France-Hongrie, 16 mars 1939 : une certaine idée de la France
Pages 102 à 107
Citer cet article
- DA ROCHA CARNEIRO, François,
- Da Rocha Carneiro, François.
- Da Rocha Carneiro, F.
https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.16838
Citer cet article
- Da Rocha Carneiro, F.
- Da Rocha Carneiro, François.
- DA ROCHA CARNEIRO, François,
https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.16838
Notes
-
[1]
Le match s’achève sur un score nul (2-2).
-
[2]
Archives de la Fédération française de football, procès-verbal du Bureau fédéral, séance du 13 mars 1939, vol. 24 octobre 1938 – 21 juillet 1939, p. 136.
-
[3]
Juliec Da Rui, « Mes joies, mes peines sous l’emprise du ballon rond », in But, 12 juin 1946.
-
[4]
Catherine Nicault, François Virag, Ronald Virag, « Edmond Virag, dit Eddy Weiskopf, international de football (Kijpest, Wekerletelep, banlieue de Budapest, 22 octobre 1911 Neuilly-sur-Seine, 10 mai 1996) », in Archives juives, vol. 41, n° 2, 2008, pp. 141-145.
-
[5]
Le cas yougoslave est, parmi d’autres, depuis longtemps documenté : Pierre Lanfranchi, « Les footballeurs-étudiants yougoslaves en Languedoc (1925-1935) », in Sport-Histoire, n° 3, 1989, pp. 43-55.
-
[6]
Alfred Wahl, Pierre Lanfranchi, Les footballeurs professionnels des années trente à nos jours, Paris, Hachette, 1995, en particulier pp. 62-63.
-
[7]
Philippe Doré, « Enseignements de France-Hongrie », in L’Action Française, 22 mars 1939.
-
[8]
François da Rocha Carneiro, « Des crampons et des mots : Gabriel Hanot (1889-1968), éminence grise du football français », in Manuel Schotté, Joris Vincent (dir.), Le sport et ses pouvoirs, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2020, pp. 77-90.
-
[9]
Lucien Dubech, « L’armée de la France », in L’Action Française, 1er mars 1939.
-
[10]
Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Grasset, 2002, pp. 90-93.
-
[11]
Marie-Claude Blanc-Chaléard, Histoire de l’immigration, Paris, La Découverte, 2001, p. 51.
-
[12]
Patrick Weil, op. cit., p. 90.
-
[13]
Marie-Claude Blanc-Chaléard, op. cit., p. 52.
-
[14]
« Nationalité française », in Marianne Amar, Pierre Milza, L’immigration en France au XXe siècle, Paris, Armand Colin, 1990, p. 221.
-
[15]
Yvan Gastaut, « Auguste Jordan, un Autrichien sous le maillot tricolore au temps des années noires », in Claude Boli, Yvan Gastaut, Fabrice Grognet (dir.), Allez la France ! Football et immigration, Paris, Gallimard/Cité nationale de l’histoire de l’immigration/Musée national du sport, 2010, p. 125.
-
[16]
Lucien Dubech, « Jordan », in L’Action Française, 10 mars 1937.
-
[17]
Par exemple Claude Boli, « Raoul Diagne, premier Noir en bleu », in Claude Boli, Yvan Gastaut, Fabrice Grognet (dir.), op. cit., p. 151.
-
[18]
Pendant l’Occupation, Raoul Diagne s’associe avec Edmond Weiskopf et ouvre un café à Annecy, avant que son partenaire et sa famille ne soient dénoncés. Voir Catherine Nicault, François Virag, Ronald Virag,op. cit.
-
[19]
Il est réputé comme étant né tantôt en 1914, tantôt en 1917.
-
[20]
François da Rocha Carneiro, Une histoire de France en crampons, Bordeaux, éd. du Détour, 2022, pp. 164-176.
-
[21]
L’attaquant Émile Veinante voit en lui « le meilleur footballeur de France » (L’Auto, 23 janvier 1939).
-
[22]
Claude Boli, « Ben Barek, le footballeur et l’indigène », in Claude Boli, Yvan Gastaut, Fabrice Grognet (dir.), op. cit., p. 148.
