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Article de revue

Les Chevaliers de Colomb

Une société secrète catholique au Nouveau Monde

Pages 63 à 71

Citer cet article


  • Mollier, P.
(2008). Les Chevaliers de Colomb Une société secrète catholique au Nouveau Monde. Humanisme, 281(2), 63-71. https://doi.org/10.3917/huma.281.0063.

  • Mollier, Pierre.
« Les Chevaliers de Colomb : Une société secrète catholique au Nouveau Monde ». Humanisme, 2008/2 N° 281, 2008. p.63-71. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2008-2-page-63?lang=fr.

  • MOLLIER, Pierre,
2008. Les Chevaliers de Colomb Une société secrète catholique au Nouveau Monde. Humanisme, 2008/2 N° 281, p.63-71. DOI : 10.3917/huma.281.0063. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2008-2-page-63?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.281.0063


Notes

  • [1]
    M. A. Tabbert, American Freemasons, Three Centuries of Building Communities, New York University Press, New York, 2005.
  • [2]
    Id., notamment pp. 85-121.
  • [3]
    Chr. J. Kauffman, Faith and Fraternalism : the History of the Knights of Columbus 1882-1982, Harper and Row, New York, 1982, p. 101.
  • [4]
    Id., p. 19. Nous utilisons abondamment cette histoire classique des Chevaliers de Colomb, certes commandée par l’Ordre, mais écrite par un historien reconnu du catholicisme américain.
  • [5]
    Kauffman, op. cit., p. 101.
  • [6]
  • [7]
    Kauffman, op. cit., p. 406.
  • [8]
    Carl A. Anderson, Discours sur l’état de l’Ordre, New Haven, octobre 2006.

1Les Chevaliers de Colomb ont été fondés en 1882 à New Haven dans l’État du Connecticut par un prêtre d’origine irlandaise, issu d’une famille ouvrière, le père Michael McGivney. La création de ce nouvel ordre ne se comprend que si l’on considère attentivement l’histoire des États-Unis autour des années 1880 et en particulier la place que tentent de s’y faire les catholiques. Cette deuxième moitié du XIXe siècle a vu se succéder de nombreuses vagues d’immigration en provenance de pays aussi divers que l’Italie, l’Irlande, la Scandinavie et la Russie. Ces populations différentes par leurs origines, leurs cultures, leurs religions avaient cependant un point commun. Arrivées sans idée de retour, toutes souhaitaient se faire une place et s’intégrer le plus rapidement possible dans la société américaine. Or, dans ce processus d’intégration, la Franc-maçonnerie et les sociétés paramaçonniques nées dans son sillage vont jouer un rôle capital.

2Vue d’Europe, on a souvent du mal à appréhender la Franc-maçonnerie américaine. Si on lui reconnaît un activisme caritatif impressionnant, on ne sait comment analyser son ostentation sans mesure et… sa faible dimension intellectuelle apparente. Pourtant, au-delà de ce côté pittoresque, les loges ont été un des principaux outils de ce célèbre melting pot qui a créé la société américaine moderne. Ce phénomène a récemment été bien mis en lumière par Mark Tabbert [1]. En 1882, les États-Unis comptent 50 millions d’habitants, il arrive près de 500 000 migrants par an. Les loges des diverses fraternités ont alors 2,5 millions de membres… c’est-à-dire que près d’un homme sur dix appartient à une loge ! Il y trouve réconfort amical et protection sociale car la plupart des fraternités ont mis en place d’importants organismes mutuellistes. Le nouvel arrivant peut aussi y créer du lien social et d’ailleurs l’adhésion à une fraternité est un des premiers signes d’intégration à la société américaine tant les loges y ont pignon sur rue. Il faut parler de Fraternités car, à côté de la Franc-maçonnerie et sur son modèle, se sont créées d’autres organisations. En cette fin de XIXe siècle, elles sont innombrables [2] : Buffaloes, Mechanics, Knight of Pythias, Woodmen, Red Men, Foresters, Druids… Elles ont toutes leur Grand Lodge ou Supreme Council et leurs grades qui restent très proches de ceux des Maçons. Les Odd Fellows (les « Gars bizarres » sic !) ont même alors plus de membres que les Maçons. Ces sociétés paramaçonniques firent aussi l’objet d’une condamnation pontificale en 1894-95 [3].

