Anna Kargal et Dominique Lesage. Liberté, Egalité, fraternité sur les rives de la Vistule. Trente ans de Franc-Maçonnerie libérale en Pologne 1990-2020
Éditée et imprimée en Pologne, la version française de cet ouvrage (plus de 400 pages) est disponible en achat en ligne sur le site 30latwolnomularstwa.pl (25€ plus 10€ de frais de port)
- Par André Combes
Pages 109 à 111
Citer cet article
- COMBES, André,
- Combes, André.
- Combes, A.
https://doi.org/10.3917/huma.335.0109
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- Combes, André.
- COMBES, André,
https://doi.org/10.3917/huma.335.0109
1 Ce livre, rédigé en français et en polonais, préfacé par Georges Sérignac, et Marcin Stanczak, Grand Maître du Grand Orient de Pologne, décrit les trente années de la franc-maçonnerie libérale en Pologne après le retour à la démocratie. Une belle ouvrage, à partir d’enquêtes réalisée auprès des principaux protagonistes, très bien illustrée, courageuse aussi car elle explique sans fard tous les problèmes rencontrés. Cette maçonnerie se situe dans la continuité d’un premier Grand Orient de Pologne installé en 1781 par le Grand Orient de France. Les Loges sont fermées par le Tsar en 1821 et des patriotes polonais exilés rejoignent les loges françaises au cours du 19e siècle. Le Frère Bertrand Sincholle devait, après la Révolution russe de 1905, ouvrir une première loge à Varsovie. L’avènement de la 1ère République y favorisera le renouveau de l’art royal ; mais les loges seront à nouveau fermées sous la dictature du colonel Beck en 1938 puis sous l’occupation soviétique. Il ne subsiste alors que la Loge Copernic relevant de la Grande Loge de France où sont initiés des compatriotes de passage à Paris qui ne peuvent se réunir, du moins en tenue, à Varsovie.
2 La Maçonnerie libérale reprendre à nouveau vie à partir de la création, à l’initiative du Grand Orient de France, de la Loge indépendante Nadzieja (Espoir) qui initie à Lille le 25 novembre 1990 trois Polonais dont le frère Grabowski, un cadre du POUP (le Parti ouvrier polonais), directeur de l’Ecole Polytechnique de Varsovie. Le rite choisi est le Rite Ecossais Rectifié, jugé mieux convenir pour reconstituer la maçonnerie dans un pays où le catholicisme est si puissant.
3 Cette première initiative nordiste est relayée par des francs-maçons parisiens. Tous se retrouvent à Varsovie au Palais Myslewicki pour initier plusieurs profanes avec l’appui de la Loge Victor Schoelcher et grâce au militantisme de frères enthousiastes et déterminés comme Jean Stavrevitch, Didier Sniadach, Dominique Lesage et Tadeuz Andrzejewski, alors encore membre de Copernic. Ils sont faits compagnons le lendemain et ils encadreront l’admission d’un second groupe de profanes. Certains recevront ensuite une première formation maçonnique en France et accéderont à la maîtrise rue Cadet le 23 février 1991. Le lecteur retrouvera l’essentiel de ces faits et les péripéties de ce réveil dans cet ouvrage.
4 Nadzieja, transférée à Varsovie le 30 novembre 1991, et Liberté Recouvrée (titre d’une ancienne loge polonaise), installée le 26 avril 1991, sont renforcées au cours de l’année et des années suivantes par l’ouverture de loges aux rites français ou écossais à Katowice, Mikovow, Varsovie et Cracovie (où la loge portera pour titre distinctif Gabriel Narutowicz, nom du président de la 1ère République, polonaise, maçon initié en Suisse, assassiné en 1922).
5 Le lecteur prend conscience, au fil des pages, des difficultés rencontrées par cette première génération de francs-maçons : les nouvelles loges doivent incorporer des anciens du POUP et leurs adversaires de Solidarność et rester très prudentes dans leur recrutement car l’Eglise catholique, relayée par la presse, leur est hostile. Elles ne disposent pas encore de temples, doivent traduire les rituels. Même si le Grand Orient de France les soutient, leurs moyens sont limités et elles ne disposent pas de mécènes qui les mettraient à l’abri de problèmes financiers, alors même qu’elles sont concurrencées par une Grande Loge Nationale de Pologne parrainée par la Grande Loge Nationale Française et qui bénéficie de fonds d’origine nord-américaine. Les nouveaux initiés qui n’ont reçu qu’une formation sommaire sont géographiquement dispersés et plusieurs loges ont du mal à ouvrir leurs travaux sans apport extérieur. Des conférences internes et les rencontres avec le Grand Maître du Grand Orient de France Gilbert Abergel conduisent ces loges, en dépit de désaccords sur la précocité de la démarche, à demander et obtenir une patente leur permettant d’ouvrir le Grand Orient de Pologne le 13 juillet 1997 (la loge de Cracovie préfèrera rester au Grand Orient de France). Il tient son premier convent en novembre. L’enregistrement administratif se fera, en dépit des craintes, sans difficulté.
6 Le premier Grand Maître Andrzej Nowicki (1919-2011), philosophe, initié en 1994, est le créateur de l’Association polonaise des athées et des libres penseurs. Son successeur, Zbigniew Gertych, agronome, membre de l’Académie polonaise des sciences, député puis vice-président du gouvernement de 1985 à 1987, a représenté la Pologne comme ambassadeur à Londres.
7 Les lecteurs pourront suivre l’essentiel de la vie du Grand Orient de Pologne jusqu’à nos jours, son élargissement avec notamment l’ouverture de la Loge Moria à Riga, son passage à la mixité en 2008 avec l’entrée de membres du Droit Humain, son extériorisation, ses dissensions aussi, d’où la naissance en 2017 d’une petite obédience : le Grand Orient de la République de Pologne, dont trois loges se sont récemment affiliées au Grand Orient de France.