-
[23]
Il n’est néanmoins pas retenu pour le dernier match de la saison, disputé en mai 1939 contre l’équipe du Pays de Galles.
-
[24]
Paul Dietschy, « Le ballon Allen de la Coupe du monde 1938 », in Football(s). Histoire, culture, économie, société, n° 1, 2022, pp. 171-177.
-
[25]
Moritz Neuffer, « Laurent Di Lorto, le gardien de but “pas italien le moins du monde” », in Claude Boli, Yvan Gastaut, Fabrice Grognet (dir.), op. cit., p. 54.
-
[26]
Le terme, qui désigne initialement les Italiens vivant hors de la péninsule, est utilisé pour les footballeurs sud-américains employés dans les clubs transalpins et pouvant endosser le maillot de la Squadra Azzura après avoir porté celui de l’Argentine ou de l’Uruguay. Par extension, et parce que leur cas est particulièrement similaire, la presse transpose parfois cette expression aux joueurs d’Amérique latine descendants de Français et évoluant dans le championnat de France tout en bénéficiant de la nationalité française.
-
[27]
Lucien Gamblin, « Diagne et Veinante pourront-ils jouer contre la Hongrie ? », in L’Auto, 13 mars 1939.
-
[28]
Marc Barreaud, Dictionnaire des footballeurs étrangers du championnat professionnel français (1932-1997), Paris, L’Harmattan, 1998, p. 18.
-
[29]
Renaud Meltz, La France des années 1930, Paris, Folio, op. cit., p. 173.
1 Jeudi 16 mars 1939, en ce jour de mi-Carême, le match de football entre l’équipe de France et son homologue hongroise n’occupe pas les premières pages de la presse française. La veille, « un pays a disparu de la carte d’Europe » comme le titre Le Petit Parisien à propos de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les armées du Reich. Face aux conséquences géopolitiques de l’impérialisme nazi, les footballeurs français qui se présentent alors au Parc des Princes constituent, malgré eux, la vitrine d’une démocratie libérale aux abois.
2 Comme il est d’usage pour une rencontre internationale, les joueurs de l’équipe de France sont appelés à prendre la pose pour une photographie d’avant-match. Le moment est traditionnel mais ne participe pas pour autant d’un cérémonial qu’il conviendrait de respecter scrupuleusement. On aperçoit ainsi l’arbitre désigné pour cette confrontation, l’anglais Walter Lewington, en train de discuter avec un interlocuteur que l’allure pourrait permettre d’identifier comme étant Georges Bayrou, dirigeant du FC Sète, membre du bureau fédéral et lui-même ancien international, sélectionné lors des Jeux olympiques de Londres en 1908. En y prêtant attention, on aperçoit également à leurs côtés une jambe qui traîne vêtue d’un short noir et d’une chaussure dotée de lacets blancs. À elle seule, elle mériterait une enquête qui nécessiterait de réfléchir sur la construction de l’image.
Des immigrés aux postes clés
3 Onze hommes, à peine sortis du vestiaire, posent donc devant l’objectif. Leurs tenues immaculées confirment le moment, avant que les efforts de la rencontre ne laissent des traces [1]. Depuis quelques jours, la composition de l’équipe est connue de tous. Proposée par le sélectionneur Gaston Barreau, approuvée par le bureau fédéral lors de sa réunion du 13 mars [2], elle n’innove guère. Seuls deux néophytes font leurs premiers pas ce jour-là dans une formation nationale qui conserve son armature de la saison. Le gardien de but de l’Olympique lillois Julien Da Rui, fort de ses exploits en championnat de France, est préféré à son rival de l’AS Saint-Étienne, René Llense, en baisse de forme depuis quelques semaines. Conscrit au 3e Régiment de génie d’Arras, Julien Da Rui, reconnaissable sur la photographie par le pull foncé qui le distingue de ses dix partenaires, tient alors également les cages de l’équipe de France militaire avec qui il a joué contre la sélection de l’armée belge une semaine plus tôt. Né en 1916 à Oberkorn, dans le Grand-Duché de Luxembourg, il est le fils d’immigrés italiens venus de Vénétie pour travailler dans les mines de fer de Differdange, avant de s’installer à la fin de la Première Guerre mondiale à quelques kilomètres de là, de l’autre côté de la frontière, à Audun-le-Tiche [3]. Quant à Edmond Weiskopf, le dernier joueur accroupi à droite sur la photographie, il est né en 1911 en Hongrie [4]. Footballeur professionnel au sein du MTK de Budapest, club issu de la communauté juive à laquelle il appartient, il a été remarqué par l’Hakoah de Vienne où il a signé en 1931. Il a rejoint le championnat de France en 1934, d’abord au sein du FC Sète puis, en 1936, à l’Olympique de Marseille. Naturalisé français en 1938, il a été transféré la même année au FC Metz, où il évolue sur l’aile gauche de l’attaque.
