Article de revue

Peut-on sauver les forêts tropicales ?

Romain Pirard Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Nouveaux débats », 2013, 126 pages ISBN : 9782724614060

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  • Martinache, I.
(2014). Peut-on sauver les forêts tropicales ? Romain Pirard Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Nouveaux débats », 2013, 126 pages ISBN : 9782724614060. Idées économiques et sociales, 176(2), 77-77. https://doi.org/10.3917/idee.176.0077.

  • Martinache, Igor.
« Peut-on sauver les forêts tropicales ? : Romain Pirard Paris, Presses de Sciences Po, coll. “Nouveaux débats”, 2013, 126 pages ISBN : 9782724614060 ». Idées économiques et sociales, 2014/2 N° 176, 2014. p.77-77. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-idees-economiques-et-sociales-2014-2-page-77?lang=fr.

  • MARTINACHE, Igor,
2014. Peut-on sauver les forêts tropicales ? Romain Pirard Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Nouveaux débats », 2013, 126 pages ISBN : 9782724614060. Idées économiques et sociales, 2014/2 N° 176, p.77-77. DOI : 10.3917/idee.176.0077. URL : https://shs.cairn.info/revue-idees-economiques-et-sociales-2014-2-page-77?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/idee.176.0077


1 Les titres d’ouvrages sont souvent trompeurs, exagérant à des fins commerciales le sujet dont ils traitent. Une fois n’est pas coutume, il en va de ce livre à l’opposé. Si la déforestation constitue déjà en soi un enjeu majeur ? encore qu’il ne soit guère en très haute place dans les agendas politiques et médiatiques ?, cet essai en révèle d’autres, plus importants encore.

2 Économiste spécialiste de l’Indonésie, aux premières loges du phénomène, l’auteur commence par expliquer que la lutte contre la déforestation, plus particulièrement dans les zones tropicales, a récemment été intégrée par la « communauté internationale » dans les politiques liées au changement climatique. Ce faisant, elle est également un terrain d’expérimentation privilégié des instruments économiques de marché, qui dominent en la matière… Car en réalité, c’est un petit manuel critique d’économie de l’environnement que livre ici Romain Pirard.

3 Dès le premier chapitre, l’auteur aborde ainsi la question de l’évaluation du phénomène, bien moins simple que ne pourrait le laisser à penser la batterie de données accessibles. Après avoir expliqué en quoi la catégorie même de « forêt tropicale » constitue en fait une construction sociale entourée de mythes, il passe en revue les principales techniques pour en évaluer la superficie et les effets déformants que chacune véhicule, avant de mettre en évidence l’utilitarisme qui préside à ces évaluations, utilitarisme que cristallise particulièrement le récent concept de services écosystémiques réglant désormais les négociations concernant la prévention de la déforestation.

4 Dans ledeuxième chapitre, l’auteur distingue les différentes causes de la déforestation, en montrant notamment que les plus visibles (construction de routes, expansion des pâturages, production d’huile de palme, etc.) tendent à dissimuler les causes sous-jacentes liées à la croissance démographique, à la mondialisation et au développement économique, moins directes mais plus cruciales, ainsi que le révèle le modèle de la transition forestière, qui est un peu le pendant de la transition démographique en matière sylvicole. Un modèle débattu, mais néanmoins, selon l’auteur, plus pertinent, pour décrire l’évolution des forêts dans le temps, que les modèles d’économie spatiale quis’appuientsur la rentabilité relative desespaceset activités pour rendre compte du phénomène.

5 Une fois présentés les biais que comporte l’appréhension de la déforestation, Romain Pirard s’intéresse aux politiques mises en œuvre pour tenter de l’enrayer. Celles-ci s’inscrivent depuis peu dans le cadre du programme REDD+ (réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation forestière), ratifié lors du sommet de Copenhague dans le cadre de la convention de Kyoto de 1997. L’auteur en retrace dans un premier temps la genèse, en montrant surtout comment celui-ci est conçu, c’est-à-dire comme un enjeu technique laissant la part belle aux instruments économiques au détriment des choix politiques, comme en témoigne notamment la place prépondérante accordée aux consultants privés. À cette critique politique, l’auteur adjoint des doutes en matière d’efficacité, du fait d’hypothèses erronées et de mauvais ciblages, ainsi que l’illustre le cas de l’expansion des surfaces agricoles, où l’hypothèse de Borlaug ? à savoir que des gains de productivité agricole permettraient de limiter la mise en culture de nouvelles surfaces ? reste sujette à caution.

6 Le cinquième chapitre est consacré aux différents instruments imparfaitement qualifiés « de marché » auxquels REDD+ accorde un intérêt important. Romain Pirard fait ainsi une présentation pédagogique de chaque catégorie ? marchés directs, taxes pigouviennes, labels, accords négociés coasiens et permis échangeables, non sans critiquer les principes mêmes du paiement pour services environnementaux, en égratignant au passage l’initiative Yasuni-ITT en Équateur, récemment avortée. En guise d’exemple, l’auteur détaille enfin dans le sixième chapitre le cas particulier de l’Indonésie, qu’il connaît le mieux.

7 Au final, au-delà de la présentation des instruments dits « de marché » en économie de l’environnement, c’est aussi une critique radicale et argumentée de ces derniers. L’ouvrage se termine par un plaidoyer pour un changement profond de trajectoire de développement ? et pas seulement son versant lui aussi improprement qualifié de « durable ». Tout cela en fait une lecture indispensable à n’en pas douter à tout (e) enseignant (e) de SES !


Date de mise en ligne : 09/10/2014

https://doi.org/10.3917/idee.176.0077