Les critiques qui ont empoisonné sa vie crient le plus haut : Merveille ! La biographie s’empare de M. de Balzac et le chante sur tous les tons ; des nombreux petits livres que la spéculation a enfantés à ce propos, il faut distinguer les spirituelles et piquantes études de M. Léon Gozlan. Elles n’ont pas l’intimité des souvenirs de madame de Surville, c’est un ami littéraire, frappé des excentricités du maître, qui en a fait un gros bouquet dans le petit jardin des Jardies. M. Gozlan est surtout impressionné par l’étrange et par le grotesque : quelquefois le paradoxe et l’amour du merveilleux l’entraînent et lui montrent un Balzac un peu fantastique, mais il n’en reste pas moins des reflets réels du grand homme tourmenté que nous avons eu le malheur de perdre en 1850 » (ibid., p. 82).
  • [69]
    Gustave Desnoiresterres, M. de Balzac, op. cit., p. 15.
  • [70]
    Armand Baschet, op. cit., p. vii.
  • [71]
    Auguste Vitu, « Portraits littéraires. Honoré de Balzac », feuilleton du Messager de l’Assemblée, 24 juin 1851.
  • [72]
    Champfleury, « La jeunesse de Balzac », art. cité, p. 83.
  • [73]
    « Un tout jeune homme, – nous ne le connaissons pas, mais son style exhale un enivrant parfum de jeunesse, – M. Armand Baschet, a entrepris d’esquisser les physionomies littéraires de notre temps, et, pour son coup d’essai, il s’est pris bravement corps à corps avec la plus imposante, la plus gigantesque figure de l’époque, celle d’Honoré de Balzac. Un monde à explorer ! » (Louis Jourdan, « Revue bibliographique », Revue de Paris, juin 1852, t. IX, p. 162).
  • [74]
    Gustave Desnoiresterres, op. cit., p. 14.
  • [75]
    C’est en ces termes que Babou évoque « M. de Balzac », devenu « la proie des anecdotiers » (« Le noviciat de Balzac… », art. cité, p. 235).
  • [76]
    Voir entre autres Barbey d’Aurevilly : « […] le génie le plus grand du siècle est un romancier. Comme tout le monde, à un certain moment, voulut imiter Ronsard et Desportes, et plus tard Corneille et Racine, tout le monde veut maintenant imiter Balzac » (« Préface » citée, p. ii).
  • [77]
    Louis Jourdan s’exclame : « Ô Balzac ! ô maître vénéré ! » (loc. cit.).
  • [78]
    « Balzac, grand, terrible, complexe aussi, figure le monstre d’une civilisation, et toutes ses luttes, ses ambitions, ses fureurs » (Baudelaire, « Théophile Gautier », L’Artiste, 13 mars 1859, OC, t. II, p. 117). – « M. de Balzac congédia, d’un geste noble et gracieux, la belle femme qui m’avait introduit, et je restai seul avec le monstre » (Hippolyte Castille, Les Hommes et les mœurs en France sous le règne de Louis-Philippe, 2e éd., Paris, Paul Henneton, 1853, p. 315).
  • [79]
    « Sur le monstre est assise la grande figure de la poésie moderne, sombre comme le doute, spirituelle comme Bixiou, curieuse comme tout Lesbos […] » (« Le Grand Balzac », AB 2008, p. 328).
  • [80]
    Dans « Comment on paie ses dettes quand on a du génie », Baudelaire avait déjà décliné le thème sur le registre satirique en faisant de Balzac « le plus curieux, le plus cocasse, le plus intéressant et le plus vaniteux des personnages de La Comédie humaine », avant de le reprendre sur le mode majeur dans la péroraison du Salon de 1846. Ce mélange d’admiration et d’esprit « petit journal » est caractéristique des jeunes journalistes du Corsaire-Satan.
  • [81]
    « La voix publique a souvent dit que M. de Balzac est un personnage fabuleux » (Auguste Vitu [?] « L’Ubiquité de M. de Balzac », Le Charivari, 21 octobre 1846).
  • [82]
    « Tous ses personnages sont doués de l’ardeur vitale dont il était doué lui-même » (« Théophile Gautier [I] », L’Artiste, 13 mars 1859, OC, t. II, p. 120).
  • [83]
    Le Grand Balzac est « fort comme Marsay, audacieux comme Rastignac, séduisant comme Lucien de Rubempré, torpille comme Esther, bête comme Nucingen, habile comme Vautrin, femme comme Fœdora et la fille aux yeux d’or » (AB 2008, p. 327).
