Panégyrique et revers monétaire
L'amplexus entre la cité et l'empereur
- Par Antony Hostein
Pages 249 à 260
Citer cet article
- HOSTEIN, Antony,
- Hostein, Antony.
- Hostein, A.
https://doi.org/10.3917/hyp.021.0249
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- Hostein, A.
- Hostein, Antony.
- HOSTEIN, Antony,
https://doi.org/10.3917/hyp.021.0249
Notes
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[*]
Prépare une thèse en histoire romaine sous la direction de Michel Christol, professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, intitulée : Autun et les empereurs. Les relations entre les cités et le pouvoir impérial à travers les panégyriques concernant la cité d’Autun (fin iii e-début iv e siècles).
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[1]
Pour un bilan des discussions sur la date de ce discours, voir C. E. V. Nixon, B. S. Rodgers, In Praise of Later Emperors. The Panegyrici Latini. Introduction, Translation and Historical Commentary, Berkeley-Los Angeles-Oxford, 1994, p. 255-256.
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[2]
Sur la numérotation des panégyriques et les éditions de référence, voir en premier lieu l’édition d’É. GALLETIER, Panégyriques latins, 3 vol., Paris, 1949-1952 (CUF). Également C. E. V. Nixon, B. S. Rodgers, In Praise of Later Emperors, op. cit. ; et D. Lassandro, G. Micunco, Panegirici latini, Turin, 2000. Dans l’abréviation Pan. V (9), le numéro en chiffre romain correspond à l’ordre chronologique des panégyriques établi par Galletier. Le chiffre entre parenthèses renvoie au numéro de présentation des discours dans le manuscrit d’origine.
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[3]
Le panégyrique se définit, à l’origine, comme un discours prononcé dans une fête religieuse (panêgyris), qui fait l’éloge de la fête et de tout ce qui s’y rapporte. Peu employé par les auteurs latins, il devient avec Sidoine Apollinaire un simple synonyme de laudatio. Sur ce point, L. Pernot, La rhétorique de l’éloge dans l’antiquité, Paris, 2000, p. 234 et É. Galletier, Panégyriques latins, op. cit., I, p. VII-VIII.
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[4]
Ménandre le Rhéteur (I et II), D. A. Russell et N. G. Wilson éd. et trad., Oxford, 1981. Sur l’éloge dans l’antiquité, se reporter à la thèse de L. Pernot, La rhétorique de l’éloge dans le monde gréco-romain, 2 vol., Paris, 1993.
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[5]
Il n’existe aucun autre discours d’ambassade complet datant de la période impériale parvenu jusqu’à nous. Voir le constat de F. Millar, The Emperor in the Roman World (31 BC - AD337), Londres, 1992 (3e éd.), p. 423-424.
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[6]
Plusieurs articles ont déjà porté sur les liens qui unissent les panégyriques latins et les revers monétaires. Voir en dernier lieu M. Christol, « La piété des Tétrarques : une retractatio », dans Romanité et cité chrétienne. Permanences et mutations, intégration et exclusion du i er au vi e siècle, Mélanges en l’honneur d’Yvette Duval, Paris, 2000, p. 219-231 et C. Perassi, « Ideologia e prassi imperiali : Panegyrici Latini, monete e medaglioni », dans XII. Internationaler Numismatischer Kongress, Berlin 1997, Akten-Proceeding II, B. Kluge et B. Weisser éd., Berlin, 2000, p. 830-839.
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[7]
Ce contraste fondé sur l’amplification des contraires correspond aux lieux communs que Ménandre préconise d’employer dans ce genre de discours. Ménandre, op. cit., II, 423, 9 et s..
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[8]
G. Lanata, Legislazione e natura nelle novelle giustiniane, Naples, 1984, p. 177-178, n. 32 pour une recension exhaustive de ce type de vocabulaire dans les codes juridiques tardifs.
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[9]
Sur le style de la chancellerie tardive, voir les travaux de G. Vidén, The Roman Chancery Tradition. Studies in the Language of Codex Theodosianus and Cassiodorus Variae, Göteborg, 1984.
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[10]
Sur les vertus de l’empereur, voir par exemple l’important article d’A. Wallace-Hadrill, « The Emperor and his virtues », Historia, 30 (1981), p. 298-319 ; sur la pietas, se reporter à la mise au point de M. Christol, op. cit.
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[11]
Le thème de l’adventus a été récemment traité par P. Dufraigne, Adventus Augusti, Adventus Christi. Recherche sur l’exploitation idéologique et littéraire d’un cérémonial dans l’antiquité tardive, Paris, 1994 ; et par J. Lehnen, Adventus principis. Untersuchungen zu Sinngehalt und Zeremoniell der Kaiserankunft in den Städten des Imperium Romanum, Francfort, 1997.
