Un édito joyeux ?
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Citer cet article
- DEVILLERS, Christophe,
- Devillers, Christophe.
- Devillers, C.
https://doi.org/10.3917/huma.341.0001
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Notes
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[1]
On accordera à son hôte présidentiel français de s’être déplacé le 8 novembre dernier au siège même du Grand Orient de France pour délivrer à tous les francs-maçons français un discours de confiance, de confortation républicaine et d’incitation à l’engagement.
1 C’était décidé, marre de moraliser, de maugréer, de ratiociner. On allait voir ce qu’on allait voir. Feu pour un édito joyeux sur un sujet en prise avec une actualité heureuse ! Et des sujets, je n’en manquais pas. Commenter, par exemple, cette délicieuse présence, le 20 septembre, au Château de Versailles, d’un monarque, certes étranger, mais de droit divin, pour célébrer l’anniversaire de Valmy et de la Première République [1]. Ou la solidarité toute en délicatesse du chef de l’état marocain à l’endroit de ses sujets éprouvés. Ou encore cet ineffable plaisir d’un dîner entre amis, en terrasse, par une soirée d’automne naturellement caniculaire… Il y avait bien de quoi être léger après des mois de guerre meurtriers aux portes de l’Europe.
2 Mais voilà que – pris d’un ennui soudain ? – les habitants du Sud-Est de la Méditerranée se sont rappelés à notre mauvais souvenir. On ne sait plus, depuis des décennies qu’on suit le sujet, ce qui oppose les Israéliens et les Palestiniens. Est-ce historique, géopolitique, religieux, économique ? Mais une nouvelle dimension terroriste, dont les contours se sont construits ces dix dernières années, vient nourrir le conflit et lui conférer des effets immédiats dans toutes les parties du globe. Il convoque d’autres raisons et s’appuie désormais sur d’autres haines, qui se sont développées plus loin, ailleurs, et qu’il attise autant qu’elles l’attisent. Le regain d’antisémitisme que l’on connait en Europe en atteste. Il n’y a pas de bon ou de mauvais antisémitisme, mais l’antisémitisme d’aujourd’hui est d’autant plus inacceptable qu’on sait depuis plus d’un demi-siècle à quelle monstruosité il mène inexorablement.
3 On n’éradique rien des exécrations ataviques sans une instruction obligatoire, juste, méthodique, émancipatrice, celle-là même que la Troisième République avait mise en œuvre pour se desserrer du joug de l’église catholique. Plus que de rassemblements confortables sur les places européennes, plus que de bougies qui brûlent sur les trottoirs en hommage aux victimes, c’est de cela que nous avons besoin. Et de professeurs pour la prodiguer. A condition que plus personne n’attente jamais à leur vie. Le chantier est immense, urgent, décisif. Donc prioritaire. Et il s’impose à nous.