3Cette vogue des « sociétés secrètes » est un problème pour les dirigeants catholiques qui ont du mal à en éloigner leur jeunesse. Car, outre les charmes de la sociabilité, les caisses mutuelles de ces fraternités sont la seule protection sociale que peuvent trouver ces populations défavorisées. Dans la lettre qu’il écrit aux paroisses voisines pour les informer de la création des Chevaliers de Colomb, c’est cet argument que le père McGivney met en avant : « Notre premier objectif est de prévenir l’adhésion des nôtres aux sociétés secrètes en offrant les mêmes, voire de meilleurs avantages à nos membres [4]. » Avant de créer cette nouvelle organisation, le père McGivney avait fait plusieurs tentatives pour « adapter » aux catholiques des organisations classiques comme les Foresters. Il avait fait aussi un passage chez les Red Knights. C’est peu de dire qu’à cette époque, ce type d’organisation était assez suspect pour l’Église catholique, même aux États-Unis. Bien sûr, la première critique que l’on adressa au père McGivney, et cela dès les débuts de l’organisation, fut de vouloir constituer une Franc-maçonnerie catholique… voire une parodie catholique de la Franc-maçonnerie. Ainsi l’évêque de Rochester écrivait-il dès 1897 : « En un mot, toutes les formes et bêtises des Maçons et des Odd Fellows sont imités par les Chevaliers de Colomb catholiques, ceux-ci familiarisent ainsi les générations montantes avec des usages et des coutumes pernicieuses [5]. » Si l’expérience peut continuer, c’est que le fondateur va recevoir assez vite le soutien de l’évêque du Connecticut, monseigneur McMahon.

Le père Michael J. McGivney

Description de l'image par IA : Portrait en noir et blanc d'un homme en soutane, regardant sur le côté.

Le père Michael J. McGivney

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4Mais au-delà des avantages en termes de sociabilité ou de protection sociale, le fondateur des Chevaliers de Colomb voulait aussi montrer avec cette nouvelle organisation que les catholiques pouvaient prendre pleinement part au projet américain. Au XIXe siècle, les États-Unis connurent plusieurs campagnes d’hostilité aux catholiques, notamment, bien sûr, lors des grandes vagues d’immigration irlandaise. On ostracisait les catholiques en leur déniant la capacité à s’intégrer dans l’identité fondamentalement démocratique des États-Unis. Le protestantisme était considéré comme l’une des dimensions fondatrices du pays et la présence croissante de catholiques dans la population faisait craindre un « impérialisme papal ». En calquant l’organisation des Chevaliers de Colomb sur le modèle classique des « Fraternités » américaines – pour ne pas dire de la Franc-maçonnerie ! – le père McGivney entendait démontrer la nature parfaitement américaine des catholiques des États-Unis. Comme leurs voisins protestants, les catholiques auraient leurs loges à côté de leurs paroisses et pourraient ainsi exercer toutes les prérogatives de « la Démocratie en Amérique ». Le nom de l’Ordre lui-même rappelait ainsi que le père de l’Amérique moderne était catholique. L’abbé McGivney établit l’organisation des Chevaliers de Colomb sur le mode du gouvernement représentatif et responsable. A l’époque, cela n’allait à l’époque pas de soi pour une organisation catholique. On y élisait même… le Grand Chapelain ! On trouva un arrangement en expliquant que ce n’était pas une organisation catholique… mais une organisation rassemblant des catholiques ! Le père McGivney insistait pour dire que les Chevaliers de Colomb n’étaient pas une société secrète. Mais parallèlement, fidèle au projet de constituer un clone catholique des loges, l’équipe des fondateurs travailla sur les rituels de réceptions et de passages de grades. Cérémonies qui n’étaient peut-être pas secrètes, mais qui utilisaient un corpus symbolique et devaient se faire à huis-clos ! Le projet des Chevaliers de Colomb devait correspondre à un vrai besoin chez les catholiques américains car l’organisation se développa assez vite. Il y a déjà onze Conseils en 1884, trent et un en 1885. En 1890, quand l’abbé McGivney meurt prématurément d’une pneumonie à l’âge de trente-huit ans, l’ordre compte cinquante-sept « Conseils » dans le Connecticut et dans différents autres États. Il est présenté depuis quelques décennies comme un modèle aux Chevaliers de Colomb et aux catholiques américains. En 1997, l’archevêque de Hartford a lancé la cause de la canonisation du père McGivney. On peut suivre les progrès du dossier sur un site Internet (www.fathermcgivney.org). On ne va pas résumer ici les cent vingt-cinq années de développement des Chevaliers de Colomb qui sont une véritable « success story » à l’américaine. Le vœu du fondateur a ainsi été exaucé. Aujourd’hui, l’Ordre rassemble un million sept cent mille membres répartis en douze mille Conseils aux États-Unis, au Canada, aux Philippines, au Mexique et dans divers autres pays d’Amérique latine. Son siège est toujours à New Haven. Si l’on veut avoir une idée de l’importance de l’ordre dans la société et dans l’église américaine, il suffit de jeter un coup d’œil sur le site des Chevaliers de Colomb (www.kofc.org).

