S'abonner
Article de revue

L’Atlantide. Le Grand Orient de France à New York

Pages 77 à 82

Citer cet article


(2008). L’Atlantide. Le Grand Orient de France à New York. Humanisme, 281(2), 77-82. https://doi.org/10.3917/huma.281.0077.

« L’Atlantide. Le Grand Orient de France à New York ». Humanisme, 2008/2 N° 281, 2008. p.77-82. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2008-2-page-77?lang=fr.

2008. L’Atlantide. Le Grand Orient de France à New York. Humanisme, 2008/2 N° 281, p.77-82. DOI : 10.3917/huma.281.0077. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2008-2-page-77?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.281.0077


1L’histoire de la Respectable Loge L’Atlantide est ancienne. À l’origine, elle fut fondée à la suite de la requête d’un Frère par lettre datée du 15 décembre 1899, demandant la création d’une Loge de langue française sous les auspices du Grand Orient de France. Cette lettre faisait alors état de quinze Frères à New York, sans compter plusieurs profanes désireux d’adhérer à la franc-maçonnerie. La réunion préparatoire en vue de sa fondation eut lieu le 15 décembre 1899, et ce fut le 13 Janvier 1900 qu’elle fut créée suite à la délibération des francs-maçons réunis le jour même et qui adressèrent au Suprême Conseil du Grand Orient de France une demande de constitution Symbolique, afin que cette loge soit agrégée à la Fédération du Grand Orient de France et ainsi régularisée. Cette demande précisait que les Frères de cette Loge provisoire étaient animés par le désir de travailler au développement de la franc-maçonnerie et pour le bien de l’humanité. Très vite, lors de la séance du 11 juin 1900, le Conseil de l’Ordre donna son accord pour la constitution symbolique de cette loge provisoire, sous le titre distinctif L’Atlantide : le 14 Septembre eurent lieu l’allumage des feux de L’Atlantide ainsi que l’installation des Officiers sous la direction d’un délégué du Conseil de l’Ordre.

2Il n’est pas négligeable de savoir que cet Atelier se caractérisa par plusieurs initiatives dignes d’être rappelées : le vœu, exprimé en 1902, de voir le Grand Orient de France demander aux pouvoirs publics l’abolition de la peine de mort ; le soutien donné en 1903 à la création de la première Loge du Droit Humain des États-Unis (à Charleroi, en Pennsylvanie) ; l’énergique protestation contre l’Allemagne nationale socialiste, exprimée en 1933 ; enfin, une collecte en faveur de l’Espagne républicaine en 1938.

3Rappelons que l’évolution de l’Atelier fut marquée par une fusion en 1962 avec une autre Loge du Grand Orient de France, L’Amitié Franco-Américaine, créée en 1958 à New York : ils prirent alors pour nom L’Atlantide Franco-Américaine avant le titre distinctif L’Atlantide à l’Orient de New York, en 1976.

Autoportrait au pays d’autres loges

4Aujourd’hui, L’Atlantide compte une cinquantaine de membres actifs, et elle recrute avec succès. La francophonie à New York n’étant pas le reflet de la francophonie mondiale, l’Atelier compte beaucoup de diplomates et de cadres supérieurs. Cependant, fidèle à la mission maçonnique de constituer un microcosme qui soit le reflet du macrocosme, ses autres membres viennent de différents horizons socioculturels. L’Atlantide est composée de Frères dont les activités profanes sont aussi diverses que l’activité administrative ou diplomatique au sein de l’ONU ou de différentes ONG, les hautes responsabilités dans les activités financières, la restauration, l’informatique, la recherche, la chirurgie, le tourisme, les arts figuratifs, la danse, la musique, l’import-export, la jurisprudence, la parfumerie ou l’enseignement.

5Parallèlement, il existe à New York deux Ateliers de la maçonnerie « libérale » : la Respectable Loge Maria Deraismes du Droit Humain et la Respectable Loge Universalis de la Grande Loge Féminine de Belgique. L’Atlantide entretient avec elles des relations suivies. Une fois par an, les trois Loges se réunissent d’ailleurs en tenue commune pour présenter et débattre les points de vue de chaque Loge sur un sujet choisi d’un commun accord, tandis qu’au cours de l’année, dans le respect des règlements intérieurs de chaque Atelier, les Frères et les Sœurs des trois Loges ne manquent pas de visiter les autres Ateliers.