4 Le football de la Belle époque était marqué par les débats autour de l’amateurisme-marron : officiellement amateurs, nombre de footballeurs vivaient en réalité de l’exercice de leur sport, grâce à des clubs qui tiraient bénéfice à attirer les sportifs les plus performants. Parmi eux, plusieurs venaient de l’étranger et arrivèrent en France pour évoluer dans ces équipes aussi ambitieuses qu’illégales, parfois sous couvert d’autres activités [5]. L’adoption du professionnalisme et la création du championnat en 1932 ont incité les dirigeants à élargir le bassin de recrutement [6]. Alors que le tropisme des îles britanniques était fort dans les années 1920, la décennie suivante a vu se développer le recours aux sportifs d’Europe centrale, performants mais beaucoup moins exigeants financièrement. Edmond Weiskopf figure parmi ces travailleurs immigrés d’un football salarié qui vit encore ses premières années comme pratique autorisée. Jouissant d’une réputation de joueur rapide, discipliné et sympathique, il doit sa sélection à la fatigue du titulaire du poste, Émile Veinante.
5 La voici donc, la relève appelée à renouveler une équipe représentant le football français face à la sélection hongroise : un fils d’immigrés italiens né au Luxembourg et un Juif hongrois naturalisé, arrivé en France pour vivre de son activité sportive. Si on se fie à la presse du moment, l’extrême droite n’y trouve guère à redire. C’est à peine si L’Action Française explique les maladresses d’Edmond Weiskopf lors du match à l’aune de ses origines : « Il est certain que Weiskopf a fait de son mieux. Ce n’est pas lui qui est responsable, ce sont ceux qui lui ont imposé cette tâche inhumaine. […] Le pauvre Weiskopf, contraint à jouer les traîtres, n’était pas à la noce. On se met à sa place [7]. »
6 Bien moins que l’arrivée de ces deux nouvelles recrues, c’est la politique mise en place par le sélectionneur Gaston Barreau et son conseiller officieux Gabriel Hanot [8] qui est dénoncée, ce dernier ayant, aux yeux du quotidien royaliste, « embrassé la très mauvaise cause des étrangers naturalisés [9] », tandis que les débats autour de la nationalité restent vivaces [10]. Les poussées xénophobes des années 1930 ont fragilisé la situation des naturalisés, dont le nombre a crû considérablement à l’issue de la loi de 1927, et qui étaient volontiers soupçonnés de n’être que des « Français de papier [11] ». Alors que, depuis le début de la décennie, les professions libérales, en particulier avocats et médecins, ont obtenu la restriction d’accès pour leurs confrères venus de l’étranger, fussent-ils citoyens français, le décret-loi du 12 novembre 1938 complique sensiblement le Code de la nationalité [12]. À l’approche de la guerre, la naturalisation de jeunes gens ou de parents ayant des fils mineurs était privilégiée en vue d’une possible mobilisation des armées [13], ce qui prolongeait la volonté du Front populaire de « vouloir accélérer la naturalisation des hommes jeunes, sains de corps et d’esprit [14] » ne pouvant échapper à la conscription.