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[12]
P. Dufraigne, Adventus Augusti, Adventus Christi, op. cit., p. 9.
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[13]
« Si Flavia, cité des Éduens […] avait pu, empereur très sacré, se transporter hors de ses fondations et venir ici […]. » Pan VIII (5), 1, 1. Notons au passage le parallèle avec Cicéron, Contre Pison, 52.
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[14]
On peut se faire une idée de l’aspect extérieur d’une telle porte – celle d’Autun n’existant plus alors qu’on connaît bien les trois autres – grâce à la célèbre Porta Nigra de Trêves.
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[15]
Sur les allégories et les représentations de cités et de provinces, voir J. A. Ostrowski, Les personnifications de provinces dans l’art romain, Varsovie, 1990, ainsi que les nombreux articles du Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae (LIMC), 9 vol., Vandœuvres, 1981-1999.
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[16]
Voir la reproduction et le commentaire détaillé de cette monnaie à la fin de l’article.
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[17]
Le trésor d’Arras a fait l’objet d’une excellente publication, celle de P. Bastien, C. Metzger, Le trésor de Beaurains (dit d’Arras), Wetteren, 1977. Une notice complète est consacrée à la monnaie dans cet ouvrage, au no 218.
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[18]
Les datations de ces monnaies, dont celle qui nous intéresse, ont été rediscutées par M. Christol, « La piété des Tétrarques », art. cit., p. 219-231. Nous suivons les conclusions de cet auteur qui récuse une datation des émissions immédiatement postérieure aux événements (vers 298) au profit d’une datation haute, correspondant aux decennalia des Césars.
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[19]
Sur la Tétrarchie, les principaux ouvrages en français sont ceux de W. Seston, Dioclétien et la Tétrarchie, I. Guerres et réformes, Paris, 1946 ; M. Christol, L’Empire romain au iii e siècle. Histoire politique, 192-325 après J.-C., Paris, 1997, p. 191-233 et notes p. 247-253 ; B. Rémy, Dioclétien et la Tétrarchie, Paris, 1998.
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[20]
M. Christol, « La piété des Tétrarques », art. cit., p. 223.
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[21]
Pan. VII (6), 22-23 daté de 310. Selon l’orateur, la présence même de Constantin, deus praesentissimus, par essence bienfaisante, est le signe d’un rétablissement. Voir aussi la fin du Pan. VIII (5).
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[22]
Sur le thème solaire et sur l’idée de Rome, source de lumière bienfaisante, M. Christol « La piété des Tétrarques », art. cit., p. 223, n. 89.
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[23]
Sur l’iconographie de l’adventus, S. Mac Cormack, Art and Ceremony in Late Antiquity, Berkeley-Los Angeles-Londres, 1981, p. 17 et suiv. ; et P. Dufraigne, Adventus Augusti, Adventus Christi, op. cit., p. 15-82.
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[24]
On trouve des situations analogues d’appel à l’aide pour Rome Pan. IX (12), 14, 2.
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[25]
Définitions relevées dans le Thesaurus, I, col. 1996-98 (amplexus) ainsi que dans l’Oxford Latin Dictionnary.
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[26]
Sur les erôtica pathé, L. Pernot, La rhétorique de l’éloge, op. cit., p. 286-287.
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[27]
On trouve plusieurs occurrences du terme amplexus employé avec ce sens, par exemple dans Properce, I, 12, 5 ; II, 15, 9 ; 18, 2 ; 26, 49 ; IV, 5, 33 ou encore chez Tibule, I, 8, 32, 3 ; 9, 74, 3.
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[28]
« […] quand toi, notre sauveur à tous (omnium nostrorum conservator), tu feras ton entrée (adveneris) […], la cité tout entière flambera d’enthousiasme (flagrabit), elle retentira des cris de joie (gaudiis) et, lorsque tu voudras partir, peut-être te retiendra-t-elle (retinebit) ? Tu nous pardonneras, tu tolèreras cette insolence inspirée par notre amour (amoris nostri) ». Pan. VIII (5), 14, 4.
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[29]
Ce thème idéologique de la joie, souvent associé aux fêtes impériales, est connu en particulier par plusieurs émissions d’aurei ou de multiples d’époque tétrarchique, frappés à Aquilée, Trêves ou Milan. Par exemple, RIC VI, 14 (Aquilée), avec la légende : Gaudete Romani. L’idée prédominante est celle d’un empereur qui dispense bonheur et félicité à ses sujets, dans le cadre d’un nouvel âge d’or.
