Jimmy Rivière
Film français de Teddy Lussi-Modeste
- Par André Videau
Pages 154 à 155
Citer cet article
- VIDEAU, André,
- Videau, André.
- Videau, A.
https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.701
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- Videau, André.
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https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.701
1Comme dirait l’autre, ils sont plus “un sujet de préoccupation sociétale, qu’une source d’inspiration cinématographique”. Bien sûr, on peut citer avec emphase les grandes exceptions avec Tony Gatlif, Gitan natif de la Casbah d’Alger, et Emir Kusturica, Serbe tumultueux et prolixe. Tous deux attachés aux périples et aux destinées des “gens du voyage” et surtout fous de leurs musiques et de leurs coutumes auxquelles le succès a donné une audience internationale.
2Si, avec ces deux exemples, la qualité est présente, faite de création et d’authenticité, la quantité fait défaut. On cherche vainement la trace d’un cinéma manouche ou bohème ou nomade ou comme on voudra. Voilà pourquoi il faut considérer avec attention (et indulgence) l’essai un peu raté de Jimmy Rivière, premier long-métrage de Teddy Lussi-Modeste, authentique réalisateur passé par la Fémis et issu de la communauté gitane.
3Le vrai mérite de ce cinéma de l’intérieur, filmé sur des aires de stationnement de la région grenobloise, est de ne pas se présenter comme un documentaire démonstratif, revendicatif, de parti pris. Tout en revendiquant ses origines, Teddy Lussi-Modeste récuse d’avance tout rôle de porte-parole ou d’étendard.
4Il a filmé avec vivacité les péripéties d’une histoire survenue parmi les siens autour du personnage-titre. Jimmy Rivière n’a rien d’un leader exemplaire ou charismatique (en dehors d’une physionomie avenante de boys band : le sémillant Guillaume Gouix qui devrait être propulsé plus loin que ses habituels seconds rôles de séries télé). Jimmy a des prédispositions pour la boxe thaï que cherche à exploiter Gina, manager sans scrupules (Béatrice Dalle en erreur de casting). Il aime trop la fête, l’argent facile et les filles, surtout Sonia, une Maghrébine tout feu tout flamme (Hafsia Herzi, toujours explosive). Et puis le voilà touché par la grâce et les sermons de José (Serge Riaboukine, facilement allumé), prédicateur de leur communauté pentecôtiste.
5Autour de lui, les tentations sont puissantes et les interdits coriaces. À quoi va-t-il céder ? Et à quoi résister ?
6Ne cherchons pas l’intérêt du film dans un quelconque rappel de l’actualité (l’offense faite aux Roms par nos instances dirigeantes). Néanmoins, il baigne dans une empathie salutaire en ces temps de stigmatisation. On pourra même y voir à l’œuvre des ferments racistes qui ne sont pas anodins, dépassant l’invective, perturbant l’équilibre entre des groupes sociaux dissemblables et compétitifs. On peut aussi prendre un plaisir simple à une histoire de romanichels romanesques, pieux et libertins.