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Article de revue

‪Linda Lê, Par ailleurs (exils)

Paris, Christian Bourgois, 2014, 13 €.

Pages 196 à 197

Citer cet article


  • Harzoune, M.
(2014). ‪Linda Lê, Par ailleurs (exils)‪ Paris, Christian Bourgois, 2014, 13 €. Hommes & Migrations, 1308(4), 196-197. https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.3041.

  • Harzoune, Mustapha.
« ‪Linda Lê, Par ailleurs (exils)‪ : Paris, Christian Bourgois, 2014, 13 €. ». Hommes & Migrations, 2014/4 n° 1308, 2014. p.196-197. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2014-4-page-196?lang=fr.

  • HARZOUNE, Mustapha,
2014. ‪Linda Lê, Par ailleurs (exils)‪ Paris, Christian Bourgois, 2014, 13 €. Hommes & Migrations, 2014/4 n° 1308, p.196-197. DOI : 10.4000/hommesmigrations.3041. URL : https://shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2014-4-page-196?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.3041


1 L’exil, les exilés !, sont au cœur de la modernité, du métissage des consciences et du devenir planétaire. “Ces oiseaux de passage migrent d’un espace imaginaire à un autre, leur univers est bipolaire, leur âme flotte incertaine entre des étendues distinctes, entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud. Ils ne subsistent en terre étrangère qu’en s’efforçant d’échapper à tout catalogage. Sans renier leurs origines, ils sont des hybrides, à cheval sur deux mondes (…). Ils font de leur appétit de savoir un moyen de s’affranchir d’un trop grand enracinement dans le sol natal qui contrarie le développement intellectuel. Ils sont les porte-drapeaux des inquiets et des inassouvis, dépourvus d’axe central, inaptes aux conquêtes, masquant tant bien que mal leurs manques, mais à leur manière, ils sont des agents de la subversion. (…) Déplacés, hétérodoxes, ils soulèvent des questions intempestives, telles que le non à la morale figée, à la dictature de la normalité.” L’époque est et sera demain celle des réfugiés, des déplacements de populations, des migrations tous azimuts, des métissages et des inventions d’identités nouvelles. “Cioran prédisait même qu’elle serait celle du romantisme des apatrides : ‘déjà se forme l’image d’un univers où plus personne n’aura droit de cité. (…) Dans tout citoyen d’aujourd’hui gît un métèque futur’.” Linda Lê ouvre sa bibliothèque. Il faut la suivre.

2 Qui sont-ils ces exilés par Linda Lê réunis dans ce recueil de textes, dans lesquels elle met en perspective les œuvres, les thèmes et ses auteurs de prédilection ? Qui sont-elles ces figures non pas de l’exil mais des exils ? Il y a les déracinés, les migrants de toutes sortes et de tout acabit. Il y a les exilés de l’intérieur, dans leur propre pays. Ceux qui refusent de céder une once de leur liberté. Ils résistent ! Au colonialisme, au stalinisme ou au nazisme. Ici figurent aussi les rebelles aux “mystifications collectives”, celles qui courent le monde. Enfin, il y a l’exil de l’artiste, seul, travaillé par “l’intranquillité” de la création et des veilles.

3 Pour parler de ces exils, Linda Lê a convoqué près de soixante écrivains. Autant de trajectoires biographiques, souvent sombres, et d’œuvres, qui conduisent à serpenter sur des chemins de résistance. Chacun est gratifié de sa notice, riche en commentaires et opportunes citations. Notices sensibles et indispensables pour mieux appréhender la marche, chaotique, du monde.

4 De quoi s’agit-il ? D’une longue réflexion sur la peur instinctive de l’Autre, sur la singularité de l’exilé, sur l’altérité comme un voyage vers soi-même, sur l’errance, le cheminement, l’instabilité, le contretemps, la fantaisie et la déraison, sur les métissages et les sang-mêlé, ces “abrégés de l’univers”. Sur l’écriture aussi, comme nouveau lieu d’habitation. “L’artiste en rupture” serait “un visionnaire” et l’écrivain n’aurait ou ne devrait avoir “pour mission de ne s’adresser qu’à l’individu, de région profonde à région profonde”.


Date de mise en ligne : 16/07/2015

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.3041