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Compte rendu

‪Emondo De Amincis, Souvenirs de Paris

Edition d’Alberto Brambilla et Aurélie Gendrat-Claudel, Rue d’Ulm, 2015, 200 pages, 16 €

Pages 158a à 159a

Citer cet article


  • Harzoune, M.
(2015). ‪Emondo De Amincis, Souvenirs de Paris‪ Edition d’Alberto Brambilla et Aurélie Gendrat-Claudel, Rue d’Ulm, 2015, 200 pages, 16 € Hommes & Migrations, 1312(4), 158a-159a. https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.3544.

  • Harzoune, Mustapha.
« ‪Emondo De Amincis, Souvenirs de Paris‪ : Edition d’Alberto Brambilla et Aurélie Gendrat-Claudel, Rue d’Ulm, 2015, 200 pages, 16 € ». Hommes & Migrations, 2015/4 n° 1312, 2015. p.158a-159a. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2015-4-page-158a?lang=fr.

  • HARZOUNE, Mustapha,
2015. ‪Emondo De Amincis, Souvenirs de Paris‪ Edition d’Alberto Brambilla et Aurélie Gendrat-Claudel, Rue d’Ulm, 2015, 200 pages, 16 € Hommes & Migrations, 2015/4 n° 1312, p.158a-159a. DOI : 10.4000/hommesmigrations.3544. URL : https://shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2015-4-page-158a?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.3544


1 Écrivain italien, journaliste et reporter, Edmondo De Amicis s’en vient, en juin 1878, à Paris visiter l’Exposition universelle. Cela sera l’occasion d’expédier à son journal une série d’articles sur la manifestation et sur la ville. Regard italien, enthousiaste et malicieux, admiratif et critique sur la capitale française, celle des beaux quartiers et des mondains et sur ces Parisiens de la seconde moitié du XIXe siècle.

2 En 1879, ces articles sont rassemblés sous le titre Ricordi di Parigi, souvenirs ici édités, commentés en postface par Alberto Brambilla (Paris-Sorbonne) et Aurélie Gendrat-Claudel (maître de conférences à Paris-Sorbonne) et mis en perspective biographique, littéraire, épistolaire, grâce à la correspondance parisienne de l’auteur.

3 « On ne voit jamais Paris pour la première fois, on le revoit », écrit Edmondo De Amicis, qui retrouve les lieux et les personnages des romans et des romanciers qu’il a lus et admire, à commencer par Zola qu’il visitera et qui lui déclarera son amour pour le pays de son père. Débarqué à la gare de Lyon, il va par la Bastille, les boulevards Beaumarchais et du Temple, puis les Grands Boulevards en direction de la Madeleine et de la Concorde. À Notre-Dame, il grimpe à l’une des tours : « Il faut au moins les dominer, ces villes monstrueuses, de la seule façon par nous possible, du regard. » C’est de loin et haut perché qu’il distingue les « faubourgs énormes, entassés sur les hauteurs, comme des bataillons prêts à descendre, pleins de tristesses et de menaces ».

4 Au ras des pavés, le voyageur se noie dans l’immensité et le tourbillon de la ville. La foule y est disparate, diverse, le cosmopolisme est pour l’heure tout occidental. Les chaussées sont déjà encombrées – on n’ose parler d’embouteillages –, et les « réclames » envahissantes au point que « le ciel lui-même n’est pas libre » et « qu’en marchant une heure, on lit, à son corps défendant, un demi-volume ». Paris fourmille, se bouscule, frémit, « ce n’est qu’un va-et-vient ». Et à l’heure où la lumière du jour baisse, « la nuit de Paris, chargée de folies et de péchés, prépare ses célèbres embûches ».

5 Le Parisien goûte les plaisirs, la « légèreté », « la blague », le champagne : « Alors avec quel élan nous saluons le grand Paris, l’hôte aimable et généreux qui à tous ouvre ses bras et distribue en riant les baisers, l’or et les idées, et ravive dans tous les cœurs, avec son souffle juvénile, le désir de la gloire et l’amour de la vie ! »

6 Mais, après « la lune de miel », « le moment arrive où la ville devient antipathique ». De Amicis écrit alors au lance-flammes ! Le style flamboyant mêle le vitriol à la drôlerie. L’observation y est fine et à la loupe. Les avis, près de cent quarante ans plus tard, ne manquent pas de pertinence. Tout y passe. Le sourire de la propriétaire, la vanité des concierges, l’impertinence des serveurs de café, la grossièreté des cochers… Les plaisirs sont devenus les vices d’une « ville dévergondée ». Tout n’est que saletés et laideurs ! Femmes et hommes mêlés. L’Italien raille cette démocratie où le prestige du pouvoir reste intact, où percent les relents aristocratiques de l’Ancien Régime, où les citoyens sont des moutons de Panurge. Ici, les littérateurs ne sont pas les derniers : « Où a-t-on vu une littérature plus amoureuse du blason, des écrivains qui salivent avec tant de candeur au son d’un titre de noblesse (…) » ? « La vanité les empeste tous ». Les manies de faire de l’esprit finissent par « châtrer la pensée » dans ce Paris où « tout est dominé et gâté par la manie de la pose ». C’est dit !

7 Après avoir « vidé son sac », notre Italien revient à de meilleurs sentiments car « Paris lui-même vous offre mille échappatoires à ses dangers et mille remèdes à ses fièvres ». Indulgent aussi, car il faut « vous mettre à la place d’un peuple qui se voit singé par tout l’univers ».


Date de mise en ligne : 03/06/2016

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.3544