Retrouver, identifier et célébrer ses morts. Les corps des victimes de représailles dans le processus de deuil des communautés locales
- Par Raphaële Balu
Pages 9 à 20
Citer cet article
- BALU, Raphaële,
- Balu, Raphaële.
- Balu, R.
https://doi.org/10.3917/rha.316.0009
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https://doi.org/10.3917/rha.316.0009
Notes
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[1]
Voir Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine (AN), BB 30/1890 : dossier « Buchères ». Ensemble de documents non datés, pour l’un basé sur des témoignages recueillis les 28 août et 7 septembre 1944.
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[2]
Site Cassini créé par le Laboratoire de démographie historique de l’EHSS, entrée « Buchères » URL : http://ladehis.ehess.fr/index.php?355 [consulté le 08/09/2023].
-
[3]
Les chiffres exacts varient. Les archives du service de recherches des crimes de guerre recensent 62 victimes dont 14 enfants : AN, BB 30/1890 : dossier « Buchères ». Jean-Louis Ponnavoy compte 67 victimes, dont 17 enfants de moins de 14 ans dans « Buchères (Aube), 24 août 1944 », dans Le Maitron. Dictionnaire biographique des fusillés, guillotinés, exécutés, massacrés 1940-1944, en ligne, URL https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article209614 [consulté le 7/06/2023].
-
[4]
AN, BB 30/1890. Dossier « Buchères ».
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[5]
Notamment Gaël Eismann, Hôtel Majestic. Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Paris, Tallandier, 2010 ; Gaël Eismann et Stéphane Martens (dir.), Occupation et répression militaire allemandes : la politique de « maintien de l’ordre » en Europe occupée, 1939-1945, Paris, Autrement, 2006 ; Thomas Fontaine, Déporter. Politiques de déportation et répression en France occupée. 1940-1944, thèse de doctorat de l’Université de Paris 1, dirigée par Denis Peschanski, 1223 pages [qui évoque aussi ces massacres] ; Peter Lieb, « La 157e division de réserve et la lutte contre le maquis dans le Jura et les Alpes françaises », Bernard Garnier, Jean-Luc Leleu et Jean Quellien, La répression en France, 1940-1945, Caen, Centre de Recherche d’Histoire Quantitative, 2007.
-
[6]
Thomas Fontaine « Chronologie : Répression et persécution en France occupée, 1940-1944 », site du projet « Violence de Masse et Résistance — Réseau de Recherche », URL : http://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr [consulté le 08/06/2023].
-
[7]
SHD, GR 19 P 08 5, brochure de Georges Charot, Le Maquis de Revin, p. 22.
-
[8]
À présent département des Côtes-d’Armor.
-
[9]
AN, BB 30/1890. Dossier Créach Mahout.
-
[10]
Clotilde Vandendorpe, « Le massacre de Maillé (25 août 1944) », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest [en ligne], 124-1, 2017, mis en ligne le 30 avril 2019, consulté le 11 novembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/abpo/3496 ; DOI : https://doi.org/10.4000/abpo.3496.
-
[11]
AN, BB 30/1890. Dossier n° 147, « Étobon ». Document intitulé « Le massacre d’Étobon, 27 septembre 1944 », daté du 10 janvier 1945.
-
[12]
Fabrice Grenard, Tulle : enquête sur un massacre, 9 juin 1944, Paris, Tallandier, 2014.
-
[13]
Comme le suggèrent Gérard Namer, La commémoration en France, de 1945 à nos jours, Paris L’Harmattan, 1985 (notamment p. 6, sur l’année 1945 « consacrée à fêter par avance, puis avec retard, le passage [à] l’après-guerre ») et C. Vandendorpe, « Le massacre de Maillé (25 août 1944) », art. cit.
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[14]
Jean-Marc Dreyfus, « Remettre les corps en place à la Libération : exhumations, identifications et transferts après 1944 », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2022/1 (n° 285), p. 129-147. DOI : 10.3917/gmcc.285.0129. URL : https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2022-1-page-129.htm. [consulté le 08/06/2023].
