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Compte rendu

L’élimination

Par Rithty Panh avec Christophe Bataille. Grasset, 2011, 19 €

Pages 119 à 120

Citer cet article


  • Kriff, J.
(2012). L’élimination Par Rithty Panh avec Christophe Bataille. Grasset, 2011, 19 € Humanisme, 295(1), 119-120. https://doi.org/10.3917/huma.295.0119.

  • Kriff, Jean.
« L’élimination : Par Rithty Panh avec Christophe Bataille. Grasset, 2011, 19 € ». Humanisme, 2012/1 N° 295, 2012. p.119-120. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2012-1-page-119?lang=fr.

  • KRIFF, Jean,
2012. L’élimination Par Rithty Panh avec Christophe Bataille. Grasset, 2011, 19 € Humanisme, 2012/1 N° 295, p.119-120. DOI : 10.3917/huma.295.0119. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2012-1-page-119?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.295.0119


Description de l'image par IA : Couverture de livre avec photo en noir et blanc d'un homme, titre "L'élimination" en haut.

117 avril 1975, les khmers rouges entrent à Phnom Penh, le 7 janvier 1979, ils en sortent chassés par les armées vietnamiennes. Le Kampuchea démocratique aura vécu quoique toujours présent à l’Onu jusqu’en 1991 et que le terrorisme continue néanmoins à distiller la peur dans les populations en 2012.

2Les dirigeants idéologues ? Affaire de famille : Pol Pot, qui a séjourné en France de 1949 à 1953, est le beau-frère d’un autre responsable des tueries à venir : Ieng Sary. Celui-ci a connu et épousé sa femme Ieng Thirith dans le XVe arrondissement de Paris.

3Cet Angkar (l’organisation) qui décide de tout. Bilan : 1 700 000 morts en quatre ans, la population cambodgienne étant évaluée, à l’arrivée des « éducateurs » à un peu plus de 7 millions d’habitants. La communauté internationale a refusé à cet excrément de démocratie le doux nom de génocide.

4Quatre années de ré-éducation. À la clé : famine, tortures et destructions. Déshumanisation systématique. Possé-der des lunettes est dangereux. Elles désignent le « nouveau peuple » abhorré, par essence perverti, opposé à celui des origines, caractérisé par la pureté : « l’ancien peuple », celui des campagnes. Risque de mort. Slogan : « Seul l’enfant qui vient de naître est pur ». Pol Pot signe : khmer d’origine. Élaboration pratique et méthodique d’un rousseauisme de bazar, idéologisé par de vrais êtres humains, pas des monstres. Certains théorisent, encore aujourd’hui, sur le bien-fondé de ce crime de masse. Besoin d’aspartame ? Même pas sûr.

5La violence en tant que telle n’existe pas au Kampuchea démocratique. Elle est un acte politique. L’Angkar désigne qui doit être « mené à l’étude », c’est-à-dire, parmi d’autres lieux du même genre, un ancien lycée près de Phnom Pen, transformé en institut de la torture, le S21. Il y a un but. Obtenir à chaque séance des réponses codifiées. Le tourment sera prolongé autant qu’il le faudra pour que les aveux suivent exactement la ligne révolutionnaire définie par l’Angkar. D’une bonne codification dépendra, pour l’avenir, une masse d’archives cohérentes destinées à être les fondements génétiques de la nation.

6Il faut des aveux. Le suicide est interdit car avant la mort, il faut le jugement populaire !

7« À te garder, on ne gagne rien, à t’éliminer, on ne perd rien ». Logique. Après le dernier aveu qui borne la fin du martyr, la victime est emmenée, de nuit, près d’une fosse préalablement creusée par d’autres qui lui ont ressemblé et reçoit la bénédiction d’un coup de pioche dans la nuque. Pardon ! Il faut éviter le bruit.

8À S21, le travail révolutionnaire c’est tuer, chaque jour, et de 7 heures à minuit avec une heure pour déjeuner. Par un bourreau ? Non, un travailleur, un « technicien de la révolution ».

9Duch, le responsable du camp, aujourd’hui jugé malgré sa conversion au christianisme : « Je n’étais pas hors-la-loi puisqu’il n’y avait pas de loi. Le devoir ? C’est un ordre donné par un homme à un autre ». Il n’y a pas plus simple. Passer d’une parole d’Évangile à une autre, en quelque sorte.

10L’auteur ? Dès 13 ans, sur les routes, pendant quatre ans, pieds nus. Les sandales et la nourriture ne sont données qu’aux représentants de « l’ancien peuple » bien identifiés en tant que tels. Pour les autres : famine ! Manger, manger à tout prix, de la peau de vache séchée, un cobra tué à mains nues, un petit poisson ou un escargot de rizière avec le risque d’être repéré et de subir le supplice des fourmis, pour que ça dure et que ça se voit et s’entende, ou la tête fracassée, pour le contraire.

11Rithy Panh, en quatre ans, a perdu sa mère, son père, ses sœurs, ses neveux. Il écrit aujourd’hui : « Sans famille, sans nom, sans visage, je suis resté vivant car je n’étais plus rien. »

12Kampuchea démocratique, rien à voir avec un génocide ethnique, dit-on, puisque tous étaient Khmers, victimes et bourreaux. Pour ces derniers, reste un concept à inventorier, celui de cannibalisme démocratique. Une idéologie comme une autre, après tout, avec pour totem le catoblépas, cet animal tellement stupide, affamé et méchant qu’il mangeait ses propres pattes sans s’en apercevoir.

13À lire.


Date de mise en ligne : 01/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.295.0119