Des grades et des rites

5La structure de base est donc le Conseil. Il est dirigé par un « Grand Chevalier » assisté d’officiers : chancelier, surveillant, secrétaire, trésorier… La carrière des membres au sein de l’Ordre est organisée dans une progression à travers différents grades. Les documents émanant des Chevaliers de Colomb utilisent bien l’expression grade (degree en anglais) selon l’appellation classique de la Franc-maçonnerie. Les chevaliers québécois les présentent ainsi en français : « L’initiation aux degrés se veut un moyen pédagogique original qui consiste en des épreuves à passer, des étapes à franchir. Les rites initiatiques doivent livrer un ou des messages, dégager des leçons et faire vivre une expérience forte ; l’initiation aux degrés fait appel également à des sentiments d’émerveillement, de fascination, d’appartenance, de découverte, d’incertitude [6]. » Selon un bel euphémisme, « les grades sont les seuls aspects de l’ordre qui ne soient pas publics » ! On doit d’ailleurs noter que s’il y a eu quelques rares divulgations de parties du rituel – nous avons pu ainsi consulter une réception au premier grade –, les rituels des Chevaliers de Colomb demeurent beaucoup plus secrets que ceux de la Franc-maçonnerie qui ont été mis sur la place publique depuis des lustres ! Si l’enseignement délivré par ces trois premiers grades est relatif aux trois vertus que l’Ordre met en avant : Charité, Unité, Fraternité, la forme des cérémonies de réception est très proche de celle de la Franc-maçonnerie américaine. Il est cependant précisé que l’Ordre ne demande pas un « serment » (on sait que c’est l’un des points des condamnations pontificales depuis le XVIIIe siècle), mais une promesse. Aux origines de l’Ordre, il y avait trois grades. En 1900, un quatrième grade fut ajouté que les observateurs américains présentent souvent comme un « haut grade » pour reprendre une expression maçonnique. Près de dix ans après la mort du père McGivney, il s’agissait pourtant de donner encore plus d’importance à l’une des valeurs fondatrices de l’ordre : le patriotisme américain. Ce quatrième degré, le « Sir Knight », a une structure autonome et recrute ses membres dans plusieurs Conseils. Les membres du quatrième degré ont des regalia chevaleresques qui rappellent fortement le haut grade de Chevalier du Temple de la Franc-maçonnerie. Signe de cette parenté avec la Franc-maçonnerie, en 1967, quand l’anticatholicisme s’estompe et que d’autres enjeux politiques occupent le devant de la scène, il y eut une rencontre au sommet entre Maçons et Chevaliers de Colomb. D’un côté, le « Chevalier Suprême » et deux autres dignitaires ; de l’autre, le Grand Commandeur du Suprême Conseil du Rite Écossais et le Grand Maître de la Grande Loge de New York. À l’issue de ce « sommet fraternel », les deux organisations décidèrent d’explorer les voies d’une coopération pour réunir les « citoyens loyaux et impliqués » dans un combat commun contre « les forces qui menacent notre mode de vie » et pour promouvoir le patriotisme, le respect des lois, de l’ordre et du gouvernement [7].