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[15]
Le volume papier se concentre sur les deux premières catégories : Claude Pennetier, Jean-Pierre Besse, Thomas Pouty [et al.], Les fusillés (1940-1944) : Dictionnaire biographique des fusillés et exécutés par condamnation et comme otages et guillotinés en France pendant l’Occupation (1940-1944), Paris, éditions de l’Atelier, 2015. La publication en ligne a été enrichie des deux dernières catégories : URL : https://fusilles-40-44.maitron.fr/ [consulté le 08/09/2023].
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[16]
Voir par exemple C. Vandendorpe, « Le massacre de Maillé (25 août 1944) », art. cit. et les travaux de l’ANR Ruines et du collectif « Vilma », qui envisagent une histoire européenne des villes et villages martyrs. Voir le carnet de recherches : https://ruines.hypotheses.org/author/ahgm [consulté le 08/06/2023].
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[17]
Élisabeth Anstett, « Des Cadavres en masse », Techniques & Culture [en ligne], 60 | 2013, mis en ligne le 19 juin 2016, consulté le 13 avril 2023, URL : http://journals.openedition.org/tc/6909 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tc.6909 ; Élisabeth Anstett, Jean-Marc Dreyfus (dir.), Human remains and mass violence. Methodological approaches, Manchester ; New York : Manchester University Press, 2015. Disponible en ligne, URL : http://www.oapen.org/search?identifier=628394 ; Luc Capdevila, Danièle Voldman, Nos morts. Les sociétés occidentales face aux tués de la guerre, Paris, Payot, 2002 et « Rituels funéraires de sociétés en guerre (1914-1945) », Stéphane Audoin-Rouzeau, Anette Becker, Christian Ingrao, Henri Rousso, La Violence de guerre 1914-1945, Paris, Complexe, 2002, 289-312 ; J.-M. Dreyfus, « Remettre les corps en place à la Libération… », art. cit.
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[18]
AN, F/1a/3710 à F/1a/3799 : Commissariat à l’Intérieur de Londres (1941-1944) et AN, BB/30/1785 à BB/30/1831 : Service de recherches des crimes de guerre.
-
[19]
SHD, Série GR P sur la Résistance, ici GR 19 P pour les maquis.
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[20]
AN, F1a/3762. CFLN — Commissariat à l’Intérieur. La Résistance — Le Maquis — Rencontres armées (entre le 1er mars et le 17 avril 1944). Inf. : marsavril-mai 44 ; réc. 6/5/44. Diff. : 26/5/44.
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[21]
Voir L. Capdevila, D. Voldman, « Rituels funéraires de sociétés en guerre (1914-1945) », chapitre cité.
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[22]
AN, BB 30/1890. Dossier n° 184, Dun-les-places — Nièvre. Document intitulé « Massacre de Dun-les-Places — Nièvre — 26 juin 1944 ».
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[23]
Robert Gildea, Comment sont-ils devenus résistants ? Une nouvelle histoire de la Résistance (1940-1945), Paris, Éditions des Arènes, 2017, p. 323 (Éd. or. : 2015).
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[24]
Laurent Douzou, “A Perilous History: A Historiographical Essay on the French Resistance”, Contemporary European History, 28(1), p. 96-106. DOI:10.1017/S0960777318000619 [consulté le 07/06/2023], montre que les écrits de Jean-Pierre Vernant sur la « belle mort » dans l’antiquité grecque s’alimentent à une réflexion sur la mort des siens de la part de cet ancien résistant.
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[25]
Sur ces deux pratiques, voir É. Anstett, « Des cadavres en masse », art. cit. ; sur l’importance de la présence des corps défunts dans le processus de deuil, voir notamment Stéphane Audoin-Rouzeau, « Corps perdus, corps retrouvés. Trois exemples de deuils de guerre », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 55e année, n° 1, 2000. p. 47-71. Disponible en ligne, DOI : https://doi.org/10.3406/ahess.2000.27983
-
[26]
AN, BB 30/1890. Dossier n° 147, « Étobon ». Document intitulé « Le massacre d’Étobon, 27 septembre 1944 », daté du 10 janvier 1945.
-
[27]
SHD, GR 19 P 08 5, brochure de Georges Charot, Le Maquis de Revin, p. 22.
