Faux-Semblants. La conscience à l’épreuve du corps, le corps à l’épreuve du genre cinématographe.
- Par Benoît Recco
Pages 100 à 104
Citer cet article
- RECCO, Benoît,
- Recco, Benoît.
- Recco, B.
https://doi.org/10.3917/huma.346.0100
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https://doi.org/10.3917/huma.346.0100
Quartiers huppés de New-York, 1988, dans une salle d’opération d’un
gris profond, un ponte de la chirurgie se concentre, le regard vide et
inspiré ; bras en croix, on le revêt de pied en cape d’une blouse d’un
rouge vertigineux digne des cardinaux du Vatican. Il ouvre une absconse toile
de jute servant de trousse d’instruments gynécologiques métalliques tout
droit sortis d’une exposition d’art contemporain futuriste et, d’un pas lent et
déterminé, progresse vers les horizons d’une terra incognita pour s’occuper
d’une patiente allongée, elle aussi sous un drap rouge écarlate. Où sommes-nous ? Dans une réalité encore inconnue ? Dans un long-métrage au milieu
du gué de sa 76e minute ? Nulle part. Non, nulle part de connu ou d’attendu
si ce n’est dans les méandres labyrinthiques du cerveau de Cronenberg. Ah si,
nous sommes dans un de ces moments de trouble qui font le sel du cinéma
de genre. Bienvenue dans le genre « Faux-Semblants » de David Cronenberg
qui, jusque dans son titre même, s’évertue à nous perdre et nous questionner
sur son sujet, son sérieux, son délire ou sa rêverie.
Le cinéma « de genre » demeure encore bien souvent le parent pauvre de
l’exégèse critique. Surtout en France, il reste abordé de manière parcellaire, mal
considéré, voire oublié des analyses. Face au grand cinéma, dont la noblesse lui
octroie le droit de figurer seul, sans adjectif, le cinéma de genre doit, lui, lutter
pour sa survie, sa légitimité et sa reconnaissance. Acculé à une existence au
fond du couloir et réduit à la précarité du cinéma indépendant ou au contraire
méprisé comme étant uniquement le produit marketing des grands studios
hollywoodiens, le cinéma de genre cultive les paradoxes…