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[30]
« Tu as vu la beauté et la position de la cité, et si ton désir pour elle a augmenté, allez, reviens une seconde fois et souvent. Les amants se rassasient souvent eux-mêmes avec l’aimé et retombent amoureux quand ils sont séparés. […] tu as conquis notre cité par le désir (ô pothos), ô meilleur gouverneur parmi tous les gouverneurs, et ceci est le témoignage que tu as de son amour, qu’elle t’a montré à nouveau pour t’attirer, incapable de tenir un jour de plus ; comme ceux qui sont touchés par les flèches d’un amour insensé et qui ne peuvent supporter de ne pas voir l’aimé, la cité presque tout entière a bien l’air de se réjouir et de s’élancer vers toi ». Ménandre II, 428, 12-15 et 19-26.
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[31]
« […] et notre amour (amor noster) le possède aujourd’hui, nos espérances nous le promettent pour demain ; et Carthage se console dans la seule pensée que, suivant ton exemple, le légat qui nous quitte nous reviendra bientôt proconsul (ad nos cito reuersurus est) ». Apulée, Florides, IX, 40.
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[32]
Philostrate, Vies des Sophistes, Vie de Léon de Byzance, W. C. Wright éd. et trad., Londres-Cambridge (Mass.), 1921, p. 13.
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[33]
Libanios, Lettres aux hommes de son temps, B. Cabouret trad., Paris, 2000, lettre no 60 (1392 F), p. 134-136.
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[34]
Utilisation du terme amplexus dans Pan. II (10), 14, 4 de 289 et Pan. IX (12), 14, 2 de 313.
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[35]
Hervé Inglebert livre quelques éléments de définitions de cette notion dans son introduction à Idéologies et valeurs civiques dans le monde romain. Hommage à Claude Lepelley, Paris, 2002, p. 20-22.
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[36]
Pour une discussion complète de ce titre unique de fratres populi romani, C. Goudineau, C. Peyre, Bibracte et les Éduens. À la découverte d’un peuple gaulois, Paris, 1999, p. 171-177.
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[37]
Pan. VIII (5), 3, 1.
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[38]
[…] tum demum irrumpendas rebellibus Gallicanis portas reliquerunt, cum fessi observare non possunt. Pan. VIII (5), 4, 2.
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[39]
Sur ce point, notons qu’il existe de fortes différences entre le monnayage impérial et les monnaies dites « impériales grecques », frappées par les cités en Orient. Voir par exemple l’étude de K. Harl, Civic Coins and Civic Politics in the Roman East A.D. 180-275, Berkeley-Los Angeles, 1987, p. 81-82 en particulier et pl. 36.
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[40]
Exemples de scènes de restitutio dans R. Brilliant, Gesture and Rank in Roman Art. The Use of Gestures to Denote Status in Roman Sculpture and Coinage, New Haven (Connecticut), 1963, p. 189-191.
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[41]
Pan. VIII (5), 13.
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[42]
Sur la notion de propagande, peu pertinente pour évoquer la rhétorique du pouvoir dans les sociétés antiques, voir R. Perelli, « Panegirici e propaganda », dans Prospettive sul Tardoantico. Atti del Convegno di Pavia (27-28 novembre 1997), G. Mazzoli et F. Gasti éd., Côme, 1999, p. 143-149.
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[43]
Par exemple, l’ensemble des travaux de François Jacques ou de Claude Lepelley. Pour une bonne mise au point historiographique sur ces questions, voir P. Le Roux, « Les cités de l’Empire romain de la mort de Commode au concile de Nicée », dans L’Empire romain au iii e siècle, 1997, (Pallas, hors-série), p. 31-55.
1 Le discours connu sous le nom de panégyrique VIII (5) fut prononcé à Trêves, probablement le 25 juillet 311, devant l’empereur Constantin entouré de sa cour [1]. Son auteur, un orateur anonyme originaire d’Autun, était venu, comme d’autres délégués de cités, présenter ses hommages au prince à l’occasion de ses quinquennalia, c’est-à-dire l’anniversaire de ses cinq premières années de règne. Ces cérémonies revêtaient une importance particulière aux yeux de Constantin, car à cette date, il se trouvait dans l’obligation d’asseoir son pouvoir et de rassembler ses forces avant l’affrontement final contre son rival de Rome, Maxence. Ce dernier fut finalement défait lors de la célèbre victoire du Pont Milvius en 312. Les hommages que Constantin reçut à Trêves furent autant des marques d’exaltation de son œuvre passée que des signes forts de soutien et de fidélité, c’est-à-dire des actes de ralliement et d’allégeance de la paît des cités d’Occident en vue du combat à mener.