-
[28]
Voir par exemple Stéphane Tison, Comment sortir de la guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011. En ligne, DOI : https://doi.org/10.4000/books. pur.110313 [consulté le 29 mai 2023].
-
[29]
Site Cassini créé par le Laboratoire de démographie historique de l’EHSS, entrée « Revin » URL : http://cassini.ehess.fr/fr/html/fiche.php?select_resultat=29039 [consulté le 12/06/2023].
-
[30]
SHD, GR 19 P 08 5, brochure de Georges Charot, Le Maquis de Revin, p. 22-27.
-
[31]
Site Cassini créé par le Laboratoire de démographie historique de l’EHSS, entrée « Étobon », URL http://cassini.ehess.fr/fr/html/fiche.php?select_resultat=13141 [consulté le 12/06/2023].
-
[32]
Dominique Tantin, « Chenebier (Haute-Saône), massacre dit d’Étobon, 27 septembre 1944 » dans Le Maitron des fusillés… en ligne, URL : https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article199579.
-
[33]
AN, BB 30/1890. Dossier n° 147, « Étobon ». Document intitulé « Le massacre d’Étobon, 27 septembre 1944 », daté du 10 janvier 1945.
-
[34]
Idem. Dossier intitulé « Buchères ». « Massacre de Buchères, 24 août 1944 » fondé sur des déclarations de plusieurs témoins, parmi lesquels madame Blanc, la veuve d’Anatole Blanc.
-
[35]
Un effet social de la disparition des corps évoqué par Élisabeth Anstett, « Des Cadavres en masse », art. cit.
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[36]
Pierre Ducroc, Maquis Mariaux. Nivernais Morvan, Nevers, Presses de Centre Imprimerie Avenir, 1985, p. 116-117.
-
[37]
Claire Andrieu, Tombés du ciel, Le sort des pilotes abattus en Europe, 1939-1945, Paris, Tallandier, 2021.
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[38]
AN, BB 30/1890. Dossier n° 147, « Étobon ». Document intitulé « Le massacre d’Étobon, 27 septembre 1944 », daté du 10 janvier 1945.
-
[39]
Idem. Dossier intitulé « Tulle ». Déclaration faite par monsieur Roche Maurice, Secrétaire général de la Corrèze […].
-
[40]
Ibid.
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[41]
Voir sur la France libérée J.-M. Dreyfus, « Remettre les corps en place à la Libération… », art. cit.
-
[42]
AN, F1a/3762. CFLN — Commissariat à l’Intérieur. Les maquis — Rencontres armées. Dates : inf., déc.janv.-fév. 43-44 ; réc. : mars 44 : dif. : 31/3/44.
-
[43]
Paul Lotterie, Hargnies, un village ardennais pendant les deux guerres mondiales, Charleville-Mézières, P. Lotterie, 1981., p. 122.
-
[44]
Archives départementales de Seine – Saint-Denis, 3 MI6/144, séquence 886 : tracts, articles de presse (1942-1944).
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[45]
André Balent « Nîmes (Gard), pendaisons publiques, 2 mars 1944 » dans Le Maitron des fusillés… en ligne URL : https://maitron.fr/spip.php?article221724 [consulté le 15/06/2023]. L’article compte 15 pendaisons, la résistance en retient 17.
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[46]
Linogravure de Lorraine intitulée « Les pendus de Nîmes », publiée dans l’Assaut n° 8, 4 septembre 1944 © Musée de la résistance et de la Déportation en Ardèche. Voir le site du musée de la Résistance en ligne, URL : https://museedelaresistanceenligne.org/media2974-Linogravure-de-Lorraine-iLes-Pendus-de-Nmes-i.
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[47]
André Balent « Nîmes (Gard), pendaisons publiques, 2 mars 1944 », art. cit.
