Les facteurs actuels qui font de la Science une force productive au service du capital Le quatrième moment de l'organisation de la production
- Par Dimitri Uzunidis
Pages 51 à 78
Citer cet article
- UZUNIDIS, Dimitri,
- Uzunidis, Dimitri.
- Uzunidis, D.
https://doi.org/10.3917/inno.017.0051
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- Uzunidis, D.
- Uzunidis, Dimitri.
- UZUNIDIS, Dimitri,
https://doi.org/10.3917/inno.017.0051
Notes
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[1]
Le terme usuel est celui d'externalités qui peuvent être définies (avec A. Marshall, 1906) comme étant des effets, positifs ou négatifs, qu'entraîne une activité d'un agent économique à l'extérieur de cette activité ou que subit cet agent en provenance de l'extérieur. Le plus intéressant pour une entreprise est l'obtention, dans un environnement favorable à l'investissement, d'économies externes substantielles, sans avoir à supporter la moindre partie du coût qu'engendre son activité pour la collectivité (pollution, nuisances diverses). Il est indispensable alors de souligner que, tenant la propriété privée pour acquis irréfutable, l'agent privé engendrera divers effets sur la collectivité, mais en retour, il exigera de la collectivité des moyens et des opportunités pour accroître sa propriété (patrimoine) ou, le cas échéant, pour la défendre.
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[2]
En tant que facteur résiduel, le progrès technique contribue à la partie de la croissance économique qui ne peut être expliquée par l'évolution du volume des facteurs de production (capital et travail).
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[3]
J. Schumpeter qualifiera environ un siècle plus tard de "destruction créatrice" le processus de la destruction des capitaux anciens par les nouvelles combinaisons productives qui créent, par leur introduction sur le marché, des nouvelles opportunités d'investissement et de profit (Schumpeter, 1979).
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[4]
La circulation de l'information devrait devenir la principale fonction de cimentation de la société capitaliste actuelle, éclatée dans ses activités fondatrices et fondamentales : la production, l'échange, l'accumulation. Internet est un réseau de diffusion d'information de consommation accessible par un public large constitué de consommateurs actuels et potentiels ; intranet cimente par l'information l'espace élargi d'une entreprise (seuls ses employés, selon leurs statuts et fonctions, peuvent y avoir accès en totalité ou en partie) ; extranet cimente les relations d'une entreprise avec ses fournisseurs, clients, banquiers… L'information socialise et, en même temps, centralise les décisions et stratégies des entreprises ; la grande entreprise présentée comme un réseau centralisé de fonctions est intégrée dans un réseau d'entreprises plus ou moins indépendantes. C'est de cette façon que son pouvoir sur le marché peut se renforcer en lui évitant des investissements que nécessite la création des nouvelles unités de production.
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Pour saisir toute l'ampleur des avancées théoriques actuelles des économistes libéraux il est important d'opérer certaines synthèses entre les idées clés que ceux-ci proposent. Par exemple, la théorie de la connaissance et des compétences doit être associée à celles du "gouvernement d'entreprise" (A. Schleifer, W. Vishney, 1997) qui désigne la forte implication dans le fonctionnement quotidien d'une grande société des détenteurs institutionnels (financiers) d'une partie importante de son capital. La rentabilité à court et moyen terme du capital engagé par ceux-ci est le critère le plus courant d'évaluation du président et de la technostructure qui détiennent le pouvoir décisionnel dans cette société. L'exercice de ce pouvoir exige de nombreuses compétences entrepreneuriales (A. Chandler) jugées, elles-mêmes, par la capacité des dirigeants à tirer profit de l'ensemble "des forces vives" de l'entreprise et par leur aptitude d'y intégrer des éléments externes.
