Homo Sapiens, de la trace à l’espace liminal
- Par Benoît Recco
Pages 103 à 109
Citer cet article
- RECCO, Benoît,
- Recco, Benoît.
- Recco, B.
https://doi.org/10.3917/huma.347.0103
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https://doi.org/10.3917/huma.347.0103
Dès le premier plan, le silence s’impose. Toutefois, de ces lieux vides et
désertés qui résonnent à nos oreilles, telle une stupéfiante échappée
dans un autre monde, et structurent entièrement le film de Nikolaus
Geyrhalter, perlent à tout moment de légers sons et de doux effleurements. Ici, le
vent fait bruisser des papiers qui jonchent le sol d’un immeuble abandonné. Là,
le ressac de l’océan qui se déchire sur les pieds d’un manège de type montagnes
russes, lui aussi laissé pour mort dans ce lieu incroyable, improbable. Que se
passe-t-il, où sommes-nous, que nous arrive-t-il ? Homo Sapiens interroge mais se
garde bien de nous répondre. Pourtant, les questions sont criantes et la curiosité
du spectateur est piquée dès les premières secondes et ne le lâchera plus.
Le réalisateur autrichien signe en 2016 avec Homo Sapiens une œuvre
fascinante à la forme audacieuse et dont la réussite tient tout autant à la
poésie qui s’en dégage qu’à cette construction qui déroute. Des plans fixes,
90 minutes de plans fixes qui durent chacun de dix à trente secondes et
s’enchaînent les uns avec les autres dans une composition vertigineuse qui
parvient à nous offrir une balade aussi douce et enivrante qu’un poème de
la Renaissance. Ronsard n’est pas loin. Aucun personnage vivant, aucune
parole, c’est pourtant de l’humanité que nous parle avec brio Nikolaus
Geyrhalter, et comment ! Traces laissées par les hommes, traces d’humanité,
tout est ici comme ce qui a été et ce qui continue d’être, différemment, voire
étonnamment différemment pour nous, pauvres hères qui nous croyons
toujours en maîtrise de tout…