Quelle Europe pour l'Europe ?
Pages 96 à 98
Citer cet article
- LAMARQUE, José Manuel,
- Lamarque, José Manuel.
- Lamarque, J.-M.
https://doi.org/10.3917/huma.308.0096
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- Lamarque, J.-M.
- Lamarque, José Manuel.
- LAMARQUE, José Manuel,
https://doi.org/10.3917/huma.308.0096
Notes
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[1]
Les loges du Grand Orient de France : La Clémente Amitié, Akademos, Albert Camus, Art et Fraternité Fred Zeller, Les Amis fidèles, érasme 5990, L’Europe des Lumières, Europe 89, Montaigne, Shakespeare, Le Temple de l’Honneur et de l’Union ; les loges de la Fédération Internationale du Droit Humain : Europe Fraternelle, Harmonie et Liberté ; enfin la loge Sol Justitiae de la Grande Loge Féminine de France.
Le 13 mai 2015, à l’nvitation de loges issues de diverses obédiences [1], en présence de Jean Pierre Leguay, Grand secrétaire aux affaires extérieures du Grand Orient de France, de Fatima Chatar, Grand-maître adjoint du Grands Orient et Loge Associés du Congo, de la sœur Élisabeth Le Coq Landré, conseiller national de la Fédération Internationale du Droit Humain, José Manuel Lamarque, grand reporter à Radio France, s’est exprimé sur le sujet suivant : « Quelle Europe pour l’Europe ? »
1L’idée d’une Union en Europe est pluriséculaire et date de François Ier, de Charles Quint, suivis par Napoléon notamment.
2Après la seconde guerre mondiale, un certain nombre de traités ont été signés avant même le Traité de Rome entre des pays européens, montrant le désir des peuples du Vieux continent de s’unir sur les ruines laissées par le conflit. Ce furent des traités de défense (Traité de Bruxelles) ou des traités économiques (CECA). Le Traité de Rome de 1957 fonde un marché commun entre six pays, lequel s’articule autour de quatre libertés : libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux. Ce marché commun, avec des élargissements progressifs et une succession de traités, va aboutir à l’ensemble de vingt-huit pays que nous connaissons aujourd’hui.
3Très vite vont apparaître des difficultés. Ainsi, le principe de la libre circulation des capitaux va profiter principalement aux financiers qui vont s’engouffrer dans la brèche. Les années 1990 marquent une grande honte de l’Europe qui ne bouge pas face au drame yougoslave. L’adoption de justesse du Traité de Maastricht montre la méfiance des peuples face à l’ensemble en train de se construire.
4En 2004, dix nouveaux pays intègrent l’Union, à peine sortis du communisme et sans une période de transition indispensable. Le cas de la Grèce est également révélateur des dysfonctionnements dans le système de l’élargissement. Ce pays tout juste libéré de la dictature et qui ne s’est jamais réellement constitué en État, resté durant quatre siècles sous occupation ottomane, lourdement endetté et dans lequel l’influence de l’Église orthodoxe est prépondérante, présente des comptes truqués mais, en vertu du principe de la priorité au nombre, l’Europe doit être la plus large possible, est admis sans difficulté.
5Aujourd’hui, le constat est amer si l’on veut prendre un peu de recul face à un groupe qui constitue, il ne faut jamais l’oublier, la première entité économique du monde.
6Comme le montrent les crises économiques et politiques successives, il n’y a aucune solidarité entre les membres de l’Union – incapable de présenter une politique internationale et une politique de défense crédibles. Sa ligne stratégique à l’échelle mondiale est illisible et révèle une méconnaissance profonde de la géopolitique et, en particulier, son attitude récente vis-à-vis de la Russie est une erreur profonde. L’Union se trompe également lorsqu’elle se repose sur son concept unique de démocratie et tente de l’exporter, ce qui n’est pas possible sans une lente maturation. Si l’Union semble méconnaître les principes actuels d’un monde multipolaire, en revanche, la mondialisation s’est très bien accommodée de la construction européenne où la finance et le consumérisme ont pu proliférer.