2 Une discussion sur la nature même de ce qui est communément appelé le panégyrique VIII (5) [2] va servir de point d’ancrage à cette étude. L’appellation habituelle de « panégyrique », héritée du grec et répandue par les auteurs de l’antiquité tardive pour ce genre d’œuvres est impropre à qualifier ce discours. Il ne s’agit pas en effet d’un discours d’éloge en soi, composé par un rhéteur de cour, désigné à l’avance par le destinataire lui-même, ce qui est la définition communément admise d’un panégyrique [3]. Nous avons affaire ici à un discours de remerciement public, à une publica gratulatio prononcée par un orateur mandaté par les membres du conseil de sa cité dont il est, pour reprendre ses mots, la voix. Dans le discours qui nous intéresse, le rhéteur remercie l’empereur d’avoir concédé une remise de l’arriéré d’impôts et d’avoir accordé un important privilège fiscal (réduction du cinquième) afin de soutenir la cité exsangue financièrement. L’éloge est omniprésent dans ce texte ; en ce sens, on peut parler de panégyrique. Mais cet éloge est construit dans une perspective précise, puisqu’il vise non seulement à exalter le prince vertueux mais aussi à valoriser la cité méritante, suivant le schéma qui structure habituellement ce genre de discours. Le panégyrique VIII (5) doit donc être rattaché à un genre littéraire particulier, le presbeutikos logos (discours d’ambassade) et non pas au basilikos logos (éloge de l’empereur) pour reprendre la terminologie contemporaine de Ménandre le rhéteur [4]. Cette remarque est fondamentale pour comprendre la suite de l’analyse. Ce panégyrique ainsi qu’un autre conservé également dans le recueil des Panegyrici Latini – le panégyrique V (9) d’Eumène prononcé en 298 pour la restauration des écoles d’Autun – constituent les seuls témoignages directs pour toute l’histoire de Rome de ce genre que fut le discours d’ambassade de cité [5]. Ce sont des sources indispensables pour aborder l’étude des relations entre les cités et le pouvoir impérial, avec son corollaire habituel, à savoir la question de la romanisation.
3 Cette contribution porte sur un bref extrait du discours de 311, très stéréotypé en apparence et négligé par les principaux commentateurs du texte. La mise en parallèle de ce passage avec d’une part, l’image d’un célèbre revers monétaire et d’autre part, plusieurs textes des ii e-iv e siècles après notre ère permet de dégager et de définir deux types de discours, l’un émanant de la cité, l’autre du pouvoir central, mais construits à partir de motifs communs [6]. Voici l’extrait commenté (Pan. VIII (5), 7, 6) :
Di immortales, quisnam ille tum nobis illuxit dies (iam enim ad praedicanda remedia numinis tui ordine suo pervenit oratio), cum tu, quod primum nobis signum salutis fuit, portas istius urbis intrasti, quae te habitu illo in sinum reducto et proccurrentibus utrimque turribus amplexu quodam videbantur accipere !
« O dieux immortels – et voici que mon discours arrive dans son déroulement à l’éloge des remèdes apportés par ton esprit divin – quel est donc ce jour qui se mit à briller pour nous quand toi, ce qui fut pour nous un premier signe de salut, tu as franchi les portes de cette ville, portes qui, par leur forme concave, semblaient t’accueillir en leur sein et dont les tours qui les flanquent semblaient s’élancer vers toi, comme pour une étreinte ! » [traduction personnelle].
5 Ce passage se situe au cœur du discours. Il permet d’opérer la transition entre la première partie, au cours de laquelle l’orateur brosse un tableau très sombre de la situation de sa cité injustement affaiblie, avec la seconde partie, qui est construite en contraste et en opposition avec cette idée, puisqu’elle est tout entière consacrée à souligner l’effort abouti de ce bon empereur qu’est Constantin pour remettre en état Autun [7]. Il est le conservator de la cité, c’est-à-dire son sauveur et celui qui la préserve (Pan. VIII (5) 14, 4). Le début du paragraphe qui précède immédiatement cet extrait met en scène Constantin au moment de la visite effectuée un an plus tôt : le spectacle de la désolation et de la déchéance de cette cité est tel que l’empereur verse des larmes. Mais le rhéteur indique que la venue même du prince constitue déjà en soi un signe de bienfaisance et de guérison.
6 Une analyse du vocabulaire employé dans ces lignes permet de relever plusieurs thèmes : celui de la médecine (remedia), celui de la lumière (illuxit dies), celui du salut enfin (signum salutis), en rapport avec les deux précédents. Certains de ces termes font écho à d’autres employés dans le reste du discours, constituant ainsi un réseau de métaphores filées [8]. C’est un vocabulaire emphatique très imagé qui s’est particulièrement épanoui dans le cadre de la chancellerie impériale de l’antiquité tardive [9]. Son usage permettait d’évoquer les vertus et les devoirs des empereurs à l’égard des provinciaux et des cités. Ces devoirs étaient guidés par la vertu de pietas, à ne pas comprendre au sens restreint de notre piété. Il s’agissait du respect et de la réciprocité des devoirs, aussi bien à l’égard des dieux que des hommes, les citoyens et les provinciaux au premier chef [10].