Une action politique réelle

6Dans leur promotion de la cause catholique aux États-Unis, les Chevaliers de Colomb se sont assez vite intéressés à des questions politiques. Leur première préoccupation était de lutter contre l’anticatholicisme qui semble avoir été réel aux États-Unis du XIXe siècle, jusqu’à ce qu’un des leurs parvienne à la responsabilité suprême (le président J. F. Kennedy était en effet un « quatrième degré » de l’Ordre). Mais au début du XXe siècle, les Chevaliers vont s’engager dans un soutien très politique aux catholiques d’un État voisin : le Mexique. Comme souvent dans les pays latins, le mouvement républicain et progressiste vit se dresser devant lui le conservatisme de l’église catholique. Au Mexique, celle-ci était particulièrement puissante et la « révolution mexicaine » de 1910-1917 prit vite une tournure très anticléricale. Les Chevaliers de Colomb se mobilisèrent contre ce qu’ils considéraient comme une véritable persécution contre le catholicisme. Leur action fut double. Ils mobilisèrent d’abord des moyens matériels pour soutenir la résistance des catholiques mexicains. Mais surtout, ils entreprirent une importante opération de lobbying auprès des milieux dirigeants des États-Unis, la position américaine ayant naturellement une influence sur le pouvoir mexicain. Ainsi, le « Suprême Chevalier » Flaherty rencontra le président Coolidge pour lui dénoncer les menaces que faisait peser sur la paix du continent américain le « régime communiste » de Mexico. Tout au long des années 1929-1930, le Mexique, en raison de l’énergique politique laïque de son gouvernement républicain, resta un champ d’action privilégié des Chevaliers de Colomb.

John Fitzgerald Kennedy. Quatrième degré de l’Ordre des Chevaliers de Colomb

Description de l'image par IA : Homme souriant en costume et cravate, cheveux courts, regardant sur le côté.

John Fitzgerald Kennedy. Quatrième degré de l’Ordre des Chevaliers de Colomb

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7Aux États-Unis, l’action de lobbying des Chevaliers de Colomb s’attacha d’abord à des sujets certes politiques, mais ayant une dimension plus symbolique. Peu avant la Seconde Guerre mondiale, ils parviennent à faire reconnaître « le jour de Christophe Colomb » comme une fête fédérale, faisant ainsi honorer par tous les citoyens des États-Unis un « Père Fondateur » catholique. En 1954, ils sont au premier rang des groupes de pression qui obtiennent l’ajout de la mention « devant Dieu » au serment civique et au salut au drapeau. Dans les années 1960 et 1970, ils continuent à diffuser un message en faveur des valeurs familiales et conservatrices de l’Amérique profonde avec des actions spécifiques dirigées vers la jeunesse. En 1992, le président Bush fait une apparition remarquée en pleine année électorale, signe qui sera renouvelé par son fils, le deuxième président Bush en 2004. En 2006, Les Chevaliers ont adopté une résolution exprimant « leur appui indéfectible » et leur « profonde reconnaissance aux membres des forces armées en poste actuellement en Irak, en Afghanistan, au Moyen-Orient et dans d’autres régions dangereuses du monde. ». La résolution promet une prière continue « pour le succès du personnel militaire en poste actuellement partout au monde ». Ils ont aussi lancé de grandes campagnes « pour le respect de la vie », c’est-à-dire contre l’avortement et contre le mariage homosexuel. Ces campagnes utilisent les outils classiques des groupes de pression : lobbying et communication nationale, relayés à l’échelon local par les Conseils dont les membres sont invités à contacter les élus du pays sur le terrain. Ainsi, pour cette campagne en faveur d’un amendement de protection du mariage, l’Ordre a fait imprimer dix millions de cartes postales que les Conseils sont chargés de distribuer et de faire envoyer par les familles à leur sénateur. En 2007, lors de leur 125e convention annuelle, les Chevaliers de Colomb ont adopté unanimement une résolution affirmant « leur profond engagement contre toute action gouvernementale ou à toute politique qui promeut l’avortement, la recherche sur les cellules souches embryonnaires, le clonage humain, l’euthanasie, le suicide assisté et autres offenses contre la vie ». Mais parallèlement, au nom de la charité chrétienne et peut-être aussi en raison des liens forts et anciens qu’ils entretiennent avec le Mexique, les Chevaliers ont aussi pris une position prônant la bienveillance et l’indulgence sur la difficile question de l’immigration illégale qui est actuellement l’objet de vifs débats aux États-Unis.

