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Article de revue

Le GODF continuera à rayonner et à être prégnant dans la société

Pages 5 à 11

Citer cet article


  • Lambicchi, P.
(2008). Le GODF continuera à rayonner et à être prégnant dans la société. Humanisme, 282(3), 5-11. https://doi.org/10.3917/huma.282.0005.

  • Lambicchi, Pierre.
« Le GODF continuera à rayonner et à être prégnant dans la société ». Humanisme, 2008/3 N° 282, 2008. p.5-11. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2008-3-page-5?lang=fr.

  • LAMBICCHI, Pierre,
2008. Le GODF continuera à rayonner et à être prégnant dans la société. Humanisme, 2008/3 N° 282, p.5-11. DOI : 10.3917/huma.282.0005. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2008-3-page-5?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.282.0005


Nous publions le discours d’installation du nouveau Grand Maître du Grand Orient de France, Pierre Lambicchi, élu par ses pairs le 4 septembre, lors du dernier Convent à Lyon.

1Je vais essayer de me livrer sinon avec talent du moins avec probité et dynamisme à cet exercice assez difficile de prononcer quelques mots, peu, je vous rassure, après une élection. Vous savez, je suis méditerranéen et on n’aime jamais écrire à l’avance les discours et vous vous doutez bien que la nuit a été courte.

2Je voudrais d’abord vous remercier pour l’acte que vous venez de faire dont vous devez mesurer l’importance. Mes pairs m’ont désigné comme président, ils m’ont donné une légitimité électorale. Celle-là même que vous tenez de vos loges.

3Vous venez de me donner l’autorité en me conférant le titre de Grand Maître. Désormais, je fais partie de vous et vous faites partie de moi. Je ne parle plus en mon nom propre mais en votre nom et je dois donc être encore plus exigeant dans ce que je vais dire que lorsque j’étais libre.

4Néanmoins, je voudrais, sans faire trop dans le dramatique, avoir une pensée pour mon père, Emile Lambicchi, membre de la Respectable Loge La Parfaite Sincérité, sans qui je ne serais pas là, d’abord génétiquement et puis maçonniquement, car il m’a donné la passion de cette obédience, lui qui s’est hissé grâce à elle à un niveau social plus élevé et qui m’a permis, par les rencontres avec ses Frères d’arriver là où je suis dans la vie profane et maintenant maçonnique.

5Mais je pense aussi à ceux auxquels on pense rarement, c’est-à-dire à tous les autres Frères qui, comme lui, n’ont jamais été Vénérables, jamais été délégués au Convent, qui comme lui, tous les soirs, vont animer nos Loges, qui comme lui ont trouvé un espoir fabuleux dans cette obédience en retrouvant sur nos colonnes le bonheur qu’ils n’avaient pas, souvent, dans la vie profane. Je crois qu’en leur nom nous avons un devoir d’exigence supplémentaire.

6Nous sommes, nous l’Obédience, et vous qui avez en charge vos loges, responsables d’une grande part de leur bonheur et de leur existence pour leur permettre de supporter l’erreur de casting de la pièce de leur vie.

7J’attaque cette Grande Maîtrise dans une volonté de continuité. Rappelez-vous où nous étions il y a trois ans et où nous sommes maintenant : une Obédience calme, sereine, qui aborde des problèmes importants, sans passion, et qui a retrouvé la méthode maçonnique.

8A l’extérieur, nous sommes de nouveau reconnus. On nous interroge, on sollicite notre action. Cette continuité doit se poursuivre. Mais continuité ne veut pas dire conservatisme. Certes, des chantiers sont ouverts, d’autres vont bientôt s’ouvrir et nous devons tous, ensemble, être prêts à les assumer. Car en effet, notre obédience n’est pas qu’une association de loi 1901, et son fonctionnement ne doit pas être dénigré.

9Mais nous sommes aussi une obédience maçonnique composée de Frères qui, sous le couvert d’une méthode, avec un rituel et un rite, progressent et font progresser l’humanité.

10Pluralité de rites, pluralité de rituels, pluralité de types de maçonnerie, voilà une des spécificités de notre obédience. Mais si elle n’était que cela, elle ne serait pas extraordinaire dans le monde maçonnique. Elle est extraordinaire parce qu’elle se sert de cette méthode pour avoir une visée sur notre société. C’est bien nous qui avons mis la liberté absolue de conscience depuis très longtemps dans nos statuts. C’est bien nous qui avons dans les heures les plus noires de la guerre, été les premiers remparts vis-à-vis de la barbarie. C’est bien nous qui avons fait progresser dans les heures plus modernes tous les acquis de la société.

