Fabriquer l’identité à la pointe de la kalache
Violence et question foncière au Mali
Pages 37 à 65
Citer cet article
- POUDIOUGOU, Ibrahima
- et ZANOLETTI, Giovanni,
- Poudiougou, Ibrahima.
- et al.
- Poudiougou, I.
- et Zanoletti, G.
https://doi.org/10.3917/ried.243.0037
Citer cet article
- Poudiougou, I.
- et Zanoletti, G.
- Poudiougou, Ibrahima.
- et al.
- POUDIOUGOU, Ibrahima
- et ZANOLETTI, Giovanni,
https://doi.org/10.3917/ried.243.0037
Notes
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[1]
Notre analyse repose sur des données qualitatives, recueillies lors nos terrains respectifs – à Djenné et à Koro (août-septembre 2016 ; décembre-janvier 2017 ; août-septembre 2017 et juillet-août 2018), et à Bamako et à Gao (juin-août 2016 ; janvier-mars 2017 et juillet-septembre 2017) – effectués dans le cadre du projet « La gouvernance de l’État-nation au Sahel » du Fonds d’analyse des sociétés politiques (Fasopo) et de nos propres recherches doctorales. Nous remercions Jean-François Bayart, Irene Bono, Béatrice Hibou, Nathalie Prevost et Olivier Vallée, ainsi que les évaluateurs et les coordinateurs du dossier, pour leurs suggestions et leurs lectures critiques.
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[2]
Ensembles de relations de pouvoir inscrites dans des « espaces-temps » spécifiques (Bayart, 1989: 317-318), à savoir des combinaisons singulières entre configurations économiques et socio-politiques, géographiques et historiques.
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[3]
La crise de 2012 représente le début d’une « situation » de conflit ouvert entre groupes armés, forces sécuritaires et groupes « djihadistes » qui fait suite aux affrontements sporadiques des années 2000. L’accord d’Alger de 2015 a certes donné un cadre juridique au processus de paix, mais il n’a pas empêché au conflit de s’intensifier et de s’étendre.
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[4]
Sur l’historicité du « djihad » en aire saharienne et sahélienne, et notamment en milieu pastoral, voir Bâ & Daget (1962), Last (1967) et Lovejoy (2016).
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[5]
Par exemple, la spécialisation économique, l’économie politique des échanges entre différents lignages, le rapport à l’homme plutôt qu’au territoire, les géométries complexes de relations tributaires, l’exercice non exclusif de l’autorité… (Gallais, 1975 ; Grémont et al., 2004).
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[6]
À partir de 1996, le phénomène de la « décentralisation » renforce le pouvoir des élites locales « connectées » à Bamako (Hetland, 2008).
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[7]
Il est important de rappeler que plusieurs populations cohabitent avec le groupe fondateur du village : à Kossouma et à Mougna, par exemple, aux côtés des Bamanan et des Bozo, se trouvent des Peuls et des Bobo.
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[8]
Entretien à Djenné, décembre 2016.
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[9]
Traduction littérale du bambara « ka zuzi da mu », qui signifie proposer quelque chose en compensation d’une décision de justice favorable. Cette expression, utilisée par les interviewés, s’étend à la quasi-totalité des agents publics.
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[10]
Entretien à Djenné, décembre 2016.
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[11]
Le patronyme peut, dans certains cas, ne pas correspondre à l’appartenance ethnique. Le général Kéba Sangaré de l’armée malienne appartient au groupe Bwa (Bobo) de San, même si son patronyme suggère une appartenance au groupe Peul. Ici l’affiliation de Bekaye Sangaré à la Katiba Macina doit être lue en dehors de l’appartenance ethnique.
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[12]
Créé en 2015 comme Front de libération du Macina (FLM), ce groupe opérait principalement dans le Macina. Il conflue dans la Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (JNIM – Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans) en 2017 et prend l’appellation de Katiba Macina.
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[13]
Entretien à Djenné, août 2017.
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[14]
Entretien à Djenné, août 2017.
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[15]
Arabes berabiches installés depuis des générations dans la vallée du Tilemsi, dans la région de Gao.
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[16]
Peuls bergers qui auraient quitté le Fouta Djalon pour aller au Nigeria avec Ousmane Dan Fodio puis reflué au Nord-Tillabéry. Ils commencent à pénétrer de manière stable dans la zone de Menaka-Ansongo (Mali) à la suite des sécheresses des années 1970 et 1980 et de la montée vers le nord de la ligne d’exploitation agricole.
