Naked, un film noir et tranchant comme le fil du rasoir
- Par Benoît Recco
Pages 103 à 107
Citer cet article
- RECCO, Benoît,
- Recco, Benoît.
- Recco, B.
https://doi.org/10.3917/huma.345.0103
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- Recco, B.
- Recco, Benoît.
- RECCO, Benoît,
https://doi.org/10.3917/huma.345.0103
Notes
-
[1]
« There Is No Alternative » : slogan politique symbolisant les années et la politique de Margaret Thatcher.
-
[2]
Opening Night est un film américain réalisé par John Cassavetes, sorti en 1977.
-
[3]
Critique de la séparation est un film français réalisé par Guy Debord, sorti en 1961.
-
[4]
« Johnny Fletcher » est le nom du détective des romans de l’écrivain américain Franck Gruber. Romans parus entre 1940 et 1964.
Une douce mélodie lancinante et répétitive, des écorchés vifs qui courent après
leur destin dans des ruelles noires et désespérées, voici comment l’on pourrait en
quelques mots présenter Naked de Mike Leigh. Ce serait relativement juste, mais
tellement trop juste tant ce film peu connu recèle bien davantage. Le réalisateur
britannique nous propose un véritable ovni cinématographique avec ce film noir
bien plus que seulement social. Sa discrétion postérieure demeure à l’image des
tranches de vie de ses personnages, injuste et regrettable. Car attention, ici, Mike
Leigh flirte avec l’excellence. Et d’aucun d’avoir bien su voir au-delà de la rudesse
de ce sombre Londres aux allures de Manchester. Le film avait frappé fort au
festival de Cannes au moment de sa sortie en 1993 et permit à Mike Leigh de
remporter le Prix de la mise en scène et à David Thewlis le Prix d’interprétation
masculine, Ô combien mérités, l’un comme l’autre. Sa popularité et sa quintessence
resteront cinéphiles. C’est regrettable.
Alors bien sûr, c’est un film dur qui ne caresse pas dans le sens du poil. D’ailleurs,
il ne caresse rien du tout ; c’est pas dans le viseur de Mike Leigh, les caresses. Ici,
on éprouve, on subit, on gueule et on serre les dents sous les coups de la vie et des
insupportables cons qui en prennent sacrément pour leur grade. Si l’on retrouve
souvent ce film catalogué dans la catégorie « film social », cette classification
est a minima réductrice, voire erronée et conf ine davantage au contre-sens…