7 La scène brièvement décrite dans l’extrait cité plus haut correspond à une cérémonie bien connue, qui a fait l’objet de nombreuses études : il s’agit d’une entrée de ville ou adventus [11]. Ce rituel politique constitue le moment privilégié de la rencontre et du contact de l’empereur avec les membres d’une cité. Les images ici, malgré leur densité, sont très significatives. Les mots d’abord renvoient aux autres descriptions littéraires de l’adventus : intrare et accipere [12]. L’empereur arrive au seuil de la cité ; celle-ci l’accueille, représentée à travers ses portes. Ce procédé littéraire de personnification apparaît dès l’introduction, pour regretter le fait que la cité n’ait pas pu se rendre elle-même auprès de l’empereur en s’arrachant de ses fondations [13].
8 Les portes, encadrées de tours semi-circulaires, sont assimilées aux bras de cette allégorie. L’orateur semble s’appuyer ici sur la forme architecturale d’une des portes de sa ville [14]. Le terme sinus d’in sinum peut être interprété de deux façons proches : au sens d’« incurvé » et au sens d’« en forme de sein ». Le moment précis du contact est présenté comme étant un amplexus, c’est-à-dire une accolade, avec une forte connotation erotique. Pour rendre la description plus vivante, le rhéteur stimule l’imagination de ses auditeurs, par l’usage du verbe videor : sembler, paraître, avoir l’air. L’utilisation de ce vocabulaire suggérant la personnification renvoyait immédiatement l’assistance à sa propre expérience de ce genre de cérémonies, ainsi qu’aux nombreuses représentations figurées de cités (allégories féminines et plus rarement génies, genius en latin, caractérisés par différents attributs), présentes dans les espaces publics ainsi que sur certaines monnaies [15].
9 Il existe plusieurs parallèles, iconographiques ou littéraires, susceptibles de dépasser cette lecture superficielle, uniquement attachée à l’aspect pittoresque et purement descriptif de ce passage. Cet extrait trouve d’abord un écho frappant dans l’image du revers monétaire d’un multiple d’aureus unique, bien connu des historiens de l’antiquité tardive [16]. Ce genre de monnaie de grand module était frappé en des occasions exceptionnelles et distribué aux commandants militaires et aux hauts dignitaires de l’Empire. Celui qui nous intéresse fait partie du trésor de Beaurains dit d’Arras, découvert au début du siècle [17]. Il fut frappé à Trêves, au nom de Constance Chlore, père de Constantin, et date de l’époque de la première Tétrarchie, alors que Constance est César herculéen. Le revers commémore la campagne menée contre l’usurpateur breton Allectus en 296, la traversée de la Manche, la victoire militaire suivie de la prise de Londres alors capitale de la province séditieuse. La frappe date probablement des années 302-303, au moment des decennalia des Césars, fêtes anniversaires de leurs dix ans de règne [18]. On peut donc l’interpréter comme l’exaltation de la restauration de l’Empire par les Tétrarques eux-mêmes, à un moment où la paix semble assurée à la suite des victoires successives emportées aux quatre coins de l’Empire [19].
10 Pour mieux cerner les liens que ce programme iconographique entretient avec la rhétorique, quelques remarques préliminaires s’imposent sur des détails et des identifications mal établis ou discutés. En premier lieu, l’allégorie féminine incarne probablement, vu sa place, les lettres qui l’accompagnent et ses attributs, non pas la province de Bretagne, mais la cité de Londres. Ensuite, il faut noter la correspondance du point de vue iconographique entre les bras tendus et tournés vers le ciel et les tours qui encadrent la porte. Signalons enfin que la légende enrichit ici la scène représentée, en y ajoutant du sens. Dans l’expression redditor lucis aeternae, redditor constitue un hapax. Le terme n’est en effet présent sur aucune autre monnaie d’époque romaine. Son sens est double, à la fois métaphorique et juridique. Il signifie celui qui rend – sous-entendu aux provinciaux – la lumière éternelle – c’est-à-dire la domination romaine –, avec l’idée de s’exécuter d’une dette. On passe alors des res gestae exprimées par l’image centrale à leur signification par le biais d’une métaphore [20].