  • [84]
    « Dans le petit journal, cette marmite universelle de laquelle il faut bien que tout sorte, notre siècle fit bouillir, à doses convenables, de l’Homère, du Walter Scott, du Stendhal, de l’Anacréon, de l’Hoffmann, du Machiavel et du Paul de Kock, avec un assaisonnement convenable de Callot, de Daumier et de Rabelais » (ibid.).
  • [85]
    Voir Champfleury, [Dédicace] de Feu Miette. Fantaisies d’été, op. cit., p. 10.
  • [86]
    Desnoiresterres, M. de Balzac, op. cit., p. 12.
  • [87]
    « À côté de ces conceptions immenses, dramatisées avec tant de puissance, analysées avec une attention si patiente, qui constituent, s’il est permis de parler ainsi, le Balzac extérieur, il est une série de travaux fort importants, et presque inconnus, qui révèlent un Balzac intime, tout aussi étonnant pour le moins » (publicité citée n. 64).
  • [88]
    Dédicace de Feu Miette, loc. cit.
  • [89]
    Barbey d’Aurevilly, « Stendhal et Balzac », Le Pays, 13 juillet 1853, repris dans Les Œuvres et les hommes. XIX. Romanciers d’hier et d’avant-hier, Lemerre, 1904, p. 8.
  • [90]
    Charles Monselet, « Lettre à Madame de Balzac » citée, p. 1.
  • [91]
    Voir sur ce point le paragraphe intitulé « Correspondance I » dans le livre de Stéphane Vachon, Honoré de Balzac, Paris, PUPS, coll. « Mémoire de la critique », 1999, p. 13-17.
  • [92]
    Ainsi de Baschet, qui avoue : « L’œuvre de ces Esquisses deviendrait par trop longue et trop difficile s’il me fallait étudier un par un, depuis Le Bal de Sceaux jusqu’aux Parents pauvres, les différents ouvrages de Balzac. Je ne veux plus voir le penseur qu’aux prises avec son œuvre et tout sera dit » (op. cit., p. 98).
  • [93]
    Clément de Ris compte parmi les exceptions à cet égard : « Voici, d’après monsieur de Balzac lui-même, comment était divisée La Comédie humaine. Il la séparait d’abord en trois grandes parties […] », etc. (Portraits à la plume, op. cit., p. 319).
  • [94]
    Champfleury, « La jeunesse de Balzac », art. cité, p. 83.
  • [95]
    « Des œuvres de Balzac, Lamartine n’en connaît que trois : Eugénie Grandet, Le Père Goriot, Le Lys dans la Vallée ; cela lui suffit ; il y a pratiqué de larges emprunts qui remplissent les sept huitièmes de son volume » (Monselet, Petits Mémoires littéraires, Paris, Charpentier & Fasquelle, 1892, p. 16).
  • [96]
    « Petites lettres confidentielles à M. de Balzac…», art. cité, p. 114.
  • [97]
    « En bonne littérature, l’étude sérieuse des caractères, des passions et des objets matériels, l’emporte sur le fracas des événements, c’est pourquoi, contrairement à l’opinion générale (en dehors des lettres), nous pensons que M. de Balzac est en progrès dans ses derniers romans : Les Paysans, Les Comédiens sans le savoir, Une instruction criminelle, La Femme de soixante ans. L’artiste s’est plus complètement affranchi des nécessités mélodramatiques qui font les succès populaires ; on doit donc lui savoir gré de cet effort sinon vers le Beau, du moins vers le Vrai » (H. Castille, art. cité, p. 726).
  • [98]
    « Petites lettres confidentielles… », art. cité., p. 96.
  • [99]
    Louis Jourdan, art. cité, p. 162.
  • [100]
    Taine consacre un chapitre important de son étude aux « Grands personnages ».
  • [101]
    « Enivré de votre propre talent, vous vous êtes contemplé vous-même, et, tant était puissante votre création, vous avez oublié l’immonde nature du monstre et l’avez adoré » (H. Castille, loc. cit.).
  • [102]
    Selon Louis Ulbach, l’école réaliste « ne ressemble pas plus à la poétique de Balzac que M. Bouchardy, qui n’est pas un réaliste, ne ressemble à Shakespeare » (« Du roman moderne. Préface à Suzanne Duchemin », art. cité, p. 62).
  • [103]
