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Compte rendu

Les paradoxes de la tolérance

Et l’intolérance bordel ! Essai sur les limites de la tolérance, Pierre Zimmer, Editions du Palio

Pages 114 à 115

Citer cet article


  • Sardes, J.
(2010). Les paradoxes de la tolérance Et l’intolérance bordel ! Essai sur les limites de la tolérance, Pierre Zimmer, Editions du Palio. Humanisme, 288(2), 114-115. https://doi.org/10.3917/huma.288.0114.

  • Sardes, Jacques.
« Les paradoxes de la tolérance : Et l’intolérance bordel ! Essai sur les limites de la tolérance, Pierre Zimmer, Editions du Palio ». Humanisme, 2010/2 N° 288, 2010. p.114-115. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2010-2-page-114?lang=fr.

  • SARDES, Jacques,
2010. Les paradoxes de la tolérance Et l’intolérance bordel ! Essai sur les limites de la tolérance, Pierre Zimmer, Editions du Palio. Humanisme, 2010/2 N° 288, p.114-115. DOI : 10.3917/huma.288.0114. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2010-2-page-114?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.288.0114


1L’ouvrage de Pierre Zimmer est un pamphlet lucide. Mais « incorrect ». Dire que la tolérance n’est ni vraie ni viable frôle l’hérésie. Faut-il rappeler que le mot tolérance issu des guerres de religion reste empreint d’un fort parfum de religiosité. Voilà donc un pavé jeté dans la marre sémantique de nos convictions morales modernes mais qui se révèle fort difficilement applicable. Tolérer veut-il dire accepter l’autre ? Voilà un paradoxe qui nous laisse assez pantois, sans issue raisonnable ni dernier mot juste. Voyez-vous : la question est ainsi devenue jésuitique et la réponse quelque peu jacobine. Comment pouvons nous donc sauver la tolérance ? Qu’entendons nous sous le terme convenable de tolérance ? L’auteur pose les questions : serait-elle une vertu ou un vice ? Une faiblesse ? La tolérance est-elle un risque d’autodestruction ? A-t-elle des limites ? Le tolérable peut-il devenir intolérable ? Bref, la tolérance est une question qui se révèle un piège moral et conceptuel. Sachons que la tolérance côtoie de près l’hypocrisie, l’indifférence, la crainte. Mais, aussi, la courtoisie, l’écoute, la considération, la déférence, l’égard. Voire la soumission et la docilité, le conformisme, l’indulgence ou la complicité ?

2Un mot clef semble sauver la tolérance de l’opprobre : la tolérance révélerait du respect de et pour autrui. Or, la tolérance envers quelqu’un n’oblige pas au respect ni vice-versa ; alors que le respect serait une sagesse de petite vertu, utile et accessible à tous. Pseudotolérance donc.

3Certes, la messe de la tolérance n’est pas complètement dite. Peut-être fautil chercher du côté de ses limites. La tolérance, c’est une licence de faire sans interdire, ou ne pas appliquer une règle de manière trop stricte. Une sorte d’indulgence donc ? Ou de compréhension lorsqu’on admet chez autrui des manières de penser et d’agir différentes de celles qu’on adopte pour soi-même. Locke, le philosophe, le dit poliment : « Cesser de combattre ce qu’on ne peut pas changer ».

4Il va de soi que la tolérance a une histoire. Non sans subtilité, l’auteur rappelle qu’il ne faudrait pas extrémiser la tolérance sous peine de la dissoudre. Rappelons qu’elle émerge des décombres des guerres de religions pour se transformer ensuite en quête rationnelle de liberté. La Grande Révolution lui servant de tremplin. C’est là que Saint-Just dit le mot terrible : « Il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». La tolérance trouve ainsi ses limites politiques. La tolérance est – paraphrasant Ionesco – un cercle qui, à tant le caresser, devient vicieux.

5Le voyage de l’auteur sur la piste de la tolérance l’amène à explorer d’autres paradoxes. Comment reconnaître de nos jours l’intolérance derrière le discours de la tolérance ? D’où vient l’impératif de la tolérance ? Ne dit-il pas, l’air moqueur, que le premier qui le traite d’intolérant aura sa main sur la gueule ?

6Plusieurs pistes à explorer pour retrouver la tolérance nous sont proposées : comment éduquer les enfants, le brassage de l’humain et du social, retrouver la liberté (voire le goût) de penser, envisager les torts partagés, rendre morale et amour à la raison tolérante, envisager l’universalité de la tolérance et de l’intolérable dans un humanisme éclairé.

7Et, en conclusion, sans geste ironique, l’analyse de l’auteur montre que l’intolérance fait partie de la vie et de la société. Or, faudrait-il faire de cette déception une force morale pour tendre vers la chimère de la tolérance ? C’est pourquoi ce livre est à lire rapidement et à méditer longtemps.


Date de mise en ligne : 01/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.288.0114