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Article de revue

L'aube du monde

Pages 199 à

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  • Videau, A.
(2009). L'aube du monde. Hommes & Migrations, 1279(3), 199- . https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.355.

  • Videau, André.
« L'aube du monde ». Hommes & Migrations, 2009/3 n° 1279, 2009. p.199- . CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2009-3-page-199?lang=fr.

  • VIDEAU, André,
2009. L'aube du monde. Hommes & Migrations, 2009/3 n° 1279, p.199- . DOI : 10.4000/hommesmigrations.355. URL : https://shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2009-3-page-199?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.355


1 On les appelle “les Arabes des marais”.Ils sont une petite peuplade, les Maadan, dispersée aux frontières de l’Iran et de l’Irak, dans les méandres marécageux des deltas du Tigre et de l’Euphrate. À l’archaïsme de leur situation due à la pauvreté, à l’insalubrité de leurs cases lacustres, s’est ajouté l’insécurité des conflits incessants secouant la région. Irakien natif de Babylone, initié au cinéma à Paris, Abbas Fahdel a écrit et réalisé L’Aube du monde, son premier long-métrage, pour rendre hommage à ces compatriotes méconnus (disparus ?). Ces temps-ci, ce sont les conséquences de la guerre du Golfe qui viennent perturber l’humble existence des habitants et fracasser, à l’image de l’arbre du premier plan, un paysage qu’on aurait pu croire immuable. Zahra, l’orpheline (Dieu soit loué ! c’est le retour de la radieuse Hafsia Herzi, inoubliable interprète de La Graine et le Mulet d’Abdelhafid Kéchlche) et son cousin Mastur (Waleed Abou Magd) se sont élevés ensemble dans une tendre promiscuité. Rien ne s’oppose maintenant à ce qu’ils donnent libre cours à leur inclination mutuelle. Mais la situation se dégrade et la guerre fait rage. Omniprésent par voie d’affiches, Saddam Hussein ne rigole pas. Tous les hommes en âge de combattre sont mobilisés. L’armée du raïs traque les déserteurs, aborde au moindre archipel, fouille le moindre pavillon de roseaux. Le mariage de Zahra et de Mastur ne sera pas consommé. Conformément au tragique pressentiment de sa mère (Hiam Abbas, madone sans rivale des cinémas arabes), Mastur ne reviendra pas du front. Il explose sur un champ de mine. Avant de mourir dans ses bras, il confie à son ami Riad, le bagdadi (Karim Salem), sa veste de cuir, son miroir de poche et surtout le souvenir de Zahra et la promesse de l’épouser. Ces sauf-conduits seront-ils suffisants pour se faire accepter des Maadan, paysans endogames farouches, ennemis jurés de tous les citadins irakiens et de tout ce qui représente leur État oppresseur ? Abbas Fahdel a filmé cette belle histoire avec la simplicité de plans presque fixes, comme pour repousser les échéances d’une minorité condamnée, ajourner la fin d’un monde vers de possibles recommencements.


Date de mise en ligne : 13/06/2013

https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.355