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[48]
Ainsi le témoignage d’ouverture sur Buchères qui indique « À Buchères où sont passés les SS, tout est ruine et deuil », empruntant ses mots aux Orientales de Victor Hugo, dans lesquelles le poème « L’Enfant » s’ouvre par ce vers : « Les Turcs ont passé par là, tout est ruine et deuil » et s’achève sur l’horizon de la vengeance armée pour les survivants de massacres. La citation renvoie aussi la barbarie des recrues asiatiques du IIIe Reich à celle des Ottomans du 19e siècle et donc, probablement, à la présence de « Mongols » (terme désignant en France occupée les recrues asiatiques des forces allemandes), utilisés pour faire régner la terreur — et en ce sens renvoie les crimes à l’extra-européen. Sur l’emploi du terme « Mongols » dans la France de la seconde guerre mondiale, voir Fabrice Virgili, « Les viols commis par l’armée allemande en France (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2016/2 (n° 130), p. 103-120. Disponible sur internet : DOI : 10.3917/ving.130.0103.
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[49]
SHD, GR 19 P 08 5, Georges, Le Maquis de Revin[brochure], p. 22-27.
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[50]
J.-M. Dreyfus, « Remettre les corps en place à la Libération… » art. cit
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[51]
Jean-Luc Marquer, « Pardé, Émile, Maurice », Maîtron des fusillés […], en ligne, URL : https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article223798 [consulté le 02/01/2023].
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[52]
Ibid.
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[53]
SHD, GR 19 P 08 5, Georges Charot, Le Maquis de Revin [brochure], p. 22-27.
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[54]
Ibid.
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[55]
AN, BB 30/1890. Dossier n° 144, « Barodet ». Observations de monsieur le docteur Thomassin au sujet des victimes de Barodet, 19 déc. 1944.
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[56]
Merci à Jean-Michel Adenot, qui m’a transmis le document qui l’atteste, et la photographie de cet objet sous scellés.
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[57]
AN, BB 30/1890. Dossier n° 144, « Barodet ». Observations de monsieur le docteur Thomassin…
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[58]
Ibid. Dossier n° 156, « Saint-Amand, Cher ». Dessin joint au courrier du président du Comité du Souvenir de Saint-Amand, probablement daté du 10 mars 1945 [peu lisible].AN, BB 30/1890. Dossier n° 166, « Landeleau ». Rapport du docteur Mayou [non daté].
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[59]
AN, BB 30/1890. Dossier n° 166, « Landeleau ». Rapport du docteur Mayou [non daté].
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[60]
Idem. Dossier n° 157, « Thérondels ». Document intitulé « Par Myriam Georges ».
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[61]
Voir par exemple Sabina Loriga, Isabelle Ullern « Présentation », et Sabina Loriga « Du trauma historique » dans Passés Futurs n° 1, juin 2017 : Passés non maîtrisés, en ligne, URL : https://www.politika.io/fr/ numero-revue-pf/passes-non-maitrises [consulté le 16/06/2023].
« À Buchères où sont passés les SS, tout est ruine et deuil » : c’est en ces termes qu’un témoignage recueilli après-guerre documente le massacre de cette commune de l’Aube, après que les SS y ont fait entre 62 et 67 victimes de tous âges, dont 14 à 17 enfants âgés de 6 mois à 14 ans, abattus, poignardés ou brûlés vifs chez eux le 24 août 1944. Parmi eux, « la petite Colette, 4 ans », a été identifiée grâce à la médaille sur laquelle son prénom est inscrit. Dans cette commune qui comptait 514 habitants au recensement de 1936, la répression allemande laisse également derrière elle une quinzaine de blessés, et les décombres du bâti en grande partie incendié. Les corps, laissés sur place, sont inhumés au retour des survivants enfuis. C’est l’évêque de Troyes, Monseigneur Le Couëdic, qui prononce leur oraison funèbre dans l’église épargnée. Il ne s’agit pas là d’un épisode isolé, mais d’une pratique récurrente des forces occupantes en France : des dizaines de communes ont subi un traitement similaire. Les travaux sur la répression allemande ont bien montré que celle-ci s’est radicalisée par paliers successifs tout au long de l’occupation, avec l’aide du régime de Vichy, de la milice et des collaborateurs en armes — jusqu’à systématiser les massacres de maquisards, mais aussi de populations civiles, en particulier au printemps, puis à l’été et à l’automne 1944. Partout en France, ces représailles laissent des corps derrière elles, pour beaucoup enterrés dans des fosses communes ou abandonnés sur les lieux…