11
Ces remarques établies, il est possible d’établir plusieurs concordances entre ce revers monétaire et le passage du panégyrique VIII (5) évoqué plus haut. On en relève quatre :
- Les situations des deux cités sont proches puisqu’elles sont en difficulté, l’une ruinée financièrement, l’autre aux mains d’un usurpateur et impliquée dans une guerre civile.
- L’adventus de l’empereur apporte le salut, d’où l’appel et la prière pour sa venue. Londres tend les bras vers son sauveur, Autun avait sollicité Constantin pour qu’il lui rende visite [21].
- Le thème du salut est illustré et renforcé par le thème solaire, un thème idéologique très présent dans les panégyriques latins [22]. Après les ténèbres du iii e siècle, se répand la lumière des Tétrarques, puis de Constantin. Ce retour de la lumière est l’expression métaphorique du rétablissement de l’imperium, de la prospérité, de la paix. Le rhéteur insiste alors sur la bienfaisance de la domination romaine, assurant ainsi l’ordre et la survie du cosmos.
- Enfin, les images du discours et du revers monétaire se répondent. La cité est représentée à travers ses portes ou bien sous la forme d’une allégorie féminine devant les portes. Ces descriptions doivent être rapprochées de celles où figure un adventus impérial, comme sur l’arc de Galère ou comme sur d’autres revers monétaires [23].
12 L’orateur emploie ensuite le terme amplexus pour désigner le contact physique entre Autun et Constantin. Le mot signifie précisément embrassade, l’action de serrer dans ses bras ou d’entourer avec les mains un proche ou un égal. Il signifie aussi étreinte amoureuse [25]. Le vocabulaire employé nous entraîne dans le champ lexical des sentiments d’affection et d’amour, les erôtica pathê pour reprendre la terminologie des théoriciens grecs de la rhétorique antique [26]. Par conséquent, le terme d’amplexus ainsi que celui de sinus (sein, poitrine) qui l’accompagne, rattachent en partie ce passage à la tradition de la poésie élégiaque latine d’Ovide, de Properce et de Tibulle par exemple, chez qui les deux termes sont employés avec ce sens [27].
13 Le vocabulaire employé n’est pas surprenant dans le contexte du iv e siècle. Il s’agit même d’un lieu commun, qui s’insère normalement dans les discours des représentants de cités adressés aux empereurs ou à leurs représentants, lors de leur arrivée (adventus) ou de leur départ (profectio). L’empereur (ou le gouverneur), de genre masculin, et la cité, de genre féminin, sont deux amants, qui éprouvent de l’amour et du désir l’un pour l’autre. Le jeu de séduction qui s’installe entre eux se construit autour des visites plus ou moins régulières, mais très attendues, de l’empereur ou de son représentant. La cité cherche ainsi à retenir le plus possible son amant lorsque celui-ci doit partir. La fin du discours offre un bel exemple de ce genre de scène. Les thèmes de l’adventus et de la profectio sont introduits. Le verbe retenir (retinere), employé par le rhéteur pour décrire l’action des habitants d’Autun au moment du départ de Constantin, renvoie encore à la poésie élégiaque et rappelle l’attitude des amants au moment de la séparation [28]. Dans tous les cas, un sentiment majeur s’exprime, qui permet de qualifier les liens entre l’empereur et la cité. Il s’agit de la joie, gaudium en latin [29].
14 À titre de comparaison, il est possible de relever des occurrences de ce champ lexical des erôtica pathê dans plusieurs sources des ii e, iii e et iv e siècles. Ménandre le rhéteur, à la fin du iii e siècle, préconise l’emploi de ces images dans la partie de son œuvre consacrée au discours d’invitation d’un gouverneur ou klêtikos. On retrouve les thèmes du désir, de l’amour, de l’attente, des rencontres, en somme de tous les éléments du jeu amoureux [30]. L’image est déjà présente un siècle plus tôt chez Apulée, dans un discours conservé dans les Florides adressé au proconsul de Carthage [31]. La Vie des Sophistes de Philostrate, écrite au iii e siècle, offre aussi un bel exemple d’une utilisation de ce vocabulaire. L’épisode se passe au temps de Philippe II. Le roi de Macédoine est sur le point d’attaquer la cité de Byzance, qui envoie le sophiste Léon en ambassade, afin d’éviter la guerre. Philippe répond à Léon qui lui reproche son attitude en ces termes :
« Ta patrie, la meilleure des cités, m’a attiré pour que je l’aime, et c’est pourquoi je me suis rendu à la porte de ma bien aimée ». Léon répondit : « ils ne viennent pas avec des épées à la porte de leur bien aimée ceux qui sont dignes d’amour. Les amants n’ont pas besoin d’instruments de guerre, mais d’instruments de musique » [32].
