Patrick Kessel, Marianne Toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain
L’Harmattan, 498 pages ; 34 €
Pages 116 à 117
Citer cet article
- REYNAUD, Jean-Michel,
- Reynaud, Jean-Michel.
- Reynaud, J.-M.
https://doi.org/10.3917/huma.334.0116
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- Reynaud, J.-M.
- Reynaud, Jean-Michel.
- REYNAUD, Jean-Michel,
https://doi.org/10.3917/huma.334.0116
1 De Marianne je t’aime publié en 1996 chez Bruno Leprince, à Marianne toujours !, c’est un demi-siècle de déclaration d’amour pour la laïcité et la République qui est contenu dans ces mémoires autobiographiques de Patrick Kessel, tant sa vie personnelle est imbriquée dans les combats de son temps. C’est une ode romantique quand est évoquée l’illusion révolutionnaire du 20e siècle, mais son lyrisme s’arrête à la porte des temples maçonniques puisqu’il y a découvert un lieu d’écoute tandis que tout, autour, incite au jugement absolu, un lieu magique d’échanges de points de vue différents mais argumentés, un lieu où le symbolisme ne se confine pas dans le passé mais au contraire, ouvre des portes sur l’avenir.
2 Reçu franc-maçon très jeune au Grand Orient de France (dont il sera Grand Maitre en 1994 et 1995) à une époque où la «nouvelle société» issue des années soixante-huit restait à inventer, où la politique signifiait bien l’exercice du pouvoir dans une société organisée, il y entre avec la ferme conviction de faire progresser les idées socialistes, celles qui entendent faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers.
3 Cette filiation d’idées marquera toute sa vie, tous ses engagements ; mais les loges du Grand Orient lui apporteront cette forme toute laïque de supplément d’âme bergsonien qui l’amèneront à dire « qu’entré au Grand Orient par la porte du socialisme, j’y demeurai par celle de la République ». Aujourd’hui comme hier, il n’hésite pas à dire que la parole du Grand Orient doit être entendue et « inspirer la politique plutôt que le contraire ». Héritier et artisan d’un engagement de la franc-maçonnerie dans sa voie originelle - adogmatique et libérale -, Patrick Kessel s’est toujours battu pour que la réflexion l’emporte sur toute autre considération politique. Quand Jean-Louis Bianco, alors président de l’Observatoire de la laïcité, « ne voyait pas de problème de laïcité en France » (premier rapport sur l’état de la laïcité en France de l’Observatoire de la Laïcité en 2014), Patrick Kessel considérait qu’un tel déni ne pouvait que renforcer – si besoin était – toute l’action du Comité Laïcité République (fondé à la suite de la fameuse «affaire du foulard» au collège de Creil en septembre 1989 et dont il fut un de ses éminents présidents). Le CLR déploie cette même philosophie que Patrick Kessel développe dans sa vie, «dans ses vies» pourrait-on dire : une philosophie de l’émancipation, de la liberté de conscience et de l’égalité des droits. L’engagement du CLR en faveur de la République laïque, comme celui de Patrick Kessel, est sans failles bien qu’une « malédiction pèse décidément sur la laïcité quand la gauche gouverne. Mais sans la laïcité la gauche est morte. »
4 Alors que l’islamisme politique et le communautarisme se généralisent, que la barbarie intensifie son sinistre et sanglant combat contre les Lumières, le constat posé par Patrick Kessel après cinquante ans d’engagement est amer « tant vis-à-vis des idiots utiles de l’extrême droite que des islamistes», mais aussi quand il s’agit « d’ouvrir les yeux de ceux qui ne veulent pas voir, parfois si près de nous. »
5 C’est l’engagement pour une spiritualité laïque et républicaine qui constitue le chemin maçonnique de Patrick Kessel : à ce point de son parcours, il sait bien que « nous ne sommes pas là pour établir la vérité, mais pour la chercher ». Bien loin des mystiques, ésotéristes et autres kabbalistes, le Grand Orient de France montre que la maçonnerie – celle qui vit dans son temps, qui évolue à travers les siècles – ne peut fonctionner sans démocratie, à l’image de la République dont elle est un pilier indispensable.
6 La franc-maçonnerie du Grand Orient de France est également, en ces moments où la police de la pensée reprend de la vigueur et de la force, le seul lieu où la liberté de conscience est absolument garantie. C’est le chemin que Patrick Kessel a inlassablement suivi – le fil rouge de sa vie –, montrant la voie de l’idéal d’une République universaliste, laïque et sociale, « un idéal commun à la francmaçonnerie et à la République ».