S'abonner
Article de revue

Mourad Boudjellal (avec Arnaud Ramsay), Ma mauvaise réputation,

Paris, La Martinière, 2013, 256 p., 18 €.

Pages 210 à 211

Citer cet article


  • Harzoune, M.
(2013). Mourad Boudjellal (avec Arnaud Ramsay), Ma mauvaise réputation, Paris, La Martinière, 2013, 256 p., 18 €. Hommes & Migrations, 1303(3), 210-211. https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.2616.

  • Harzoune, Mustapha.
« Mourad Boudjellal (avec Arnaud Ramsay), Ma mauvaise réputation, : Paris, La Martinière, 2013, 256 p., 18 €. ». Hommes & Migrations, 2013/3 n° 1303, 2013. p.210-211. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2013-3-page-210?lang=fr.

  • HARZOUNE, Mustapha,
2013. Mourad Boudjellal (avec Arnaud Ramsay), Ma mauvaise réputation, Paris, La Martinière, 2013, 256 p., 18 €. Hommes & Migrations, 2013/3 n° 1303, p.210-211. DOI : 10.4000/hommesmigrations.2616. URL : https://shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2013-3-page-210?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.2616


1Fils d’immigrés aux origines algérienne et arménienne, éditeur de BD, anar tendance Brassens, patron du Rugby Club Toulonnais, homme d’action et d’engagement, Mourad Boudjellal se veut un homme libre, “un vendeur de bonheur”, un entrepreneur que “le passé [n]’intéresse pas”. Cette autobiographie, qui regorge de bons mots, souvent assassins, esquisse les recompositions de la société française et du monde. Quant aux raisons de s’agacer, elles mollissent, devant la sensibilité d’une grande gueule qui cultive son personnage : “Comme Brassens, j’ai mauvaise réputation. Je le sais. J’en joue. […] Je suis un sauvage, qui ne s’embarrasse pas de fioritures.

2Boudjellal gère le RCT en patron soucieux d’efficacité, d’image, de “rendement”, de “buzz”, d’anticipation. Adepte du “professionnalisme”, il charge le rugby pépère de papa. L’entrepreneur serait un “créateur d’emplois” et “les politiques”, des “ratés de l’entreprise” qui “dilapident la monnaie”. La petite musique est connue. Pourtant, Mourad Boudjellal, que le syndicalisme “gonfle”, revendique “une sensibilité de gauche”. Lui qui visite sa maman, Zakia, cinq fois par semaine et qui n’a pas “oublié les moments où je partageais une bouteille de Fanta à quatre avec mes sœurs et frère”, ne peut ignorer que la société ne se limite pas aux seuls élus des tranches supérieures d’imposition.

3À l’instar d’un Driss Chraïbi, il “ne supporte pas la notion de race”. “Je me bats pour cette raison contre le système du JIFF, cette règle imposant au club d’avoir dans son effectif […] 55 % de joueurs issus des filières de formation. […] Nous véhiculons des idées qui peuvent avoir de l’influence chez les adolescents. Et je n’aime pas le message qui dit à un gamin qu’un étranger pourrait prendre sa place […]. Je suis un habitant de la planète Terre, point. Je me fous de savoir où est né Untel ou Untel, tant qu’il vit les choses avec la même force et passion que moi.

4La France et le monde ont changé ! Qu’on en finesse, dit Boudjellal, avec la charité des uns, la bonne conscience des autres et le “fonds de commerce” des “touche pas à mon pote”, la reconnaissance de l’Autre distillée du bout des lèvres, avec un soupçon d’exotisme (“Tiens, toi tu dois savoir où manger un bon couscous !”), qui vous tient à bonne distance. Fatigué du racisme, subi de père en fils. Ras-le-bol des enfermements religieux : “Je suis arabe mais je ne suis ni musulman, ni chrétien : je suis athée intégriste ! Les musulmans m’emmerdent autant que les chrétiens.” Exit les simagrées des stars footballistiques ou autres : “Les Nasri ou Benzema représentent trop dans les cités pour ne pas assumer leur rôle. […] Ils ne se rendent pas compte de leur dimension sociale. La Marseillaise, ce n’est pas mon truc. Mais si j’étais Nasri ou Benzema, je la chanterais, justement pour ces raisons-là.” Et de comparer avec les États-Unis : “Il existe là-bas des communautés qui ne parlent pas anglais mais le peuple se sent viscéralement américain, et fier de l’être, avec le drapeau déroulé sur le balcon.” À lire Mourad Boudjellal, il serait temps d’accorder les mentalités et les imaginaires à la marche du monde.


Date de mise en ligne : 21/06/2014

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.2616