16 Le célèbre rhéteur Libanios, dans la deuxième moitié du iv e siècle, emploie des mots proches dans une de ses lettres pour décrire la relation d’un bon gouverneur avec une cité turbulente mais rendue docile après sa visite d’inspection [33]. Enfin, le terme d’amplexus est employé avec une même signification et dans un contexte identique dans les Panégyriques latins. Il traduit cette fois l’attachement des empereurs à Rome et souligne le lien intime entre la capitale et le prince, essentiel pour acquérir une légitimité encore à cette époque [34].
17 L’idée d’amplexus au sens d’étreinte sexuelle semble établie dans ce passage du panégyrique VIII (5). Cette image exprime l’union conclue entre l’empereur-amant et la cité d’Autun sa maîtresse. Voyons maintenant sa signification.
18 Pour le rhéteur d’Autun, le choix d’employer le vocabulaire du langage amoureux n’est pas uniquement esthétique. Il ne s’agit ni d’un ornement anecdotique, ni d’une figure de style audacieuse que l’auteur utiliserait pour faire étalage de ses qualités littéraires. Son utilisation facilite la communication avec le pouvoir en montrant une image adoucie et très idéalisée de ces relations, où la cité tient un rôle actif. Dans le panégyrique, la relation entre l’empereur et la cité est présentée de façon beaucoup moins asymétrique et hiérarchisée. Elle se veut plus égalitaire. La cité est une maîtresse, qui consent à accueillir son amant et à l’étreindre. L’image qui en résulte est donc différente de celle qui transparaît habituellement à travers les textes officiels. Cela s’explique par le fait que dans le cas du discours d’Autun, la parole émane des administrés eux-mêmes et non du pouvoir impérial. Le rhéteur parle au nom de sa cité et son discours est l’expression de ce qu’il est convenu d’appeler une idéologie civique [35].
19 Cette revendication d’une forme d’égalité répond à d’autres passages du discours. Les Éduens ont toujours été fidèles à Rome, ce qui leur vaut le titre officiel de fratres populi romani [36]. Leurs relations avec les Romains sont décrites comme des relations quasi diplomatiques entre deux États indépendants, liés entre eux par un amour réciproque et une égalité de dignité. Ce sont des mots forts que le rhéteur n’hésite pas à employer : et communitas amoris apparet et dignitatis aequalitas [37]. À la fin du iii e siècle de notre ère, la domination romaine est à nouveau présentée comme un choix délibéré, ce qui la légitime, en inversant le point de vue. C’est le sujet qui justifie et accepte sa situation. Cela sous-entend qu’il peut la rejeter à n’importe quel moment, en théorie du moins. L’empereur légitime est de fait accueilli et embrassé par la cité devant les portes. À l’inverse, les armées des usurpateurs gaulois, lors de leur entrée dans la ville au moment du siège, sont illégitimes. Selon le rhéteur, elles ont forcé la cité en y faisant irruption par ces mêmes portes [38]. Apparaît ainsi un jeu d’opposition, construit autour d’une même action, celle de l’entrée dans la ville par les portes, et qui permet d’opposer le souverain légitime à celui qui ne l’est pas.
20 L’image qui figure sur le revers monétaire relève de principes différents et délivre un autre message, propre à l’idéologie impériale. Cette image offre la vision d’un pouvoir efficace, tout puissant et sûr de lui dans ses victoires et dans l’accomplissement de ses devoirs à l’égard des provinciaux. Londres accueille son sauveur dans un geste de supplication. Cette manière de présenter des relations asymétriques entre empereurs et cités (ou provinciaux) est caractéristique du monnayage impérial. L’empereur est toujours plus grand, plus important que l’allégorie qui symbolise la cité ou la province. Le geste n’est jamais celui d’une dextrarum iunctio par exemple, réservée au collège impérial, au Sénat et aux soldats [39]. L’empereur est toujours le sauveur, le restitutor. Il relève avec sa main droite la cité agenouillée, qui tend les bras vers l’empereur dans un geste de supplication [40]. Cette façon de présenter les relations entre le prince et les provinciaux correspond aux thèmes évoqués dans les discours d’éloge des empereurs (basilikos logos), bien connus à partir du ii e siècle après notre ère. Images et discours du pouvoir forment ainsi un tout cohérent, qu’il est possible d’unifier sous le concept d’idéologie impériale. De ce point de vue, les relations entretenues avec les cités se font sous le double signe de la domination et de la dépendance.