Soupçons sur les joueurs naturalisés
7 La violente campagne dont Gusti Jordan a été victime quelques mois avant que ne soit prise cette photographie s’inscrit dans ce contexte de méfiance à l’égard des Français « de fraîche date ». Ce 16 mars 1939, il pose légèrement de profil, ce qui ne suffit pas à cacher le large pansement qui recouvre sa joue à la suite de l’opération d’un abcès subie en urgence la veille du match. Au cas où il ne serait pas remis à temps, les dirigeants avaient fait venir au dernier moment le Messin Charles Fosset pour le suppléer, mais on ne remplace pas aussi aisément Gusti Jordan. En un peu plus d’un an, il est devenu une figure indispensable de l’équipe de France. Né à Linz en 1909, il a été recruté en 1933 par le Racing Club de Paris. Sa naturalisation était envisagée dès 1936, ce qui aurait eu pour effet de libérer une place de joueur étranger autorisé à évoluer dans son club. Alors que Gaston Barreau se montrait réticent à mettre en place le schéma tactique du WM (la disposition des joueurs sur le terrain dessine ces deux lettres entrecroisées), il pouvait ainsi compter sur un spécialiste du poste de « policeman », comme on considère alors l’ancien avant-centre devenu demi-centre [15], poste auquel aucun footballeur français n’est parvenu à s’imposer. En mars 1937, Lucien Dubech, qui signe à la fois à L’Auto et à L’Action Française, a publié un article portant le nom du joueur dans le journal monarchiste [16]. Il accusait le joueur autrichien d’être un mercenaire, reprenant une rumeur selon laquelle il aurait négocié, auprès de son club, sa démarche de naturalisation contre 50 000 francs. L’article en faisait le symbole du football des naturalisés dans la France du Front populaire, concluant plusieurs de ses paragraphes par la formule : « c’est avec ça qu’on fabrique des Français en démocratie ». Le décret de naturalisation publié le 9 janvier 1938 et la proximité du match contre l’équipe de Belgique à la fin du même mois ont ravivé la polémique, ce qui n'a pas empêché Gusti Jordan de devenir indéboulonnable au sein du milieu de terrain français.
8 L’ancien joueur du Linzer ASK est entouré sur la photographie par deux Nordistes. En se mettant de profil, il tourne légèrement le dos à François Bourbotte, demi du SC Fives, dont le père est tombé dans les combats d’Argonne en 1915, et se trouve à côté du défenseur de l’Olympique lillois, Jules Vandooren, natif d’Armentières mais réfugié avec sa famille en banlieue parisienne durant la Première Guerre mondiale. Un autre défenseur venu d’une région frontalière pose près de lui : le Belfortain Étienne Mattler, qui évolue au FC Sochaux-Montbéliard, détient alors le record de sélections en équipe de France, formation dont il est le capitaine. Enfin, un autre demi du RC Paris, Raoul Diagne, termine cette ligne. Sélectionné depuis 1931, il est le premier footballeur de couleur retenu en équipe de France. C’est souvent d’ailleurs cette caractéristique qu’on retient de lui [17]. Mais s’il est le premier originaire d’Afrique, il est aussi néanmoins l’un des derniers représentants d’un groupe social, celui des joueurs issus des élites. Son père n’est autre, en effet, que Blaise Diagne qui, au moment où son fils inaugure sa carrière internationale, occupe le poste de sous-secrétaire d’État aux Colonies [18].