    « Balzac, que nous aimons d’autant mieux à citer qu’on ne s’avise guère d’interroger ses procédés littéraires, Balzac divisait, en 1840, la littérature contemporaine en trois écoles : la littérature des images, la littérature des idées, et enfin la littérature d’éclectisme littéraire qui demande une représentation du monde comme il est, les images et les idées, l’idée dans l’image, ou l’image dans l’idée, le mouvement et la rêverie » (ibid.).
  • [104]
    « Le roman nouveau se défiera du dialogue, et lui préférera l’analyse, le récit, souvent aussi les lettres. “Le dialogue, disons-le hautement, s’écrie Balzac dans un des numéros de la Revue parisienne, est la dernière des formes littéraires, la moins estimée, la plus facile”. En effet, si l’on veut bien se rendre compte des procédés de la plupart des feuilletonistes, on verra qu’à l’aide de demandes entrecoupées, de réponses hâtives, d’interjections, de soupirs, de réticences, de tirades répétées tour à tour, ils arrivent promptement à construire un dialogue qui court après l’idée et l’abat quelquefois en lui jetant des mots aux jambes ; mais deux lignes d’analyse savante en disent plus que ces coups de raquette qui font danser le volant à droite et à gauche, sans autre but que de gagner du temps et de la place » (ibid., p. 63).
  • [105]
    « Petites lettres confidentielles… », p. 104.
  • [106]
    Caro, art. cité, p. 6.
  • [107]
    Pontmartin, « Les fétiches littéraires », art. cité, p. 311-312.
  • [108]
    « Ce héros est le plus souvent quelque génie étrange, dévoré de projets gigantesques et qui doit étonner la terre » (Castille, art. cité, p. 726).
  • [109]
    Ulbach, « Préface à Suzanne Duchemin », loc. cit.
  • [110]
    Louis de Cormenin, « Chronique de la quinzaine. Du vrai dans l’art », Revue de Paris, 1er mars 1854, t. III, p. 832.
  • [111]
    « Bref, chacun, chez Balzac, même les portières, a du génie. Toutes les âmes sont des âmes chargées de volonté jusqu’à la gueule. C’est bien Balzac lui-même » (Baudelaire, « Théophile Gautier [I] », art. cité, OC, t. II, p. 120).
  • [112]
    C’est le cas, on l’a vu, de Champfleury et de Castille.
  • [113]
    Telle la rencontre émue, déjà évoquée, que dit en avoir fait Monselet, les larmes aux yeux, ou celle d’Albéric Second, qu’on devine à travers ses propos sur Mercadet : « M. de Balzac n’était point un de ces hommes qu’on aime à demi. Ceux qui ont eu l’honneur de l’approcher et de le connaître conservent avec une sorte de religion le culte de sa mémoire dans la meilleure place de leurs souvenirs et de leur cœur » (« La centième représentation de Mercadet », Le Constitutionnel, 18 juin 1852).
  • [114]
    En sus de Champfleury et d’Assezat, on peut compter parmi eux, de manière probablement fugace, Armand Baschet, qui affirme : « Peut-être après avoir lu Les Années d’apprentissage de Wilhem [sic] Meister, peut-être après qu’il eut connu Sterne, Balzac comprit-il tout le côté magnifique du Réalisme dans le roman […] » (op. cit., p. 83).
  • [115]
    Ulbach déclare en effet : « La réalité […] doit […] jouer un grand rôle dans les œuvres contemporaines ; mais elle ne doit pas jouer tout le rôle. C’est pour cela qu’en nous tenant éloigné de l’école fantaisiste, nous évitons aussi cette prétendue école réaliste qui copie la nature, sans autre but que de la copier, et qui fait de ses drames des miroirs platement fidèles, supprimant tout à fait l’art, sans lequel pourtant la nature n’existerait jamais pour l’âme » (« Préface à Suzanne Duchemin », p. 61).
  • [116]
    Castille prévoit le jugement négatif des « partisans de l’art pour l’art ».
  • [117]
    On a vu Ulbach faire de Balzac un démocrate, tout comme Hugo, alors que les accointances de Babou semblent du côté de sa marquise du noble Faubourg.
  • [118]
    Dont on a vu la Revue suisse apprécier, dès 1858, son Balzac, « une de ces études méthodiques, serrées et roides, mais fortes, qui vous étreignent comme une chaîne aux anneaux de fer, et qui lui ont fait aussitôt un genre et une réputation ».
Français