11Je vais maintenant vous faire un pensum de ce que je pense être ma Grande Maîtrise, en continuité directe avec celle de mon prédécesseur, Jean-Michel Quillardet.

12Nous allons d’abord parler de l’association loi de 1901. Comme dans la mandature précédente, nous allons avoir une gestion rigoureuse afin que nos capitations soient les mieux utilisées, soient les mieux systématisées dans notre Obédience.

13Mais gestion rigoureuse veut dire aussi respecter les lois de la République. Cela veut dire aussi respecter ceux qui nous font la confiance d’être nos salariés. Cela veut dire donner du bonheur à nos salariés et c’est entre cela qu’il faudra jongler, entre une gestion rigoureuse et une gestion humaniste.

14N’attendez pas de moi que je sois un patron comme les autres du point de vue des salariés, je suis un Maçon et je ne peux l’oublier à aucun moment. Je souhaite continuer, au cours de cette Grande Maîtrise – et là je vous fais un appel, mes Frères – une action particulière sur la solidarité. Rappelez-vous, mes Frères, nous sommes nés à cause de la solidarité, nous ne sommes pas nés pour faire de la spéculation intellectuelle. Nos premières loges de Londres étaient d’abord des sociétés d’actions mutuelles.

Pierre LAMBICCHI Grand Maître du Grand Orient de France

Description de l'image par IA : Homme âgé avec des lunettes, portant un costume et une cravate, regardant directement la caméra.

Pierre LAMBICCHI Grand Maître du Grand Orient de France

© DR

15II ne faut absolument pas perdre de vue cet aspect. D’abord à l’intérieur, et la CNSM joue parfaitement son rôle, mais les loges doivent aussi jouer le leur et notamment les Congrès régionaux. Ensuite vis-à-vis de l’extérieur, et pour cela il faudrait remettre à jour tout ce qui existait comme structure dans les temps passés pour lutter contre l’illettrisme et la pauvreté. Car la pauvreté, mes Frères, ce n’est pas qu’un vain mot, c’est une souffrance. Là aussi, il va falloir continuer, comme nous l’avons déjà fait l’année dernière, avec le Grand Maître Jean-Michel Quillardet, à s’interroger et à combattre.

16Pour cela, nous avons un outil extraordinaire avec la fondation du GODF. C’est pour cela que le Conseil de l’Ordre a décidé de nommer un Grand Officier chargé de la dynamiser. Notre obédience ne peut être recroquevillée sur elle-même. Elle doit donc rayonner. La Fondation fait partie de ce rayonnement, tout comme la culture et la communication.

17La culture, avec un Grand Maître adjoint chargé spécialement de ce dossier, va avoir une place importante. Car, comme l’a déjà fait la mandature précédente, il faut dédiaboliser notre obédience si elle a été diabolisée. II faut montrer que nous sommes des hommes de volonté, poussés vers ce qui est beau, ce qui est bien et ce qui est bon.

18La communication : les rapports montrent qu’elle coûte chère. Il faudra que le Convent se prononce clairement sur ce sujet. En effet, on ne peut sous-payer notre communication. Nous avons besoin de communication, mais sans être menés par elle. Comme je n’ai pas de penchant particulier pour passer à la télévision ou donner des interviews, rassurez-vous, ils seront parcimonieux. Mais nous sommes obligés de communiquer car c’est par cette communication que nous prouvons le travail de nos loges que nous prouvons que nous existons et que nous serons, en effet, plus présents et plus prégnants dans la société de tous les jours.

19Cette société se modifie et nous ne ferons pas de politique avec un petit « p » Chaque fois que les principes fondamentaux de la République, de la laïcité, de la dignité humaine ou de la liberté de l’homme seront attaqués, croyez que le Conseil de l’Ordre et le Grand Maître du GODF vous représenteront pour dire « halte-là », sans esprit de guerre, mais clairement et fermement.

20Notre message ne sera pas altéré, notre message qui est unique sera chaque fois délivré avec calme, sérénité. Un certain nombre de choses ne sont pas tolérables et ne seront pas tolérées.

