Vita brevis ! Hommage à Charles Porset
- Par Alexandre Dorna
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Citer cet article
- DORNA, Alexandre,
- Dorna, Alexandre.
- Dorna, A.
https://doi.org/10.3917/huma.293.0001
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- Dorna, Alexandre.
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1La vie est courte et le passage à trépas est le moment saisissant et révélateur de notre propre condition humaine : c’est là que le souffle coupé et le sentiment tragique de l’existence, dont parlait don Miguel de Unamuno, se manifestent sans fard.
2Charles Porset nous a quittés à jamais. Si la formule reste appropriée, je ne saurais ni en dévoiler le sens ni déchiffrer la portée pénible de la chose. Pendant longtemps, il fut une figure emblématique du comité de rédaction de la revue Humanisme, je ne saurais dire donc ce que sa perte représente pour nous. Il y a des moments tristes où les mots de la mort sortent si difficilement que la raison doit s’incliner vers le cœur pour témoigner en toute franchise du deuil de l’ami et du frère.
3Il me semblait plus proche du prototype de l’intellectuel cultivé et fier de l’être que du modèle pragmatique au service des savoirs utilitaires et domestiques des pouvoirs. Philosophe, historien et chercheur, Charles Porset, était, à mon sens, un rieur sérieux et un observateur engagé, qui pensait l’humanité et la maçonnerie équidistantes des turpitudes du pouvoir et des augustes fadaises (rappelant Helvétius) où les fonctionnaires de tous les savoirs se vautrent. Il savait, lui, que la raison pure enfante toujours des monstres. C’est pourquoi Charles, l’index pointé vers nous, écrivait ceci : « Il convenait d’avertir les maçons et ceux qui pourraient le devenir que si l’Ordre peut être le havre de toutes les spiritualités, il n’en professe aucune et ne se prétend en aucune manière le détenteur d’une Vérité qui miraculeusement aurait échappé aux générations passées ; son latitudinarisme lui interdit de professer un dogme quelconque, et s’il les tolère tous, son devoir est de tous les combattre. »
4La Maçonnerie n’est nullement le vicaire de la Vérité – vicarius veritatis – ni encore moins une religion de substitution comme certains scribes de la vulgate, même maçonnique, veulent bien nous le faire croire. Il nous laisse une œuvre inachevée : un dictionnaire consacré au « monde maçonnique des Lumières » qu’il élaborait avec un groupe de collaborateurs. Il en a relu et revu les articles jusqu’au jour même de sa disparition. Faut-il rappeler que, de nos jours, nous ne sommes plus habitués à vivre avec ceux qui ne sont plus ? Un dictionnaire est le symbole de ce qui nous unit avec le passé et nous projette dans l’avenir. J’imagine alors Charles avec ses yeux brillants de malice et pleins de satisfaction lorsque nous allons dans quelques mois avoir le plaisir de le lire.