7Enfin, les pays européens euxmêmes, pris séparément, se trouvent face à des défis formidables, impossibles à affronter sans solidarité. Même l’Allemagne va très vite se trouver confrontée à de terribles difficultés en raison de sa dénatalité irréversible, de ses infrastructures obsolètes et de son taux d’épargne trop élevé.
8Il ne faut cependant pas négliger le fait qu’en une soixantaine d’années, un travail colossal a été réalisé, unique dans l’histoire de l’humanité, et il serait absurde de le négliger en se contentant de stigmatisations stériles sur lesquelles prospèrent les populismes : « Du chaos naissent les étoiles ». Mais sans connaissance et prise en compte des peuples, de leur origine, de leurs us et coutumes, de leurs traditions, voire de leur psychologie, sans une certaine pratique de la psychanalyse des peuples, si l’on peu oser ce mot, il est bien difficile de construire un ensemble cohérent.
9Enfin, la crise a révélé les incohérences de l’Union européenne, et les nations se sont révélées telles qu’elles sont.
10Voici un échantillon des questions et réponses lors du débat qui a suivi l’exposé : Question : « Quelles sont les propositions envisageables ? »
11José Manuel Lamarque : « Il faut rechercher, inventer, un nouveau système de « gouvernance » qui tienne compte des différences entre les peuples et de leurs compétences propres. La charge de ce formidable défi en revient avant tout aux juristes et aux constitutionnalistes. »
12Question : « N’avons-nous pas une responsabilité individuelle ? »
13José Manuel Lamarque : « En effet, et cette responsabilité doit se matérialiser par les votes. Il faut faire pression sur les politiques pour exiger une transparence totale. »
14Question : « L’éducation n’at-elle pas une importance essentielle dans le sauvetage de l’Europe ? »
15José Manuel Lamarque : « Oui, mais en attendant, on a failli tuer Erasmus qui est pourtant une réussite. »
16Question : « La France se situe-t-elle dans l’Europe du Nord ou dans l’Europe du Sud ?»
17José Manuel Lamarque : « Ni l’une ni l’autre, mais il faut que la France arrive à s’aimer telle qu’elle est. »
18Question : « N’y a-t-il pas un complot contre l’Europe ?»
19José Manuel Lamarque : « Non, il n’y a aucun complot. L’Europe est son meilleur ennemi. Il faut retrouver cohérence et confiance mais on a fait une grave erreur en nommant un Président de la Commission européenne qui représente le monde de la finance. »
20Question : « N’y a-t-il pas une saturation des institutions européennes qui n’arrivent plus à comprendre les peuples ? »
21José Manuel Lamarque : « Bien sûr. Et il y a des concepts qui ne sont pas applicables à tous comme la laïcité qui est française. »
22- Question : « Quelle serait la conséquence pour l’Europe de la sortie de l’Union du Royaume-Uni ?
23José Manuel Lamarque : « Une telle sortie est peu pensable car elle irait à l’encontre des intérêts de ce pays. »
24Jean-Pierre Leguay, Grand secrétaire aux affaires extérieures conclut les travaux. Son propos repose sur quatre idées : crise, solidarité, identité, espoir. Si la crise est financière et économique, comme chacun le sait, elle est d’abord morale, rappelle-t-il. La solidarité a été oubliée, à l’exemple du dispositif Frontex qui laisse trop les pays du Sud de l’Europe se débrouiller avec les flux des migrants. L’identité s’impose, quant à elle, car il est déplorable et dangereux de vouloir formater une identité européenne en écrasant les identités nationales. L’espoir, enfin, car la question européenne continue de susciter l’intérêt.
25En conclusion, il faut construire une Europe des identités conjuguées, un projet qui s’inscrit dans l’idéal maçonnique de réunir ce qui est épars.