Frederick Tristan, Le passé recomposé
Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 207 p., 23€.
- Par Jack Chaboud
Page 109
Citer cet article
- CHABOUD, Jack,
- Chaboud, Jack.
- Chaboud, J.
https://doi.org/10.3917/huma.315.0109
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1Les années n’ont aucune prise sur la vitalité et le talent de Frédérick Tristan que je qualifiais de « bourreau de travail » dans l’article sur ses Impostures du réel paru dans le numéro 301 d’Humanisme. Seul maçon à avoir obtenu le prix Goncourt (Les égarés, 1983, Fayard), auteur de près de soixante ouvrages : romans, nouvelles, poèmes, essais, passant du tragique de Naissance d’un spectre (Fayard) aux facéties des Tribulations héroïques de Balthazar Kober (Fayard), des contes chinois (Les succulentes paroles de maître Chu, Fayard.) à l’iconographie chrétienne (Les premières images chrétiennes, Fayard), membre d’un nouveau courant littéraire proche du réalisme magique sud-américain, Frédérick Tristan a longtemps apporté son érudition aux Cahiers de Villard de Honnecourt, revue de recherches maçonniques de la Grande Loge nationale française (GLNF). Et qu’il veuille bien me pardonner de rappeler son intrusion humoristique dans un Meurtre chez les francs-maçons paru aux éditions du Rocher sous la signature de Mary London. Les flashes précités sur l’œuvre sont révélateurs de la vie d’un homme, bouleversé dans l’enfance par un sanglant bombardement pendant la guerre – qui le laissera muet pour longtemps —, contraint par la disparition d’un père à devenir marchand de machines textiles qui le conduiront dans une Chine à laquelle il était rattaché par sa famille maternelle.
2Voici que dans une période de méditation, l’auteur se « penche sur son passé » et se décide à éclairer sa vie pour mieux illuminer son œuvre. Comme l’écrit dans sa préface Jean-Luc Moreau, ami et compagnon de route littéraire : « Frédérick Tristan nous entraîne dans la spirale d’un récit autobiographique placé sous la tension de l’éternelle réinvention. Chez lui, le mystère de la vie se change en merveilleux, l’amnésie en corps de fée. » C’est en effet la grande originalité de cet ouvrage, qui, loin de suivre la simple et sèche chronologie d’une « histoire vraie » comme on dit aujourd’hui, déroule au gré d’une magnifique écriture l’écheveau d’une existence et d’une œuvre, prenant ainsi une véritable distance littéraire avec l’autobiographie.
3Il faut lire Le passé recomposé pour s’ouvrir les portes du monde du maître Tristan et poursuivre son chemin dans une œuvre trop peu connue, conséquence de sa farouche volonté de s’être toujours tenu loin des cénacles de la vanité.