Description de l'image par IA : Logo avec bouclier stylisé, texte "Chevaliers de Colomb" et devise "Au service de un, au service de tous."

Carl A. Anderson, Chevalier Suprême des Chevaliers de Colomb

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Carl A. Anderson, Chevalier Suprême des Chevaliers de Colomb

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8Fiers de leur histoire, les Chevaliers de Colomb ont fêté avec pompe, en 2007, le 125e anniversaire de la création de l’Ordre. Avec leur 1,7 million de membres, ils se présentent aujourd’hui comme le plus important mouvement de laïcs catholiques du monde. Le treizième « Chevalier Suprême » est depuis 2000, Carl A. Anderson (né en 1951), un avocat qui est aussi diplômé de philosophie, mais qui a été plusieurs années l’un des conseillers du Président Ronald Reagan – il lui a d’ailleurs rendu un vibrant hommage public lors de son décès en 2004. Après son départ de la Maison-Blanche, il a enseigné la philosophie dans les universités catholiques tant aux États-Unis qu’à Rome. Il est aussi devenu responsable du secteur de la public policy des Chevaliers de Colomb. L’Ordre a toujours veillé à entretenir des relations étroites avec l’Église. De par son importance numérique et son rôle dans les paroisses, il est depuis longtemps bien connu de la hiérarchie américaine. Il semble que, depuis quelques années, il développe sa présence à Rome. Ainsi le Chevalier Suprême, Carl A. Anderson, vient-il d’être nommé conseiller au Conseil pontifical pour les communications sociales par le pape Benoît XVI, mais il est également membre du Conseil pontifical pour le laïcat et conseiller tant du Conseil pontifical pour la famille que du Conseil pontifical Justice et Paix. Il est également le seul laïc d’Amérique du Nord à agir comme auditeur lors des deux derniers synodes des évêques, en octobre 2001 et octobre 2005. En 1998, le pape Jean-Paul II l’avait nommé membre de l’Académie pontificale pour la vie. Un autre mouvement semble aussi s’être dessiné. Jusqu’à présent, l’Ordre se considérait comme essentiellement américain. Depuis l’affaire mexicaine des années 1920, il s’était implanté dans la plupart des pays du continent, du Canada à l’Amérique du Sud, mais il n’avait jamais porté ses regards au-delà du Nouveau Monde. À la convention de 2005, il a été « décidé, pour la première fois, d’établir l’Ordre en Europe [8] ». Le premier pays sur lequel a été porté l’effort est la Pologne. En juin 2006, six Conseils ont été créés et deux cent cinquante polonais ont reçu l’initiation au premier degré. La Pologne a été érigée en « territoire », première entité administrative dans l’administration des Chevaliers de Colomb. Il est difficile d’imaginer que cette décision du « plus important mouvement de laïcs catholiques du monde » ait été prise sans l’accord, voire sans des échanges approfondis, avec la hiérarchie de l’Église romaine. On a vu quel était le type d’actions qu’entreprenaient les Chevaliers de Colomb en matière de public policy, et l’on connaît les longs et vifs débats auxquels ont donné lieu certains aspects des textes constitutionnels de l’Union Européenne.


Date de mise en ligne : 01/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.281.0063