Article de revue

Préface

Pages 9 à 12

Citer cet article


  • Métivier, S.
(2021). Préface. Hypothèses, 22(1), 9-12. https://doi.org/10.3917/hyp.181.0009.

  • Métivier, Sophie.
« Préface ». Hypothèses, 2021/1 22, 2021. p.9-12. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-hypotheses-2021-1-page-9?lang=fr.

  • MÉTIVIER, Sophie,
2021. Préface. Hypothèses, 2021/1 22, p.9-12. DOI : 10.3917/hyp.181.0009. URL : https://shs.cairn.info/revue-hypotheses-2021-1-page-9?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/hyp.181.0009


1Hypothèses 2018 paraît en 2021. Ce délai inhabituel acte bien des choses. Dans le numéro précédent, Christine Lebeau célébrait, en tant que directrice de l’école doctorale d’histoire, les vingt ans de ce « laboratoire » atypique, dédié aux nouveaux chercheurs que sont les doctorants.

2Ces trois dernières années, il n’y a eu aucun défaut d’activité, même lorsque les conditions de recherche se sont soudainement tendues, voire ont été rendues impraticables, lorsqu’à la sortie de l’hiver 2020, archives et bibliothèques ont été fermées, missions, colloques et rencontres ont été interdits, pendant de longues semaines. Les bouleversements ont été ailleurs.

3L’école doctorale d’histoire a entamé, en 2018-2019, une sorte de mue. À la suite de la décision de l’université de supprimer le service des thèses en sciences humaines et d’en confier les fonctions administrative et financière à chacune des écoles doctorales concernées, l’ED 113 s’est transformée en un bureau à l’ampleur inédite. Il lui appartient désormais d’organiser et de gérer l’ensemble de la scolarité d’un doctorant en histoire, de sa première inscription en thèse à sa soutenance. Rappelons que l’école doctorale d’histoire, l’une des plus importantes de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, compte environ 280 doctorants, inscrit chaque année une cinquantaine de nouveaux doctorants et autorise plus de trente soutenances de thèse par an.

4Ce fut de la responsabilité d’une nouvelle direction, tout juste élue en mai 2018, et particulièrement de son directeur, François Chausson, et de sa responsable administrative et scientifique, Noemi Rubello. Au 1er septembre 2018, en effet, Christine Lebeau acheva son mandat de directrice. Il lui avait échu de mettre en œuvre la réforme du doctorat, en veillant notamment à la création des comités de suivi de thèse, et il lui revint de porter la nouvelle école doctorale franco-italienne, dans le cadre d’une « direction très attentive, à l’écoute et efficace » (rapport du 14 juin 2018 du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur). Au même moment, Christine Ducourtieux, la maîtresse d’œuvre des ateliers doctoraux et d’Hypothèses pendant près de vingt ans, fit valoir ses droits à la retraite. En plus de son directeur, de sa directrice adjointe, Sophie Métivier, et de sa responsable administrative et scientifique, l’équipe s’est enrichie, en 2019 et 2020, en la personne de Samuel Salmeron, d’un gestionnaire administratif et financier et d’une gestionnaire de scolarité, Maud Giraudon. Ainsi transformée dans ses missions et dans son organisation, l’école doctorale d’histoire est désormais installée, au sein de la Sorbonne, dans les anciens locaux du service des thèses en sciences humaines, au deuxième étage de l’escalier M.

5Cette chronique succincte et à rebours de l’école doctoralepasse sous silence, bien sûr, les complications et les contretemps qui furent systématiquement écartés avec ténacité et efficacité par son directeur.

6C’est ainsi dans le cadre d’une école doctorale renouvelée que sont publiées les communications des ateliers de l’année 2017-2018. Quatre thèmes avaient été proposés et validés par les doctorants au printemps 2017 : « Violences politiques », « La voix : source et objet d’histoire » (ateliers du 2 décembre 2017), « Retrouver le paysage. Intérêts, sources et méthodes » et « La rencontre : enjeux, pratiques, représentations » (ateliers du 24 mars 2018). Ces thèmes renvoient à ce qui constitue déjà l’histoire de l’école doctorale. Ainsi le parcours historiographique de l’atelier sur le paysage est-il construit à travers l’analyse de cinq ateliers antérieurs (de 1998 à 2014) qui portent tous sur l’appropriation du paysage par l’homme. On ne peut d’ailleurs mieux suggérer la continuité méthodologique qui s’est imposée au fil des années au sein de l’école doctorale. Quant aux violences politiques, elles ne manquent pas d’évoquer les travaux de la première directrice de l’école, Claude Gauvard.