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[6]
L'OCDE mesure la "mondialisation" de l'innovation a) par les investissements en R&D et la prise de brevets des filiales étrangères dans un pays donné ; b) par les alliances technologiques entre entreprises au niveau international qui peuvent prendre la forme d'un simple échange de licences ou, même, de la constitution de filiales communes de recherche ; par les publications d'articles et le dépôt (ou la détention) de brevets en collaboration internationale (OCDE, 1999). Les réseaux, ou la socialisation de la production des connaissances scientifiques et techniques, ainsi que leurs applications à des fins productifs suivent et nourrissent la tendance à la centralisation internationale du capital. Les "petits pays" (selon la terminologie de l'OCDE), très actifs en matière scientifique (Irlande, Pays-Bas, Suisse, etc.), font de leur "système d'innovation" un atout principal d'attractivité d'investissements technologiques étrangers. Les "grands pays", aidés par leurs marchés financiers, donnent à ces coopérations un caractère primordial dans l'évaluation de la compétitivité de leurs économies et de toute autre économie nationale (Uzunidis, 2001 (b)).
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[7]
Près de 185 milliards de dollars en 1999 selon les estimations de l'OCDE (STI, EAS, 2001 – OECD).
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[8]
Méconnaissance et non ignorance…, dans le sens où aucun mécanisme de compréhension et d'évaluation sociale des nouvelles technologies n'est permis (qui demandent, par l'éducation, une prise de position consciente des individus face au problème posé) ; ceci pour ne pas mettre en danger l'édifice du nouveau cadre flexible et discriminatoire d'accumulation. Mais au fait, qu'en est-il de la transparence néoclassique des marchés pour les tenants de l' "économie du savoir, de la connaissance et de l'information" ? sauf, s'il s'agit du savoir général de l'humanité exproprié et laissé en friche, de la formation et de la financiarisation du capital connaissances, du libre accès aux secrets de l'entreprise des quelques actionnaires initiés, ou encore de la spectaculaire publicité adressée à des masses de consommateurs conditionnés préalablement ! "La méconnaissance est pire que l'ignorance" (Socrate).
Le contexte historique détermine en grande partie les priorités des phénomènes scientifiques à étudier, les techniques (méthodes et outils) à utiliser et l'usage social qui sera fait des résultats. Karl Marx a mis en évidence trois moments de l'organisation de la production capitaliste : la réunion des travailleurs isolés sous un même commandement, suivie par la division du travail et la différentiation des tâches, puis par la séparation nette entre travail intellectuel et travail manuel. Cet article présente le quatrième moment de l'organisation de la production capitaliste : une organisation fondée sur la déconcentration spatiale de la réalisation de cette production et sur la centralisation décisionnelle, financière et informationnelle que les applications de la science contemporaine permettent. Ce quatrième moment se traduit sur le plan de l'organisation du travail de production par la combinaison dans un même collectif des forces de travail salariées par l'entreprise elle-même et des forces de travail salariées d'autres institutions mais appropriées par cette entreprise qui met en œuvre le collectif de travail. Ce quatrième moment est celui de la marchéisation sans précédent de la science, mise en réseaux conjointement par les entreprises et les Etats dans un but clairement technologique
The current factors which make science a productive force in the service of capital. The fourth stage in the production organisation
The historical context determines for most part the order of priority of the scientific phenomena to study, the techniques (methods and tools) to use, as well as the social use which will be made of the results. Karl Marx highlighted three stages in the transformation of the production forces of capitalism: meetings of workers isolated under the same management, followed by the division of the work and the differentiation of the tasks, then by the clear separation between intellectual and manual work. This paper presents the fourth stage in the productive organisation: an organisation based on the spatial devolution of the achievement of this production and on decisional, financial and informational centralisation that the applications of contemporary science allow. Concerning the organisation of work, this fourth moment is characterised by the combination in the same group of staff paid by the company itself and a salaried staff paid by other organisations, but appropriated by the company which makes use of the said group. This fourth stage is the one of the unprecedented marketability of science, organised as a network by enterprises and states in a clear technological aim.
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