MARCANDIER-COLARD (Christine), Crimes de sang et scènes capitales. Essai sur l’esthétique romantique de la violence, PUF, « Perspectives littéraires », 1998, 298 p.
- Par Danielle Dupuis
Pages 351m à 381m
Citer cet article
- DUPUIS, Danielle,
- Dupuis, Danielle.
- Dupuis, D.
https://doi.org/10.3917/balz.003.0351m
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- Dupuis, D.
- Dupuis, Danielle.
- DUPUIS, Danielle,
https://doi.org/10.3917/balz.003.0351m
1 Le Romantisme a rompu en visière avec le goût classique. Cette idée tiendrait du lieu commun si Christine Marcandier-Colard, dans son étude, n’avait su renouveler l’intérêt pour cette question en remontant aux origines jusqu’alors peu mises en évidence de cette redéfinition de la beauté. Elle souligne à juste titre combien les théories des Lumières, celles de Diderot notamment, avaient bouleversé sous l’influence manifeste du philosophe anglais Burke la conception d’un sublime lié désormais à la violence. Cette révolution esthétique fut corroborée par les excès sanglants de la Révolution française, la lecture de l’Histoire fondant alors une poétique du sublime où la violence acquérait une grandeur fascinante.
2 Balzac dont on connaît les théories sur l’énergie est naturellement présent dans ce livre. Le dénouement de La Fille aux yeux d’or est présenté comme un exemple typique de cette nouvelle esthétique où le plaisir du lecteur tient à sa participation émotionnelle et où, selon Christine Marcandier-Colard, le rêve de synthèse des arts propre au Romantisme se réalise dans la scène de meurtre conjuguant beauté et violence. L’essayiste montre aussi la fréquence significative, dans La Comédie humaine, de la rencontre d’un personnage incarnant la violence et d’un personnage incarnant la beauté (Lucien de Rubempré et Carlos Herrera, Hélène d’Aiglemont et le corsaire, la duchesse de Langeais et Montriveau), promesse de mort et de transgression, et elle rappelle que Balzac se plaît à la description de personnages énergiques (Vautrin, Montriveau, de Marsay) dont la violence permet de lier sublime et terreur, énergie et fascination.
3 Mais il n’a pas échappé à Christine Marcandier-Colard que l’écrivain sait aussi prendre ses distances avec les excès du Romantisme par le biais d’un chapitre ajouté à L’Âne mort et la femme guillotinée, puis dans La Muse du département avec Olympia ou les Vengeances romaines (mais aussi, nous semble-t.il, avec les histoires horribles racontées par les invités de Mme de La Baudraye) et que, dans Sur Catherine de Médicis, il n’y a aucune surenchère descriptive, chez Balzac l’expression de la violence pouvant passer par une économie de moyens. Il aurait sans doute été intéressant de noter aussi l’évolution d’un Balzac peintre d’une société où la violence (surtout après 1830) n’est plus audacieuse mais larvée, où le crime existe encore mais dans les limites de la légalité, où la cruauté demeure vivace mais n’ose plus s’affirmer au grand jour : c’est pourquoi nous hésiterions à classer parmi les audacieuses « femmes en armes » de la littérature romantique Mme Marneffe dont la perversité se déploie en sordides machinations ou lady Dudley dont la violence reste latente et ne s’exprime que sous forme de sarcasmes.
4 Il n’en reste pas moins que cet ouvrage a réussi à nous convaincre du facteur primordial de l’esthétique romantique qu’est la violence en l’abordant sous un jour original. Il nous donne une idée du rôle joué par chaque écrivain dans cette nouvelle manière de penser la beauté et à ce titre, en ce qui concerne l’auteur de La Comédie humaine, il constitue une heureuse contribution aux études balzaciennes.
5 Danielle DUPUIS.