21 Dans le panégyrique d’une part, et sur le revers monétaire d’autre part, la différence de perspective et du rôle dévolu à chacun est donc majeure. Mais par-delà les oppositions, ce qui l’emporte, c’est la réaffirmation de l’union et surtout du contrat entre la cité et l’empereur (redditor, amplexus). Cette union est le signe d’un retour à la normale et à l’équilibre qui existaient avant la crise de la cité. La visite de l’empereur, le respect du contrat qui le lie aux cités garantissent l’ordre du monde, sa prospérité et son renouveau. La fin du discours est très éclairante à ce propos. Le rhéteur emploie, en usant du procédé stylistique d’accumulation, plusieurs mots et expressions se rapportant au champ lexical du renouveau et de la fécondité : thème de la felicitas du lustre de Caton, de l’abondance des moissons, des vendanges, de la cueillette des olives, mention de l’ubertas [41]. L’orateur utilise ce vocabulaire pour montrer que cette situation résulte de la visite (adventus) de l’empereur et de l’étreinte (amplexus) qui a suivi. Bref, la visite de l’empereur et le renouvellement du contrat qui suit permettent la régénérescence des cités et la survie de l’imperium. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre les derniers mots du panégyrique VIII (5). Constantin a aidé Autun, qui célèbre alors son sauveur et refondateur : Augustodunum devient Flavia Aeduorum. La cité prend le nom de la gens du prince régnant à la suite de à l’obtention d’une faveur, selon un procédé très ancien et très fréquent à Rome. L’exemple d’Autun est d’autant plus évocateur et chargé de symboles que le nom de famille Constantin remplace celui d’Auguste.
22 L’étude croisée de ce panégyrique et de ce revers monétaire témoigne ainsi du dialogue et du jeu de miroirs qui s’établit entre administrés et pouvoir impérial. Cette communication s’effectue à travers deux discours construits autour d’un même motif, celui de l’adventus, dans des perspectives divergentes mais qui coexistent et ne s’excluent pas nécessairement. Ces deux discours font aussi prendre conscience de tout l’apport des rhéteurs et de la subtile utilisation qu’ils font de leur art. À travers cet exemple, on réalise à quel point, derrière une rhétorique marquée en apparence par l’idéologie impériale, s’élabore en réalité un discours civique, révélateur des aspirations égalitaires d’Autun.
23 On pourra objecter qu’il ne s’agit là que d’une illusion, d’une pétition de principe, d’une revendication arrogante et vide de sens. Les habitants de l’Empire savaient bien que le prince et l’État romain étaient beaucoup plus puissants que n’importe quelle cité. Mais le problème ne se situe pas à ce niveau. Il n’est pas question de dire qui a raison et qui a tort, ou d’affirmer qu’il ne s’agit « que » de rhétorique, à supposer a priori que la rhétorique n’ait aucun contenu propre.
24 Dans les deux types de sources, se trouve la volonté de maintenir des relations fondées sur un consensus. Si l’idéologie civique présente dans le panégyrique de 311 est acceptée, c’est parce qu’elle exprime une réalité et parce qu’elle entre à son tour dans le cadre de l’idéologie impériale : celle d’une restauration des relations traditionnelles entre les empereurs et les cités, fondée sur des principes de liberté et d’autonomie. Il n’y a donc pas d’incompatibilité entre ces deux discours [42].
25 Les remarques qui précèdent confirment ainsi les analyses de certains historiens spécialistes de l’Antiquité tardive qui ont contesté la vision schématique d’un pouvoir impérial autoritaire, imposant arbitrairement sa domination aux provinciaux [43]. Le panégyrique VIII (5) constitue un bon exemple de l’ancrage profond, après la « crise du iii e siècle », des idéaux civiques traditionnels et des pratiques qui les accompagnent dans la partie occidentale de l’Empire romain.
Constance César, multiple de 10 aurei, 52 g 88 ?
Constance César, multiple de 10 aurei, 52 g 88 ?
Date : 297 ou 302-303 (Cf. supra, n. 17-18 pour les discussions sur les deux datations possibles).D / FL(lavius) VAL(alerius) CONSTA NTIUS NOBIL(ilissimus) CAES(ar)
Buste lauré à droite, avec cuirasse et paludamentum, vu de trois quarts en avant.
R / R EDDITOR LUCIS AETERNA E
L’empereur à cheval, vers la droite, en tenue militaire, tient dans sa main droite une lance dont la pointe est tournée vers le ciel. Face à lui, un genou à terre, une figure féminine drapée, devant les portes d’une cité représentée de manière schématique (murs, portes, tours), l’accueille et tend les bras vers lui, paumes tournées vers de ciel. Sous cette figure féminine, trois lettres, LON pour Londinium c’est-à-dire Londres. Dans le registre inférieur gauche, un bateau de guerre à rames, éperon dirigé vers la droite, transportant quatre soldats casqués et protégés par des boucliers. À l’exergue PTR, marque de l’atelier de Trèves.