7Cet atelier sur les violences politiques, le premier à s’être réuni, a sans aucun doute armé de réflexion tous ceux qui y ont participé, lorsque surgit, moins d’un an après, le mouvement des gilets jaunes. Pour Clément Weiss et Gaëtan Bonnot, Romain Millot et Gwendal Rannou, il s’agissait moins de s’intéresser aux causes ou aux effets des violences politiques qu’à l’acte, à sa dynamique et à son rendu, d’analyser non pas pourquoi il y a de la violence politique mais ce qui rend la violence politique, ou non. Aucune contribution ne fait en effet l’économie de l’examen de la qualification de la violence et de sa construction discursive. Dans cette perspective, la jeunesse, tant dans la Rome républicaine que dans le Paris thermidorien, est un acteur obligé du discours politique ou policier, contrairement à d’autres agents dont la violence ou sa dimension politique est déniée.

8Des violences politiques à la voix, le lecteur passera sans difficulté, tant la seconde est attendue a priori dans les premières. « La voix : source et objet d’histoire » pose, de plus, des questions similaires, celles de l’articulation avec le document écrit, de l’ancrage social de l’objet voix, du rapport avec l’espace et du contrôle de celui-ci que son usage induit. Avec plus de netteté encore la fabrique de la source est au cœur des enjeux. De la Mésopotamie ancienne aux studios d’enregistrement du xxe siècle, Marie Goupil-Lucas-Fontaine et Céline Loriou, Bénédicte Cuperly, Manon Gac et Judith Förstel nous rappellent que l’histoire de la vocalité, de l’oralité et de l’audition (on pourrait dire de « l’entendu ») peut et doit être posée au-delà de la quête de la « parole ailée » et de la reconstitution du paysage sonore.

9C’est un autre paysage, fait lui aussi de mobilité, que Grégoire Binois, Thibault Bechini, Noëmie Lucas et Clara Stevanato ont retenu. En historiens soucieux de scruter les évolutions du passé, ils se sont proposés de « retrouver le paysage » et d’examiner la construction qui en est faite. Ils éclairent le processus de sélection de ce qui a été, au double sens de l’expression, mis en valeur par les hommes, qu’ils fussent propriétaires fonciers, hommes de lettres, ingénieurs militaires, notables… ou historiens. Au-delà de la diversité des paysages qu’ils sont amenés à évoquer, de l’Iraq à l’Alsace en passant par l’Italie du Nord et la Provence, ce sont donc des paysages multiples, partiels ou incomplets qu’ils retrouvent, en pleine conscience, comme ils l’écrivent à plusieurs reprises, d’être « situés ».

10Aussi fugace que la voix, la rencontre, quoique au cœur de différentes approches historiographiques, très prégnantes aujourd’hui, illustre la difficulté à conceptualiser une notion du sens commun. Si le terme peut désigner de multiples situations ou événements ordinaires, il caractérise tout particulièrement, pour Claire-Lise Gaillard et Sara Legrandjacques, Idaline Hamelin, Mathilde Jourdan et Samuel Lucio, des moments ou contextes précis, comme le mariage, le rapport colonial ou la transaction commerciale. Événement ambivalent, non sans calcul et risque, la rencontre ne peut être examinée qu’à travers un questionnement serré qu’illustre chacun des articles.

11Ces quatre ateliers mettent en œuvre des perspectives heuristiques communes, celles du genre, de l’histoire des sensibilités et des émotions, du discours ou de la représentation, de l’histoire sociale ou encore de l’espace. Des termes, comme « objet », « processus » et « construction », qui semblent faire écho à la recherche doctorale elle-même, sont récurrents. La richesse des présentations réside moins dans la diversité des contextes et des espaces que dans l’intensité des interrogations que suscite chacun des thèmes et à laquelle l’ensemble des concluants, Fanny Bugnon, Nicolas Offenstadt, Grégory Quenet et SylvieThénault, ont répondu avec beaucoup d’acribie.

12Les ateliers rappellent que, si l’école doctorale est bel et bien une école, comme le soulignait Dominique Kalifa, et, désormais, un service administratif de l’université, conformément aux préconisations du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, c’est aussi et avant tout un laboratoire de recherche, le lieu où germinent et fructifient réflexions individuelles et partagées.

13La présentation de ce nouveau volume ne peut être achevée sans que soit honorée la mémoire de Dominique Kalifa, qui dirigea l’école doctorale de 2009 à 2013 et qui participa, avec un intérêt jamais tari, aux activités de son conseil scientifique jusqu’à sa disparition, le 12 septembre 2020.


Date de mise en ligne : 28/04/2021

https://doi.org/10.3917/hyp.181.0009