Compte rendu

Le crépuscule des Saints. Histoire et politique du salafisme en Égypte // Stéphane Lacroix (Paris : CNRS Éditions, 2024, 424 p.)

Pages 221 à 222

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  • Tomasso, J.
(2024). Le crépuscule des Saints. Histoire et politique du salafisme en Égypte // Stéphane Lacroix (Paris : CNRS Éditions, 2024, 424 p.) Revue internationale et stratégique, 136(4), 221-222. https://doi.org/10.3917/ris.136.0221.

  • Tomasso, Julia.
« Le crépuscule des Saints. Histoire et politique du salafisme en Égypte // Stéphane Lacroix (Paris : CNRS Éditions, 2024, 424 p.) ». Revue internationale et stratégique, 2024/4 n° 136, 2024. p.221-222. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2024-4-page-221?lang=fr.

  • TOMASSO, Julia,
2024. Le crépuscule des Saints. Histoire et politique du salafisme en Égypte // Stéphane Lacroix (Paris : CNRS Éditions, 2024, 424 p.) Revue internationale et stratégique, 2024/4 n° 136, p.221-222. DOI : 10.3917/ris.136.0221. URL : https://shs.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2024-4-page-221?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ris.136.0221


1 Dans Le crépuscule des Saints. Histoire et politique du salafisme en Égypte, Stéphane Lacroix décrypte avec finesse les complexités du salafisme égyptien, souvent perçu à tort comme monolithique. Loin de vouloir enrichir un champ sémantique déjà prolifique, S. Lacroix clarifie la nature de ce mouvement, révélant son histoire et ses dynamiques internes complexes. D’emblée, l’auteur souligne que le salafisme moderne, bien qu’apparu presque simultanément avec l’islamisme, constitue une entité distincte. Tous deux issus du réformisme musulman de la fin du XIXe siècle, ils divergent quant aux moyens de résoudre le déclin du monde musulman. L’islamisme privilégie le renouveau politique, tandis que le salafisme prône une purification religieuse, évitant la politique et misant sur la réforme sociale par la prédication et l’éducation. Cette distinction se reflète dans la rivalité des salafistes avec les Frères musulmans, notamment sur le terrain de la prédication. En effet, l’auteur révèle que les salafistes, avec leur rigorisme doctrinal et leur rejet des compromis politiques, ont attiré une population avide de retour aux sources religieuses.

2 Un point particulièrement notable de l’ouvrage est sa façon de dévoiler les mécanismes par lesquels le salafisme a été popularisé. Il retrace ses origines, ses évolutions et son influence croissante dans divers contextes sociopolitiques. Sur le plan culturel, S. Lacroix évoque une véritable « révolution normative » (p. 375) dans le champ religieux égyptien, plaçant le salafisme en position de quasi-hégémonie symbolique. En effet, le salafisme a su combler le vide laissé par le déclin des institutions religieuses traditionnelles, notamment après la défaite de l’Égypte et des pays arabes lors de la guerre des Six Jours contre Israël. Comme le souligne avec pertinence l’auteur, de nombreuses personnes ont alors perdu foi dans les idéologies séculières, en particulier le nationalisme arabe promu par Gamal Abdel Nasser, et se sont tournées vers le salafisme, perçu comme une alternative plus authentique et spirituellement enracinée. Porté par de « nouveaux prêcheurs » (p. 377), le salafisme est devenu « accessible à tous » (p. 377) via les cassettes, CD puis les réseaux sociaux, formant une nouvelle norme religieuse « par le bas » et une orthodoxie dominante (p. 377). Cependant, S. Lacroix démontre avec acuité que cette stratégie de prédication populaire, bien qu’efficace socialement, a limité la capacité des salafistes à construire une base politique solide. En se concentrant sur la pureté doctrinale et en délaissant le pragmatisme politique, les salafistes se sont trouvés marginalisés politiquement, au profit des Frères musulmans, plus organisés et enclins à négocier des compromis.

3 Ainsi, l’ouvrage met en lumière la complexité des dynamiques entre les courants salafistes et la sphère politique égyptienne après la révolution de 2011.

4 En effet, l’auteur expose la manière dont certains courants salafistes ont tenté de s’engager dans la sphère politique, révélant une tension entre leur idéalisme religieux et le pragmatisme nécessaire pour évoluer dans les institutions modernes de l’État. Cette participation politique a souvent exposé leurs limites. Bien qu’ils aient su négocier une place dans la sphère publique, cette position est restée fragile, nécessitant des compromis avec les régimes autoritaires d’Hosni Moubarak et d’Abdel Fattah Al-Sissi (p. 211). Dès lors, S. Lacroix illustre la façon dont le régime égyptien s’est progressivement éloigné des références islamiques (p. 373), soulignant la difficulté pour les salafistes de naviguer entre idéalisme théocratique et réalités politiques d’un État moderne.

5 L’ouvrage de Stéphane Lacroix est d’une grande richesse pour comprendre les dynamiques internes du salafisme en Égypte. Se concentrant sur le pays, il peut parfois manquer d’une analyse plus approfondie des ramifications internationales du salafisme et de ses interactions avec les réseaux transnationaux. En outre, bien que l’auteur éclaire avec finesse la pluralité du mouvement, les lecteurs pourraient s’attendre à davantage de développement sur les conséquences sociales concrètes de la salafisation, notamment sur les classes populaires et marginalisées. Une exploration plus poussée de l’impact de ce mouvement hors des cercles religieux aurait ainsi été bienvenue.


Date de mise en ligne : 02/01/2025

https://doi.org/10.3917/ris.136.0221