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Article de revue

Renouveler l’avenir

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Citer cet article


  • Tomei, S.
(2017). Renouveler l’avenir. Humanisme, 315(2), 1-1. https://doi.org/10.3917/huma.315.0001.

  • Tomei, Samuël.
« Renouveler l’avenir ». Humanisme, 2017/2 N° 315, 2017. p.1-1. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2017-2-page-1?lang=fr.

  • TOMEI, Samuël,
2017. Renouveler l’avenir. Humanisme, 2017/2 N° 315, p.1-1. DOI : 10.3917/huma.315.0001. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2017-2-page-1?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.315.0001


1Tâchons de ne pas ajouter de commentaire aux commentaires sur le résultat de l’élection qui vient d’avoir lieu, d’autant que le processus électoral n’est pas terminé et que pour l’heure il recèle sans doute moins d’extraordinaire, à l’échelle du siècle, que nous n’en avons l’impression quand nous collons de trop près à l’événement.

2En regard des joutes passées, celles d’aujourd’hui paraissent fades : plus de réactionnaires annonciateurs d’apocalypse, mais tout au plus des conservateurs bon teint ; plus de révolutionnaires prophètes de lendemains qui chantent mais des pragmatiques qui, au mieux, n’entendent pas sacrifier le social au profit du tout sociétal. On ne saurait regretter l’absence des prêcheurs de haine raciale ou de classe d’antan, tous décidés à la ruine de ce que les uns nommaient la Gueuse, les autres la République bourgeoise – et dont les maçons furent les défenseurs – ; à cet égard, point de nostalgie des Républiques antérieures. Mais, coupés du passé et ayant tué la foi en l’avenir, nous semblons enchaînés aux fluctuations du présent.

3Voilà un certain temps déjà que l’historien François Hartog a diagnostiqué une crise de l’avenir. Pour les humanistes, la lumière venait de l’Antiquité redécouverte, relue et admirée afin que le présent se hisse à la hauteur du passé magnifié. Avec les Lumières et la Révolution française, c’est le futur qui donnait sens à l’histoire et éclairait l’avenir idéal vers lequel le présent devait tendre. Nous sommes aujourd’hui plongés en plein présentisme, présent omniprésent, seule source de lumière, déterminé par lui seul et donc nous aveuglant sur le passé et le futur.

4Redessiner une utopie, « féerie monstrueuse, […] mixture de rationalisme puéril et d’angélisme sécularisé » (Cioran), ne permettra pas de rouvrir l’avenir, pas plus, certes, que le repli sur quelque âge d’or fantasmé. Dans sa stimulante étude sur Renan, le même François Hartog suggère qu’il faudrait « dégager des possibles du passé qui n’ont pu advenir, qu’ils aient été empêchés, réduits au silence ou massacrés. Le passé n’est justement pas (que) le passé, c’est le futur inaccompli du passé qui nourrit le futur et qui, reliant ainsi passé et futur, permet une transmission effective et significative ». Car la République ne saurait être pour un franc-maçon qu’une personne morale à mieux gérer et, la désaffection politique des citoyens provenant pour une large part de la sensation qu’ils n’ont plus prise sur leur destin, il serait temps de s’interroger sur la faillite d’une ère post-nationale trop vite décrétée et de renouveler notre réflexion, en particulier, sur la nation civique conçue non comme un aboutissement mais bien comme une pierre d’attente.


Date de mise en ligne : 02/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.315.0001