Le multiculturalisme comme religion politique de Mathieu BOCK-CÔTE
- Par Marc Riglet
Pages 86 à 87
Citer cet article
- RIGLET, Marc,
- Riglet, Marc.
- Riglet, M.
https://doi.org/10.3917/huma.312.0086
Citer cet article
- Riglet, M.
- Riglet, Marc.
- RIGLET, Marc,
https://doi.org/10.3917/huma.312.0086
1En sa triple qualité de Canadien, de Québécois et d’historien des idées, Mathieu Bock-Côté sait ce que « communautarisme » veut dire.
2C’est, en effet, au Canada que le communautarisme a trouvé, en la personne de Charles Taylor, son théoricien le plus décidé.
3C’est au Québec, et précisément à Montréal, que le communautarisme a trouvé son laboratoire et expérimenté les désormais fameux « accommodements raisonnables ».
4C’est, enfin, en publiciste engagé, en figure de la vie intellectuelle québécoise, et depuis peu, française, que Mathieu Bock-Côté rompt des lances avec ceux qui voient, dans le communautarisme, non seulement une bienfaisante modalité du « vivre-ensemble » mais, plus inquiétant, le nouvel avenir radieux de nos démocraties occidentales.
5On se tromperait, toutefois, en pensant ne trouver dans cet ouvrage que les leçons tirées d’une expérience locale. Le propos de Mathieu Bock-Côté est autrement plus large et l’ambition, avec science et un réel bonheur d’écriture, atteinte, sans coup férir.
6L’idée générale est que la force propulsive des mythes révolutionnaires s’étant épuisée, et avec eux les critiques, essentiellement marxistes, de la démocratie bourgeoise, les catégories post-modernes de la « déconstruction », de la « diversité », du « droit à la différence », du relativisme culturel… etc. s’y sont substituées.
7Mathieu Bock-Côté nous invite alors à refaire, avec lui, le voyage idéologique, commencé sous les auspices des « Radical sixties » et leur hypercritique de tous les pouvoirs. Au bout de ce « road trip », nous trouvons le « multiculturalisme », que notre auteur désigne comme notre « nouvelle religion politique » et dans laquelle il ne craint pas de déceler une « nouvelle tentation totalitaire ».
8Pour obtenir ce brillant résultat, et ébranler les fondements mêmes de nos démocraties, quelques grandes manœuvres ont été conduites, et il faut bien le dire, jusqu’ici, avec succès. C’est le « livre noir » de l’Occident, c’est l’histoire qui cède le pas à la « mémoire », et, avec elle, à l’exigence de repentance et d’expiation.
9C’est la critique de la démocratie libérale, du régime représentatif et de son concept de « majorité ». Cette « majorité » qui ne serait, à bien y regarder, qu’une violence faite aux minorités.
10C’est la bonne fortune du concept de « diversité », sur quoi se fonde l’exigence du « droit à la différence » dont on sait pourtant qu’elle conduit à la différence des droits.
11C’est, encore, la critique radicale de la nation, l’apologie d’un monde sans frontières, sans histoire, sans politique, un monde où toutes les « victimes » auraient obtenu réparation, un monde, enfin, qu’une autorité mondiale – tirée au sort ? –, dans sa sagesse, gouvernerait.
12Avec Mathieu Bock-Côté, on conclura : qui, raisonnablement, peut souhaiter l’avènement de ce « meilleur des mondes » là ?