C’est à considérer le véritable tournant critique qu’a été, à partir du milieu des années 1840, l’entrée en scène d’une jeune génération d’admirateurs déclarés de Balzac, rompant du tout au tout avec l’animosité commune dans la critique du temps (Sainte-Beuve, Janin, Chaudesaigues, etc.), qu’est consacrée la présente étude. La formule de notre titre est celle de l’un d’entre eux, parmi les plus assidus dans son action, Champfleury, qui, reprenant en 1887 une expression déjà employée par Zola dans Le Roman expérimental (1881), a baptisé ces jeunes écrivains critiques au nombre desquels lui-même a compté comme des « fils de Balzac ». Malgré la complicité admirative qui les unit, ces jeunes écrivains de moins de trente ans ne forment point un groupe homogène, puisque s’opposent ceux qui font de Balzac le fondateur de l’école réaliste (Champfleury) et ceux qui ont plutôt tendance à voir en lui un « voyant » (Hippolyte Babou, Baudelaire, Barbey, Louis de Cormenin). Mais il se ressemblent par la sympathie filiale qu’ils manifestent, par la manière qu’ils ont de considérer Balzac comme une grande figure mythologique, d’être en quête de « renseignements » biographiques à son sujet, d’admirer en bloc La Comédie humaine tout en étant désireux de voir éditées ses « œuvres diverses ».


English

Campaigning with the “Sons of Balzac” (1846-1862)

This study is devoted to a consideration of the key critical turning point which, from the middle of the 1840s, witnessed the emergence of a young generation of undisguised admirers of Balzac, breaking completely with the general animosity evident in the criticism of the time (Sainte-Beuve, Janin, Chaudesaigues, etc.). The wording of our title comes from one of these, and one of the most unwavering, Champfleury, who, in 1887, adopted an expression already used by Zola in Le Roman expérimental (1881), and baptized these young writer-critics, including himself, as “sons of Balzac”. Despite their shared admiration for Balzac, these young writers, all under thirty, did not form a homogeneous group. On the contrary, they were in conflict with each other since some made Balzac into the founder of the realistic school (Champfleury) and others tended to see him as a “seer” (Hippolyte Babou, Baudelaire, Barbey, Louis de Cormenin). However, they all coincided in their filial sympathy towards Balzac, in the way in which they considered him to be a great mythological figure, in their quest for biographical “information” about him, and in admiring La Comédie humaine en bloc whilst also being keen to see the publication of his “œuvres diverses”.


Date de mise en ligne : 25/01/2024

https://doi.org/10.3917/balz.024.0149

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