9 Raoul Diagne, Gusti Jordan et Edmond Weiskopf sont trois des quatre joueurs accusés par L’Action Française d’être « étrangers à la race française ». Le quatrième, Larbi Ben Barek, les mains posées sur un ballon, est accroupi à côté du Racingman Alfred Aston, dont le père était anglais. Né au Maroc à une date incertaine [19], il a joué pour l’Union sportive marocaine de Casablanca, avant d’être transféré à l’Olympique de Marseille en 1938. Il a rapidement rejoint l’équipe de France avec qui il a débuté en décembre 1938 à Naples [20]. Considéré comme l’un des meilleurs joueurs de son temps [21], il est surnommé « la Perle Noire » à partir de février 1939 [22]. Sans parler des Européens d’Afrique du Nord, présents depuis 1924 en sélection, Larbi Ben Barek n’est pas le premier joueur d’Afrique du Nord sélectionné. D’autres footballeurs « indigènes » l’ont précédé en équipe de France, tels Ali Benouna ou Abdelkader Ben Bouali, mais aucun n’était parvenu à s’imposer comme titulaire indiscutable. En disputant sa quatrième rencontre internationale d’affilée, Larbi Ben Barek figure dans l’équipe-type de la saison [23]. Ce n’est pas le cas de son voisin qui tient le ballon de la marque Allen [24] : en affrontant la Hongrie en mars 1939, l’attaquant franco-suisse du FC Sochaux-Montbéliard né à Genève, Roger Courtois, fait son retour dans une équipe de France dont il était resté éloigné plusieurs mois. Enfin, entre Roger Courtois et Edmond Weiskopf, un quatrième joueur du RC Paris pose accroupi : l’inamovible attaquant Oscar Heisserer, né le 18 juillet 1914 à Schirrhein, dans une Alsace qui appartenait encore au Reich.
Une diversité constitutive du football professionnel français
10 La sélection de ces onze joueurs photographiés avant la rencontre écarte de fait leurs concurrents. Gaston Barreau a pris soin de choisir quelques remplaçants susceptibles de suppléer aux éventuelles blessures des uns et des autres. Outre Charles Fosset, appelé au dernier moment pour faire face au possible forfait de Gusti Jordan, le sélectionneur a appelé en soutien l’Oranais Michel Brusseaux qui évolue au FC Sète, son partenaire de club Roland Schmitt, le gardien de but sochalien Laurent Di Lorto, souvent pris pour un Italien alors qu’il est de Martigues [25], et Jules Mathé, hongrois naturalisé. La naturalisation récente de Désiré Koranyi, dont le frère aîné, Louis, figure dans la défense hongroise ce jour-là, permet d’ouvrir la porte vers une sélection pour le prometteur avant sétois. Enfin, la méforme d’Alfred Aston a pu faire resurgir le nom de deux joueurs capables d’évoluer à l’aile droite de l’attaque : l’ancien mineur de Lens, Edmond Novicki (SC Fives), né en 1912 en Silésie, dans la partie polonaise du Reich et un des oriundi [26] cisalpins, ce fils de Français émigré en Amérique latine, le franco-argentin Miguel Lauri (FC Sochaux-Montbéliard) [27].
11 Le recrutement diversifié des joueurs de l’équipe de France où se mêlent immigrés naturalisés, descendants d’immigrés, binationaux et représentants de l’Empire colonial caractérise bien sûr la pratique du football en France en cette fin des années 1930. Si les équipes professionnelles ne peuvent plus aligner que deux joueurs étrangers dans un même match à partir de la saison 1938-1939, contre quatre lors du premier championnat en 1932-1933, les clubs français de première division en comptent encore en moyenne 5,38 dans leur effectif à la veille de la guerre [28]. Ces chiffres ne tiennent évidemment pas compte des sportifs naturalisés, ni de ceux venus des colonies. La diversité semble donc éminemment constitutive du football professionnel français des années 1930. Cette particularité, manifeste dans l’équipe de France qui s’apprête à rencontrer son adversaire hongrois ce 16 mars 1939, oblige à porter le regard au-delà des limites du terrain, tant elle s’oppose alors à la « rhétorique xénophobe [qui] ajoute de nouvelles cibles au travailleur immigré européen : le travailleur colonial et le Juif [29] ». Cette formation sportive constitue à elle seule une traduction en action(s) de l’idée de nation dans la France démocratique. Plus de sept mois avant son enregistrement par Maurice Chevalier, on pourrait voir dans ce portrait de groupe la strophe manquante de la célèbre chanson « Ça fait d’excellents Français », des Français aux origines et parcours variés pour qui la République pourrait apparaître comme « encore le meilleur régime ici-bas ».
Mots-clés éditeurs : 1939, archive, équipe de France, football
Date de mise en ligne : 26/04/2024
https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.16838