21La réflexion sur l’école de la République, qui en est déjà à sa seconde année de travail, et qui va présenter un rapport bientôt, sera poursuivie.

22A la demande des élus de la République que nous avons rencontrés tout au long de l’année, tous les membres du Conseil de l’Ordre et vous aussi, Vénérables maîtres, qui voulez que la citoyenneté soit reconnue, vous qui en avez assez du communautarisme, nous allons développer un grand travail sur la citoyenneté pour aboutir à des Assises auxquelles nous mêlerons tout le monde profane, et nous sensibiliserons les élus. Nous ne serons pas assez de tous pour nous déplacer.

23La technique nous fait vivre de plus en plus vieux. Mais est-ce que l’éthique suit la technique ? La fin de vie est de plus en plus horrible, elle est en train de devenir un marché comme un autre. Nos personnes âgées, que nous serons un jour, du moins je le souhaite, deviennent un produit comme les lessives. Le GODF, à mon sens, doit se présenter en face et présenter une réflexion éthique sur les phénomènes de fin de vie et les moyens d’accompagnement, afin que tous soient sur un niveau d’égalité la plus parfaite.

24Enfin, l’extériorisation hors métropole et hors DOM-TOM. Pourquoi allons-nous porter notre message dans les pays étrangers ? D’abord parce que c’est notre vocation historique. Dès le siècle des Lumières, nos penseurs sont allés dans les cours pour répandre les idées qui étaient peut-être prises par les souverains avec un certain snobisme mais qui sont arrivées à des résultats politiques probants. II est donc de notre devoir de nous battre, là où la démocratie est en danger, là où l’être humain est vilipendé, là où il est torturé, là où le sexisme, la discrimination, l’antisémitisme sont développés.

25Mais notre extériorisation internationale est aussi le fait d’appels de peuples. Notre obédience a donné les patentes à nos cousins du Grand Orient des Etats-Unis d’Amérique. J’étais présent à cet événement et j’ai vu une chose fabuleuse. C’était ce grand bonhomme qui faisait à peu près 2 mètres de haut et 100 kilos, un Américain pur teint, pas un Latino, c’était bien un Irlandais. Il a dit : « Vous savez, par Internet, on s’est aperçu qu’il existait une maçonnerie libérale adogmatique qui permettait à l’homme de gérer sa vie, qui permettait à l’homme de gérer sa progression. Nous vous avons contactés, nous avons travaillé et maintenant nous sommes des partenaires ». Cela, c’était l’appel d’un peuple qui se veut et qui se dit développé.

26L’Amérique latine nous appelle parce que, là aussi, nos concepts redonnent un sens à la vie, redonnent l’espoir. Pourquoi n’irions-nous pas ? Si nous n’y allons pas, ce seront les sectes ou les religions qui pourront prendre le pas et au lieu de libérer l’homme elles le mettront encore plus dans des chaînes.

27Mes Frères, si vous nous en accordez le budget, je crois que cette action internationale sera poursuivie. Comme elle doit l’être avec sérieux, elle ne pourra pas l’être que par les deux officiers qui sont au bureau. C’est pourquoi il y aura création d’un pôle d’affaires extérieures, où nombre de Conseillers de l’Ordre, sur un territoire donné, auront mission d’effectuer le travail, d’aller là où il sera prégnant d’aller, là où il sera efficace d’aller et là où nous aurons des résultats en termes de développement de notre éthique.

28Enfin, pour terminer par une note moins gaie – mais je dois vous le dire au début de ce mandat parce qu’après je ne m’en occuperai plus et si je ne vous le dis pas, cela me restera sur le cœur longtemps –, cette campagne a été dure, non pas du fait de mon concurrent qui a eu une attitude maçonnique exceptionnelle et auquel je rends hommage, mais du fait de Frères qui ont décidé de nous instrumentaliser.

29Cela, je pense que c’est inacceptable : des Frères n’ont pas le droit d’en traiter d’autres, parce qu’ils ne sont pas d’accord entre eux, de noms d’oiseaux ou de termes régaliens.

30Je le dis clairement, il faut faire attention, il faut respecter la loi, respecter le règlement général. D’ailleurs, notre action au Conseil de l’Ordre ne sera que le respect du règlement général.

