Imaginer une cosmopolitique des vivants : « Nous sommes enserrés dans des concepts issus de la trajectoire historique européenne »
- Grand entretien avec Philippe Descola,
- Propos recueillis par Olivier de France
Pages 129 à 141
Citer cet article
- Grand entretien avec DESCOLA, Philippe,
- Propos recueillis par DE FRANCE, Olivier,
- Grand entretien avec Descola, Philippe.,
- et al.
- Grand entretien avec Descola, P.,
- Propos recueillis par De France, O.
https://doi.org/10.3917/ris.124.0129
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- Grand entretien avec Descola, P.,
- Propos recueillis par De France, O.
- Grand entretien avec Descola, Philippe.,
- et al.
- Grand entretien avec DESCOLA, Philippe,
- Propos recueillis par DE FRANCE, Olivier,
https://doi.org/10.3917/ris.124.0129
Notes
-
[1]
Dans ses travaux, Philippe Descola distingue la naturalisme de l’animisme, du totémisme et de l’analogisme. Le naturalisme moderne en Occident opère une séparation entre la nature et la culture que les trois autres ontologies ne partagent pas. Voir Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.
-
[2]
NDLR : Philippe Descola, « Les usages de la terre. Cosmopolitique de la territorialité », Collège de France, 2015-2016 et 2016-2017.
-
[3]
NDLR : Philippe Descola, Les formes du visibles, Paris, Seuil, 2021.
-
[4]
Op. cit.
-
[5]
Voir les articles 38 à 43 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
-
[6]
Président-directeur général de Meta Platforms, Inc. qui chapeaute les réseaux sociaux Facebook, Instagram et WhatsApp.
Olivier de France – La généalogie classique de la géopolitique considère l’espace comme une surface plane à conquérir et à dominer. Les perceptions non occidentales de l’espace et du territoire, notamment celles que vous mettez à jour dans votre travail, ne seraient-elles pas un point de départ plus judicieux pour essayer de penser les conditions d’une géopolitique de la nature ?› PHILIPPE DESCOLA – C’est une idée intéressante. Il est difficile pourtant de se prononcer de façon générale sur une question aussi vaste, car il y a autant de formes d’occuper un milieu que d’humanités. Pour les collectifs animistes, l’humanité n’existe pas en tant que telle. Ce qui existe ce sont des collectifs humains et non humains, avec des parures, des costumes, un habitat, des maisons, des outils, une langue qui diffèrent entre eux comme des espèces et qui, notamment pour les humains et les animaux, doivent coexister dans un même espace englobant tout en occupant des milieux de vie différents.
L’idée d’humanité n’a aucun sens dans un contexte où les humains sont diversifiés en autant de façons qu’il y a d’occuper un milieu. La question plus importante est celle de la relation entre les différentes niches et ceux qui les occupent. Dans l’animisme, par exemple, chaque forme de vie a des dispositions physiques qui lui permettent d’habiter une certaine niche. Cette niche peut être de vivre sous l’eau, dans le ciel, dans des maisons d’une certaine forme, etc. Le génie de l’animisme est d’avoir néanmoins su échapper au solipsisme induit par ces habitats séparés grâce à la communication entre humains et non-humains au moyen d’une langue transpécifique, qui se manifeste notamment dans les rêves ou dans des circonstances rituelles…
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