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Article de revue

« Vous avez dit “Bio” » ?

L’article de M. Véral mérite des précisions

Pages 10 à 11

Citer cet article


  • Hage, D.
(2015). « Vous avez dit “Bio” » ? L’article de M. Véral mérite des précisions. Humanisme, 309(4), 10-11. https://doi.org/10.3917/huma.309.0010.

  • Hage, Didier.
« “Vous avez dit “Bio”” ? : L’article de M. Véral mérite des précisions ». Humanisme, 2015/4 N° 309, 2015. p.10-11. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2015-4-page-10?lang=fr.

  • HAGE, Didier,
2015. « Vous avez dit “Bio” » ? L’article de M. Véral mérite des précisions. Humanisme, 2015/4 N° 309, p.10-11. DOI : 10.3917/huma.309.0010. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2015-4-page-10?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.309.0010


1Cette contribution m’a surpris et même choqué mais probablement était-ce le but, au second degré. Tout de même le short est bien taillé et les partisans d’une alimentation bio en prennent pour leur grade.

2Hormis la question des femmes mortes en couches dont je n’ai pas saisi le rapport avec la problématique du bio, certaines des remarques ne sont pas dépourvues de bien fondé notamment pour dénoncer une certaine récupération marchande de l’idée, ou l’imperfection des certifications, ou les quelques scandales concernant des producteurs ou distributeurs peu scrupuleux, ou l’abus de transport des produits importés de trop loin.

3Pour autant faut-il rejeter cette approche et les personnes qui la proposent dans une sorte de « boboïsation » de la démarche ? Peut-on vraiment penser que les gens qui, parfois depuis des décennies, militent pour et expérimentent une alimentation bio, s’identifieraient au beau et au bien, tel Narcisse se regardant dans le miroir, et qu’ils se considéreraient comme plus intelligents. Cela suffirait-il vraiment à les satisfaire?

4Ce serait trop simple et occulterait les raisons profondes qui ont poussé ces personnes à choisir un modèle différent de celui que nous proposent l’agriculture intensive, les industries chimiques et la finance international jouant sur tous les marchés concernés pour la satisfaction des actionnaires de quelque conseil d’administration (au passage rappelons ce que dit l’observatoire des inégalités dans un rapport du 7 juin 2013 : Moins de 10% de la population mondiale détient 83% du patrimoine mondial, alors que 3% vont à 70% des habitants [2].

5Comment cette conviction militante du bio pourrait-elle se réduire à un simple avatar de la post-modernité ? Peut-être serait-il utile de revenir à certains fondamentaux, et notamment la recherche, d’une certaine vérité sinon d’une vérité certaine, et d’une vie meilleure et plus éclairée pour les êtres humains et leur planète qu’effectivement ils ne font qu’emprunter. Nous ne sommes que de passage et nous francs-maçons savons ce que sont les rites de passage. Alors ne soyons pas que de simples témoins de notre temps mais tâchons de construire ce temple universel où il fera bon vivre.

6Mais revenons à nos moutons (bios bien entendu). Dès le XIXe siècle sont réalisés les conditions théoriques et industrielles d’une agriculture qui ne prendrait plus appui sur le sol et la dégradation de la matière organique mais sur la production chimique de nitrates, phosphates et potasse. L’idée des engrais de synthèse et d’une agriculture « hors sol » fait son chemin et se développera progressivement, notamment après la Première guerre mondiale en utilisant les surplus des usines de poudres à canon, productrices de nitrates. Et avec plus de force encore après la seconde guerre mondiale. Bien entendu des personnes également érudites (Sir Albert Howard, Rudolph Steiner, Hans Muller, Raoul Lemaire, Jean Boucher, Masamobu Fukuoka etc.) vont s’opposer à cette tendance non pas en se retournant nostalgiquement vers le passé mais en étudiant et cherchant d’autres méthodes de production agricole. La somme des problématiques exprimées par ces pionniers de la bio témoigne d’une certaine vision des nuisances de l’agriculture chimique et productiviste moderne issue de la révolution verte. Nous constatons que la pollution des sols, des nappes phréatiques, des rivières, la dégradation de l’humus, la concentration en pesticides des fruits, des légumes et des dangers pour les agriculteurs de l’emploi des produites chimiques dans leur activité, la baisse de la qualité de l’alimentation, le recul de la biodiversité, la liquidation de l’agriculture paysanne et de ses savoirs, le scandale des brevets sur les semences etc. viennent valider les alertes des fondateurs de la bio. L’hégémonie urbaine et l’accaparement de l’agriculture par les multinationales de l’agrochimie et de l’agroalimentaire ont dépassé l’horizon des inquiétudes pionnières. Voir rapport CNRS [3].

7Le mouvement de l’agriculture biologique est une alternative résolument tournée vers l’avenir. Il n’oppose pas la Nature au Progrès. Voici ce que dit l’association Nature et Progrès, née en 1964, qui a essentiellement contribué à la reconnaissance du bio par l’État : « Les animateurs de l’association, qui veulent être de leur temps et même en avance, ont tenu à associer côte à côte Nature et Progrès qu’ils considèrent comme inséparables. Ils estiment en effet qu’il ne peut y avoir de progrès réels et surtout durables, conformes aux besoins de la nature humaine, que dans le respect absolu des lois naturelles. Car la nature est plus ancienne que l’homme et il est vain de vouloir la soumettre, comme on le fait aujourd’hui, par des méthodes violentes. »

8Quant à la question de la « rentabilité » de l’agriculture bio, à la question de savoir si elle serait capable de nourrir tous les habitants de la planète, la réponse est affirmative, bien entendu pas d’un seul coup de baguette magique. (voir le rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) du 5 mai 2007 [4].

9Il y aurait encore bien des choses à dire pour justifier ce regard d’espoir que portent les éco-socialistes sincères sur cet aspect particulier de l’orientation politique que pourraient prendre les peuples de la terre mais si nous devons contribuer à construire un autre monde cela ne peut être au sein du capitalisme, même vert (ce qui serait un oxymore) car la loi du profit maximum est incompatible avec la survie de l’espèce humaine.

10Alors, après moi le déluge ? N’oublions pas que Noé a construit l’arche avant le déluge. Nous sommes sur le fil du ciseau…

Réponse de Maurice VÉRAL

Il ne s’agissait pas, dans ce texte, pour moi, d’attaquer une agriculture respectueuse des grands équilibres naturels. Je voulais appeler l’attention sur la dimension « marketing » de l’exploitation du concept de nature « toujours bonne », ce qui explique l’allusion aux accouchements « naturels », responsables de plus de morts dans l’histoire de l’Humanité, jusqu’au début du XXe siècle, que les guerres.
Défendre la nature, oui, mais pas avec n’importe quels arguments ! Telle est ma démarche.
Sur la question du « bio », on pourra se référer au point de vue de scientifique exprimé dans le dernier numéro (314) de la revue Science et pseudo-sciences, qui présente sur le sujet un dossier substantiel.

Date de mise en ligne : 01/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.309.0010