31J’ai fait un tour de France, non pas électoral mais d’appréciation de mes Frères et je me suis rendu compte que nous, GODF, qui sommes possesseurs de toutes les patentes, dans tous les rites, mais qui déléguons pour ce qui est l’après Maîtrise, je me suis aperçu que des guerres picrocholines étaient montées en épingle et pouvaient diviser les Frères du GODF. Cela n’est pas acceptable. Je ne dis pas que cela vient de toutes les juridictions, qui ont le droit d’exister, qui ont le devoir d’exister car elles sont un enrichissement de la démarche maçonnique, mais je dis qu’elles ne doivent pas tomber dans les mains de Frères qui s’en servent comme des instruments.

32Je proposerai au Conseil de l’Ordre une réflexion afin d’harmoniser toutes ces actions et toutes ces juridictions, afin qu’elles restent ce qu’elles doivent être : un enrichissement personnel afin que nous, le GODF, nous en bénéficiions et que nous soyons, en tout état de cause, le maître de la politique.

33Vénérables Maîtres, mes Frères, vous ne pouvez pas savoir le bonheur que j’ai d’être là, d’abord parce que vous m’avez reconnu, d’abord parce que mes Frères du Conseil de l’Ordre m’ont légitimité, enfin parce que les Frères de mon Congrès régional m’ont élu et que les Frères de ma loge m’avaient, eux aussi, élu. C’est donc le continuum initiatique qui s’est passé. Croyez que vous avez un maçon qui fera respecter la loi maçonnique et le règlement général et qui fera tout pour que le GODF reste le premier de par le monde.

34Ne prenez pas à la légère les déclarations de certains qui prétendent porter le même nom que nous alors qu’ils ne sont pas adogmatiques et ne cherchent qu’à nous nuire. Rappelez vous, mes Frères, que nous existons aujourd’hui et que nous sommes la plus ancienne obédience, historiquement la plus implantée, que nous développons une éthique et que nous sommes les plus nombreux. Vous avez bien compris que je suis passionné de cette obédience et, pour vous déshabituer progressivement de Jean-Michel Quillardet, je terminerai par une citation. Nous n’avons pas les mêmes maîtres, pour moi ce serait plutôt René Char et avec lui je vous invite, mes frères « à vous perdre dans votre passion plutôt que de perdre vos passions ».

CURRICULUM VITAE

Pierre Emile LAMBICCHI
Né le 8 septembre 1949 à MARSEILLE
De nationalité française, veuf, 2 enfants
DIPLÔMES UNIVERSITAIRES
Doctorat d’état de médecine à la faculté de MARSEILLE, 1980. Spécialité d’anesthésiste, réanimation, 1978.
Spécialité de cardiologie, 1980.
Spécialité de médecine hyperbare, 1979.
Internat des hôpitaux universitaires, 1974. Médaille d’Or des hôpitaux universitaires, 1979.
CURRICULUM VITAE PROFESSIONNEL DÉTAILLÉ
Service militaire en tant qu’officier à l’hôpital d’instruction des armées de Laveran
Chargé de cours de cardiologie et d’anesthésie en 1978
Installation en cabinet privé en 1980
Chargé de la consultation de cardiologie d’un centre médical à Marseille
Ancien chargé de consultation de cardiologie à la maison d’arrêt des Beaumettes
Ancien consultant au centre de la Croix Rouge française
Membre du collège d’information médicale
AUTRES
Organisateur du colloque L’Europe de la bioéthique près du Conseil de l’Europe à Strasbourg en 1990
Organisateur du colloque Bioéthique et République à Marseille en 1993
Organisateur du colloque célébratif des lois de 1905 à Marseille et Genèse de l”immigration en 2006
Secrétaire général de l’association CADMOS auprès du Conseil de l’Europe 1992-1995
Expert inscrit sur la liste des experts judiciaires près la cour d’appel d’Aixen-Provence de 1990 à 2006
Médecin agréé par la préfecture des Bouches-du-Rhône
Membre du conseil du master professionnel Ingénierie et Ergonomie du mouvement humain de la faculté des Sports de Marseille
Chercheur associé dans l’équipe de biomécanique, performance motrice et modélisation du laboratoire Mouvement et Perception (CNRS/Université de la Méditerranée)
Président de l’association des médecins de Sylvabelle (enseignement post universitaire)

Date de mise en ligne : 01/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.282.0005