6Bien entendu, New York se caractérise aussi par la présence de nombreuses Loges de la maçonnerie dite « régulière ». Maçonnerie régulière et maçonnerie libérale interagissent selon des règles diplomatiques qui ont évolué au fil des siècles. Sans entrer dans la discussion des raisons qui font que la maçonnerie régulière ne reconnaît pas la maçonnerie libérale, des Frères réguliers et des Frères libéraux se rencontrent périodiquement en dehors de toute structure organisatrice, et ils peuvent ainsi œuvrer fraternellement afin de créer les conditions permettant de dépasser une situation diplomatique stagnante et passéiste.

7La spécificité de L’Atlantide ? Il s’agit d’un Atelier à la fois révolutionnaire et conservateur. Il est révolutionnaire en ce qu’il essaie, et ce contre vents et marées, de demeurer une « école à penser par soi-même pour les autres » et non une « école de pensée par les autres pour soi-même ». La vérité n’y est donc pas détenue et encore moins dispensée sous forme d’affirmations dogmatiques. Les vérités s’acquièrent, on le sait, à la force du poignet, au risque parfois de s’abandonner à ce qui pourrait être perçu par certains comme un travail intellectuel en roue libre. « Un Maçon libre dans une loge libre », la formule bien connue recèle une réalité unique et fragile, semblable à la rose du Petit Prince de Saint-Exupéry, qu’il faut à son instar savoir protéger avec amour. Mais L’Atlandide est aussi conservateur en ce qu’il se veut un fidèle gardien de la tradition, dans son expression plurielle. Monde englouti par l’effet de distance, il reste insensible aux chants des sirènes de la modernité, dont l’absence de pérennité lui a été apprise par le temps et l’expérience. Il en va de même des membres de l’Atelier. Parmi ceux-ci figurent des Américains de naissance ou d’adoption, des résidents permanents et des résidents temporaires. Seuls les citoyens américains ont le droit de voter, certains sont enregistrés comme conservateurs « républicains », d’autres comme « démocrates » difficilement comparables à des révolutionnaires, si ce n’est dans le choix de leurs actuels candidats à la présidence : une femme et un homme de couleur. Tous néanmoins participent à la vie politique dans son acception étymologique grecque – la vie dans la cité.

Vue désormais impossible de New York : Manhattan depuis les tours jumelles du World Trade Center

Description de l'image par IA : Ville dense avec gratte-ciel, la tour Empire State au centre.

Vue désormais impossible de New York : Manhattan depuis les tours jumelles du World Trade Center

© DR

8La ville de New York étant considérée par certains comme la capitale du monde, ou la nouvelle Babel, nos préoccupations politiques ont vocation à rayonner ou raisonner/résonner aux quatre coins du monde, pour parfaire s’il en était besoin, la quadrature du cercle. Les membres de culture française et américaine sont sans doute plus attentifs aux phénomènes de dérive culturelle dans les différents continents et ont une vocation à rétablir des ponts pour éviter un écartèlement qui leur est désagréable. Les membres de cultures diverses ou plurielles contribuent naturellement à tisser la toile de notre humanité, ainsi que l’a si bien formulé Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis ». Tous ont vocation à réunir ce qui est épars.

La statue de la Liberté du Frère Bartholdi

Description de l'image par IA : Statue de la Liberté tenant une torche levée, vue de profil.

