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Article de revue

« La diversité est une richesse »

Pages 180 à 183

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  • Entretien avec Lam, K.,
  • réalisé par Bartolo, S.
(2023). « La diversité est une richesse » Hommes & Migrations, 1343(4), 180-183. https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.16078.

  • Entretien avec Lam, Kei.,
  • et al.
« “La diversité est une richesse” ». Hommes & Migrations, 2023/4 n° 1343, 2023. p.180-183. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2023-4-page-180?lang=fr.

  • Entretien avec LAM, Kei,
  • réalisé par BARTOLO, Stéphanie,
2023. « La diversité est une richesse » Hommes & Migrations, 2023/4 n° 1343, p.180-183. DOI : 10.4000/hommesmigrations.16078. URL : https://shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2023-4-page-180?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.16078


1 Responsable des événements littérature et cinéma, Musée national de l’histoire de l’immigration

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Hommes & Migrations : Vous avez évoqué à plusieurs reprises l’absence de représentations de personnes asiatiques dans la bande-dessinée – et plus largement dans les arts visuels – et la difficulté, liée, de s’affirmer sans modèle. Faut-il lire dans Banana Girl et Les saveurs du béton la nécessité de pallier les manques ?
Kei Lam : Si vous êtes capables de me citer plusieurs personnes asiatiques reconnues par le grand public en France à part Bruce Lee ou Jacky Chan, je n’aurais certainement pas ressenti le besoin de pallier ce manque. En tant que petite fille, je n’avais que des modèles de femmes chinoises très sexualisées auxquelles il m’était impossible d’identifier. Je ne suis ni cette femme délicate vêtue d’un qipao fleurie dans In the Mood for Love de Wong Kar-wai, ni cette femme dominatrice en latex incarnée par Lucy Liu dans Charlie et ses drôles de dames, ni la geisha soumise de Rob Marshall… Moi, j’aime les femmes ordinaires, ancrées dans le réel, avec des rêves, des envies, des défauts, des contradictions… et les représentations de la femme asiatique en 2023 en France me semblent encore malheureusement réductrices, étriquées et archaïques. Quand j’écris, quand je crée, j’ai l’impression de réparer ces absences.
H&M : En nous partageant le quotidien de votre famille vous faites œuvre aussi de pédagogie. Vous balayez avec humour les idées reçues sur une communauté souvent fantasmée et témoignez des formes de racisme dont elle fait l’objet. Pour lutter contre cela vous travaillez d’ailleurs aujourd’hui à un ouvrage consacré à l’autodéfense. Pouvez-vous nous en dire plus ?
K. L. : Alors, il faut savoir en préambule que je viens d’une famille chinoise pas du tout politisée. Je suis une personne qui a horreur du conflit et qui cherche à vivre le plus possible dans un monde de bisounours, d’amour et de tendresse. Quand la pandémie est arrivée, j’ai eu un choc. C’était soudain, violent et brutal. C’est comme si la réalité du monde que je voulais fuir, m’avait rattrapée d’un coup, d’un seul. L’actualité et le racisme antichinois ont atteint un tel paroxysme que je ne pouvais faire autrement que de m’y confronter de manière très lucide. Alors j’ai commencé à questionner mon rapport à la violence, à la domination, au racisme... sujets que je n’ai jamais abordés de manière aussi frontale dans mes précédents livres. Je me suis mise en quête. De fil en aiguille, je me suis retrouvée dans un atelier d’auto-défense... Ma troisième BD raconte ce cheminement et ce que j’ai appris. Je dois avouer que c’est un projet qui s’est imposé à moi... un peu malgré moi ! Comme si mes projets de BD n’étaient finalement que des tentatives de réconciliation avec le monde.
H&M : D’autres bandes dessinées et albums souvent autobiographiques paraissent aujourd’hui portés par de jeunes autrices et illustratrices d’origine asiatique : Baume du tigre de Lucie Quéméner en 2020 (Delcourt) où l’on retrouve trois générations de femmes dans une famille d’immigrés chinois, Made in France, chronique d’une famille chinoise à Paris (Les Enfants rouges) publié la même année, ou, plus récemment, Hmong (Delcourt, 2023) de Vicky Lyfoung, l’histoire d’un peuple saisi par le prisme familial, sans oublier Hanbok (L’Apocalypse, 2023) de Sophie Darcq, dans lequel l’autrice, adoptée par une famille française, part à la recherche de ses parents biologiques en Corée… Quel regard portez-vous sur l’émergence de ces nouveaux récits ?
K. L. : Entre la sortie de ma première BD en 2017 et ma deuxième BD en 2021, je vois comment les choses évoluent. Je le vois notamment grâce aux réseaux sociaux. Je suis très heureuse et toujours ravie de découvrir de nouveaux talents. Chaque BD ouvre des possibles. Plus de voix émergent, plus il sera possible de partager nos expériences. Et l’on comprendra qu’il n’y a pas une seule mais plusieurs façons de vivre notre métissage. La différence n’est pas à écarter, au contraire, la diversité est une richesse.
H&M : Vous receviez en 2022 le Prix BD de la Porte Dorée, que représente pour vous ce prix décerné par le Musée national de l’histoire de l’immigration ?
K. L. : J’ai mis beaucoup de temps à réaliser ce qui m’arrivait, le syndrome de l’imposteur est assez tenace chez moi. Même dans mes rêves les plus fous, je ne m’étais pas dit : « Un jour, je recevrai un prix et mes planches de BD seront exposées dans un musée. » Il y a 8 ans, je vous aurais ri au nez. J’avais juste une urgence d’écrire et de dessiner pour moi, très égoïstement. Je ne maîtrise ensuite plus rien... ni de l’accueil du public, ni les récompenses ! À dire vrai, je crois que je suis surtout heureuse pour ma famille, mais aussi pour ma communauté. Ce prix ça ne parle pas de moi ou de mon travail, ce prix c’est une mise en lumière, un coup de projecteur sur nos vies, restées très longtemps tapies dans l’ombre. Le Musée donne la parole aux personnes invisibilisées, stigmatisées et marginalisées. Ce prix fait exister la trajectoire de mes parents et la mienne.


Mots-clés éditeurs : bande dessinée, migration asiatique

Date de mise en ligne : 05/03/2024

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.16078