La défaite du travail et les substituts sociaux
Conversation avec un expert comptable, marié à une infirmière libérale
Page 123
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/rips.034.0123
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« Quand quelqu’un est seul et triste, qu’il ne travaille pas, quand il est inactif, il remplit sa vie comme il peut pour survivre, il consomme du temps médical, du temps d’infirmière libérale. Les visites de l’infirmière qu’il essaie de faire durer, c’est sa socialisation au quotidien. Un diabétique qui travaille fait sa piqûre dans les toilettes de l’entreprise, un diabétique qui ne travaille pas fait venir l’infirmière trois fois par jour à domicile. Le chômeur diabétique appelle régulièrement le médecin à son domicile qui pour 20 euros va passer ¾ d’heures (au lieu d’un ¼ heure), il va ordonner une prise de sang qui prendra 5 minutes au laboratoire et sera facturé quasiment autant. Les infirmières libérales particulièrement celle en zone rurale pourraient vous décrire précisément la France profonde, générée par la défaite du travail : ce sont d’abord les inactifs, les retraités, les chômeurs qui les appellent, pas les autres, car ils ont autre chose à faire. Le chômage est devenu une maladie ; il génère toutes sortes de symptômes et aggrave toutes sortes d’affections. Quand un pays accroît ses prélèvements obligatoires sous la pression permanente des syndicats, il génère automatiquement un niveau de chômage élevé, il ne mesure pas les conséquences au plan santé, allocations, etc. L’image de la France d’en haut et de la France d’en bas est intéressante : la France d’en haut, elle courre tout le temps, elle rame et la France d’en bas, elle consomme des allocations en tous genres…
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