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Compte rendu

Jean-Philippe Rameau. Splendeur et naufrage de l’esthétique du plaisir à l’âge classique

Catherine Kintzler. Éditions Minerve, 23,40 €

Pages 115 à 116

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  • Kriff, J.
(2012). Jean-Philippe Rameau. Splendeur et naufrage de l’esthétique du plaisir à l’âge classique Catherine Kintzler. Éditions Minerve, 23,40 € Humanisme, 296(2), 115-116. https://doi.org/10.3917/huma.296.0115.

  • Kriff, Jean.
« Jean-Philippe Rameau. Splendeur et naufrage de l’esthétique du plaisir à l’âge classique : Catherine Kintzler. Éditions Minerve, 23,40 € ». Humanisme, 2012/2 N° 296, 2012. p.115-116. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2012-2-page-115?lang=fr.

  • KRIFF, Jean,
2012. Jean-Philippe Rameau. Splendeur et naufrage de l’esthétique du plaisir à l’âge classique Catherine Kintzler. Éditions Minerve, 23,40 € Humanisme, 2012/2 N° 296, p.115-116. DOI : 10.3917/huma.296.0115. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2012-2-page-115?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.296.0115


Description de l'image par IA : Portrait en noir et blanc d'un homme avec perruque, livre à la main, titre en haut avec nom et texte.

1Troisième parution de l’ouvrage de Catherine Kintzler, augmentée cette fois de recherches détaillées concernant certaines des œuvres de Rameau, en particulier Zoroastre et Les Boréades, dans leur rapport étrange avec le « merveilleux maçonnique » qui en feraient des parents éloignés de la Flûte Enchantée.

2Ce livre, riche d’investigations savantes et d’affirmations souvent justifiées, redonne un éclairage d’actualité à la violente diatribe opposant Rameau à Rousseau ou plus tard Debussy à Wagner, querelle que nous résumerons par une phrase postérieure attribuée à Pierre Boulez : « Si Schubert est musicien, alors moi, je ne le suis pas. »

3On voit ici le philosophe/musicien et le musicien/philosophe croiser le fer sur le champ non clos des affirmations subjectives quoique philosophiques, l’un, défendant la pureté des origines de la langue, véritable musique du cœur pour lui, l’autre le musicien/géomètre, accordant ses soins à un corps humain réel, sensible et troublé par des vibrations retrouvées, suffisamment ému pour se laisser guider avec « élégance et clarté » sur le délicat chemin des âmes.

4Mais holà ! car s’il est bien une profession où il faut tenir compte des autres, non par des mots mais par des actes, c’est celle de compositeur. C’est en effet l’interprète qui donne vie à l’œuvre mais ce faisant, il arrache au créateur, une partie de lui-même. Le bonheur se mêle au supplice. La critique de d’Alembert (p.39) : « Les opinions singulières exprimées à ce sujet […] doivent seulement être regardées comme une nouvelle preuve des écarts où peuvent tomber les hommes de génie, lorsqu’ils parlent de ce qu’ils ignorent ». Attitude péremptoire. Mais a-t-on vu quelque musique que ce soit d’opéra de d’Alembert qui puisse laisser croire qu’il connaissait lui-même ce que suppose le fait de créer une œuvre d’art musical ?

5Le « corps sonore » débusqué grâce à Descartes : « Le son est au son ce que la corde est à la corde », redéfini ainsi par Rameau en 1722 dans son Traité de l’harmonie, réduit à ses principes naturels, contraint celui-ci à démontrer géométriquement en quoi ces principes s’illustrent par la perception des harmoniques constitutifs de la gamme à partir du son fondamental de sept cordes étudiées les unes par rapport aux autres.

6Sa relation de douze années avec Cahusac, célèbre pour son Traité sur la danse de 1754, prouve l’harmonieuse concomitance de leurs idées, juxtaposant corps sonore et corps physique. En effet, les œuvres signées Rameau, vingt-sept au total, sont toutes, à deux près, des opéras-ballets ou des ballets pantomimes dits encore ballets d’action. La danse ne s’écrit-elle pas comme la musique, et ce jusque dans l’Encyclopédie ?

7Lorsque Rousseau, écrit l’auteure, cherche à démontrer qu’il y eut des émissions sonores vocales exprimées, antérieures aux langues articulées et donc proches de la nature, capables d’émouvoir davantage que celles qui se constituèrent postérieurement, elle est dans la vérité. En effet, nous pensons bien ainsi. Entre ces deux expressions, il n’y a rien de commun, spécialement en français, langue dont la bande passante sonore n’est pas là pour faciliter l’accession à cette voix des origines, sauf technique appropriée. Disons que la vocalisation chantée, comme la musique instrumentale, ne peut être sans une adaptation particulière de l’appareil phonatoire.

8De cela, Rameau est conscient. La voix/instrument est à traiter comme tout autre élément d’orchestre et quant aux textes, leur valeur littéraire importe peu. Ce qui compte, c’est le choix des phonèmes les plus appropriés pour donner vie à telle ou telle couleur de vocalisation dramatique. C’est cela qui touche.

9Le livre de Catherine Kintzler est indispensable pour ceux qui veulent comprendre et s’ouvrir au savoir. Grâce à ce travail d’érudition, le lecteur peut comprendre quelles furent les intelligences qui surent imposer le classicisme français au monde entier. Dès lors, il tient à lui seul de se rendre aujourd’hui, responsable de la conservation et de la transmission de cet héritage.

10« Nous avons cessé de cultiver notre jardin, nous avons serré la main des commis-voyageurs du monde entier », écrivait Debussy en 1903 ; peut-être mais nous possédons encore nos jardins « à la française », l’auteure sait nous les faire revisiter. Après tout, la Résurrection ne se concrétisa-t-elle pas, dit-on, dans l’apparence d’un jardinier ?

11À lire, le crayon à la main.


Date de mise en ligne : 01/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.296.0115