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[17]
Selon la définition donnée par Bobin (2017).
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[18]
Milice fondée par des anciens de Ganda Koy – celle-ci fondée en 1994 contre les razzias des rebelles – opérant principalement dans la zone de Gao.
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[19]
Entretien à Gao, septembre 2017.
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[20]
Excellent exemple d’homme d’armes, ce Touareg participa à la guerre du Liban et au conflit tchado-libyen avant de rentrer au Mali pour diriger un groupe rebelle (1991-1996) principalement contre les rebelles de Iyad ag Ghali. Intégré dans l’armée et supporté par les services maliens, il constitue une sorte de milice personnelle pour sécuriser certaines routes de trafics dans le Nord-Mali. En 2014, il fonde le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia).
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[21]
Charles Grémont, communication orale, juin 2018.
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[22]
Bergers nomades de vaches à longues cornes, installés surtout dans le Djelgodji, à savoir la province du Soum, au Burkina Faso.
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[23]
Entretien à Bamako, septembre 2017.
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[24]
Littéralement, « les chasseurs se fient à Dieu ».
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[25]
Voir, par exemple, le cas du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire (Hellweg & Médevielle, 2017).
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[26]
Entretien à Koro, juillet 2018.
Le 25 juin 2016, un affrontement oppose les villages de Mougna et Kossouma (Djenné, Mali) : il se solde par une vingtaine de morts et une quarantaine de blessés. S’il n’y a pas de « djihadistes » directement impliqués, cela s’inscrit dans un processus de mise en armes des conflits fonciers qui s’accentue dramatiquement avec l’éclatement de la rébellion de 2012. L’irruption de la violence en milieux ruraux et pastoraux est liée à une remise en question plus générale des institutions de la « brousse » au sein du processus de formation de l’État. Cet article tente d’analyser les modalités par lesquelles la violence est constituée en politique publique, en mobilisant des répertoires ethniques et religieux, notamment celui du « djihadisme », à partir des conflits fonciers.
Mots-clés
- Mali
- conflits fonciers
- pastoralisme
- identités politiques
- milices
- djihadisme
Mots-clés éditeurs : conflits fonciers, djihadisme, identités politiques, Mali, milices, pastoralisme
Creating Identity at Gunpoint
Violence and Land Use in Mali
On June 25, 2016, an armed fight broke out between the villages of Mougna and Kossouma (Djenné, Mali), killing about twenty people and wounding about forty. While no “jihadists” were directly involved, this was part of the arming of land disputes which intensified dramatically with the outbreak of the rebellion in 2012. The sudden emergence of violence in rural, pastoral areas is linked to a more general questioning of “bush” institutions within the state formation process. This article aims to analyze the ways in which violence has become public policy, by resorting to the ethnic and religious perspectives, particularly that of “jihadism,” through the prism of land disputes.
Keywords
- Mali
- land disputes
- pastoralism
- political identities
- militias
- jihadism
Mots-clés éditeurs : jihadism, land disputes, Mali, militias, pastoralism, political identities
Fabricar la identidad a golpe de kalashnikov
Violencia y problemas territoriales en Mali
El 25 de Junio de 2016, un enfrentamiento entre las aldeas de Mougna y Kossouma (Djenné, Mali) se salda con una veintena de muertos y una cuarentena de heridos. A pesar de que en estos hechos no hay «yihadistas» directamente implicados, se inscriben en un proceso de paso a las armas de los conflictos territoriales que se acentúa dramáticamente con el estallido de la rebelión de 2012. La irrupción de la violencia en zonas rurales y de pastoreo está ligado a una puesta en entredicho más general de las instituciones de las “aldeas” en el proceso de formación del Estado. Este artículo intenta analizar las modalidades a través de las cuales la violencia se constituye en política pública, mobilizando repertorios étnicos y religiosos, especialmente el del “yihadismo”, a partir de conflictos territoriales.
Palabras claves
- Mali
- conflictos territoriales
- pastoralismo
- identidades políticas
- milicias
- yihadismo
Mots-clés éditeurs : conflictos territoriales, identidades políticas, Mali, milicias, pastoralismo, yihadismo