La statue de la Liberté du Frère Bartholdi

© DR

9Ces quinze dernières années, L’Atlantide a connu une constante : un important brassage de ses membres. À maints égards, elle est en définitive une loge de passage. Même si elle contient un noyau important de Frères français résidents permanents aux États-unis et d’Américains francophones, elle comporte également une importante population de diplomates, d’expatriés dans le monde des affaires, de l’art et de la cuisine, et des scientifiques. Aussi, L’Atlantide a beau se trouver à New York, elle n’en représente pas moins l’hémisphère Sud par sa relativement importante population de Frères africains, venus surtout de l’Afrique de l’Ouest subsaharien. Ces Frères sont aussi souvent à New York la durée d’une expatriation professionnelle. Ce constant brassage de ses membres est à la fois la force et la faiblesse de cet Atelier. Mais ce qui est marquant, c’est que les Frères de L’Atlantide qui quittent les États-Unis restent souvent membres de cette Loge, même s’ils ne l’ont pratiquée que peu de temps. Les liens qui s’y nouent peuvent étonner car ils sont souvent de courte durée, mais ils ne manquent pas pour autant d’intensité. Et les Frères qui voyagent tout en restant sur les colonnes de cette loge de passage ont souvent du mal à se réhabituer, voire encore moins à s’habituer, à des loges plus sédentaires que celle-ci.

10L’Atlantide ressent aussi, au-delà du perpétuel mouvement de ses membres, la pression de la vie new-yorkaise. Ses membres sont pour beaucoup pris dans la frénésie quotidienne de cette ville « qui ne dort jamais ». Cette pression se traduit par une importante volatilité dans l’assiduité de certains de ses membres. C’est pourquoi L’Atlantide est heureuse de voir sur ses colonnes un noyau non négligeable de Frères retraités pour contrer ce phénomène, même si les Frères visiteurs sont souvent très nombreux.

11Peut-être L’Atlantide en est-elle même arrivée au même stade que certains villages bretons ou du centre agricole des États-Unis qui comptent une population émigrée plus importante que sa propre population. Quoi qu’il en soit, le portrait type des Frères de L’Atlantide est difficile à dresser. Mais où que vous soyez dans une loge du Grand Orient de France, il n’est pas impossible que vous rencontriez l’un d’eux sur vos colonnes.

Le Grand Orient en Amérique du Nord

12À partir de 1986, d’autres loges du Grand Orient de France allument leurs feux aux États-Unis. Cette année-là, avec le soutien de Frères de Los Angeles et l’appui moral de L’Atlantide, la Respectable Loge Pacifica inaugure ses travaux à l’Orient de San Francisco. En 1990, elle donne elle-même naissance à « sa fille », la Respectable Loge Art et Lumière à l’Orient de Los Angeles – titre distinctif inspiré à ses Frères fondateurs par la présence des studios de cinéma d’Hollywood, par la lumière si spéciale à cette latitude et par la porte de l’Orient d’où arrive cette clarté.

13Un an avant, en 1989, dans le cadre d’une politique de représentation de l’Obédience aux États-Unis et à l’initiative de Frères du Grand Orient de France soucieux de rompre l’isolement maçonnique dans lequel les plonge le refus systématique et constant de reconnaissance et d’accueil que leur opposent depuis toujours les Loges américaines, la Respectable Loge Lafayette 89 est créée à Washington, travaillant au rite écossais et parfois en langue anglaise.

14De la même façon, pour lutter contre l’hostilité à la franc-maçonnerie libérale qui sévit au Canada, des Frères s’organisent et allument les feux de la Respectable Loge Force et Courage à Montréal en 1999, ranimant ainsi un flambeau éteint depuis 1896. Hélas, une autre loge à Laval, ouverte par des canadiens francophones en 2004, va devoir capoter rapidement pour des raisons tant culturelles qu’administratives.

15Signalons enfin que les cinq loges nord-américaines travaillent généralement en langue française et qu’elles se réunissent chaque année à l’occasion des Journées d’Amérique du Nord pour discuter des problèmes qui leur sont propres.

16Aujourd’hui, c’est dans un même esprit d’ouverture et de fraternité qu’elles accueillent le Grand Orient of United States of America.

17Les Frères de la Respectable Loge L’Atlandide, à l’Orient de New York

Description de l'image par IA : Sceau avec des symboles, "G.O.D.F.", "R.L. 'L' Atlantide", et "N.Y. DE 5899".

Date de mise en ligne : 01/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.281.0077