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Article de revue

Samia Messaoudi et Mehdi Lallaoui, Antillais d'ici, “Les Métro-Caribéens”

Pages 204 à

Citer cet article


  • Harzoune, M.
(2009). Samia Messaoudi et Mehdi Lallaoui, Antillais d'ici, “Les Métro-Caribéens” Hommes & Migrations, 1279(3), 204- . https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.358.

  • Harzoune, Mustapha.
« Samia Messaoudi et Mehdi Lallaoui, Antillais d'ici, “Les Métro-Caribéens” ». Hommes & Migrations, 2009/3 n° 1279, 2009. p.204- . CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2009-3-page-204?lang=fr.

  • HARZOUNE, Mustapha,
2009. Samia Messaoudi et Mehdi Lallaoui, Antillais d'ici, “Les Métro-Caribéens” Hommes & Migrations, 2009/3 n° 1279, p.204- . DOI : 10.4000/hommesmigrations.358. URL : https://shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2009-3-page-204?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.358


1 Samia Messaoudi et Mehdi Lallaoui sont les fondateurs et responsables de l’association éditrice de ce livre, Au nom de la mémoire. C’est aussi le nom de cette collection riche d’une vingtaine de titres portant aussi bien sur les mémoires de l’immigration en général que les mémoires algérienne, kanak, ouvrière, féminine ou celle des quartiers. Il ne s’agit pas de vouer un culte au passé ou de favoriser le repli sur soi et l’enfermement. Encore moins de cultiver une mémoire victimiste. Ici, la mémoire se veut debout, forte des combats menés par les aïeux. L’objet est de replacer ces questions dans la perspective d’aider à la consolidation du fameux “vivre ensemble”, en se tournant résolument vers l’avenir. Démarche citoyenne s’il en est, qui, à l’entre-soi indifférent au devenir de tous, préfère favoriser l’entre-nous dans le respect de chacun. C’est donc parmi les Antillais d’Ile-de-France que pendant plus d’un an Samia Messaoudi et Mehdi Lallaoui ont promené leur caméra, leur appareil photo et leur magnétophone. Ils en ont tiré une exposition, un film et cet ouvrage où les photos se mêlent aux témoignages écrits à la première personne. Cela donne dix-huit portraits d’hommes et de femmes d’âge et de parcours différents : responsable associatif, professeur, peintre, conducteur à la RATP, retraité, travailleur social, élu ou agent de La Poste. Les thèmes récurrents portent sur la mémoire de l’esclavage, l’exil, la nostalgie du pays et des siens, le racisme et les discriminations en “métropole”, l’attache à une langue, le créole, et à certaines pratiques culturelles, mais aussi la construction d’identités plus complexes et ouvertes. Ces Antillais, Français à part entière – avant même les Niçois – devenus Métro-Caribéens (sic) en métropole, auraient tous, selon un témoignage, le “ sentiment de ne pas être à [leur] place ici” . Car ces Français “ entièrement à part” ont connu et connaissent le sort de bien des migrants. L’évocation quasi générale des discriminations quotidiennes ou du racisme frappe le lecteur. Au centre des constructions et (re)compositions identitaires, la mémoire d’une France esclavagiste tient une part importante. Pour Patrick Théophile, responsable associatif, arrivé à Paris, en 1981, à l’âge de 23 ans, la transmission de cette mémoire vise aussi à ce “ que mes enfants soient capables de dire, sans problème, que quelque part, si la France a cette place en Europe, c’est grâce à mes aïeux. Toute la côte vendéenne et bretonne a bâti ses richesses sur l’esclavage” . Point de vue similaire pour Jean-Jacob Bicep, élu Vert à la mairie du XX e arrondissement de Paris : “ On est capable de comprendre qu’une partie de la France s’est construite avec une souffrance particulière, et que cette souffrance particulière, il ne faut pas la passer sous silence.” L’attachement à cette mémoire, à une langue, à une terre antillaise ou au berceau africain, le goût pour certaines festivités et habitudes culinaires... participent – plus qu’ils ne contrarient – de l’ouverture aux Autres et de la fertilisation du “ Tout-monde” cher à Édouard Glissant. C’est du moins ainsi que certains le vivent, à l’instar de ce témoignage : “ J’aime bien entendre le créole, c’est aussi un besoin. Mais je ne veux pas ‘m’enfermer’. Il n’est pas bon de rester ‘entre nous’, se regarder, se raconter son histoire, restés tournés sur nous-mêmes.” Claudy Siar, fondateur de Tropique FM, précise : “ Je suis un Africain de la Caraïbe, de la Guadeloupe, et je suis né en France. J’ai vécu mon enfance dans un petit village de la Haute-Provence et j’assume toutes ces identités, qui ont fait de moi tout ce que je suis aujourd’hui. Mais le socle de ma personne, c’est l’Afrique.” Et Viviane Vincent, enseignante, mariée à un Breton, de rajouter : “ Je suis profondément martiniquaise, mais j’aime beaucoup dire que je suis de partout. Mes réflexions me ramènent souvent sur mon île natale. Mon identité n’est pas fermée. En m’installant en France métropolitaine, je me suis construite de plusieurs identités.” Ces Antillais d’ici offrent, entre négritude et créolisation, un condensé des questions qui, dans une France ballotée entre construction européenne, mondialisation et multiplication des flux migratoires, se posent à tous. Individuellement et collectivement.


Date de mise en ligne : 13/06/2013

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.358