S'abonner
Compte rendu

Nicolas Thomas et Pete Dandridge (dir.), Cuivres, bronzes et laitons médiévaux / Medieval Copper, Bronze and Brass. Histoire, archéologie et archéométrie des productions en laiton, bronze et autres alliages à base de cuivre dans l’Europe médiévale (12e-16e siècles) / History, Archaeology and Archaeometry of the Production of Brass, Bronze and other Copper Alloy Objects in Medieval Europe (12th-16th Centuries), Jambes, aWaP, 2018, 416 p.

Pages 983j à 1038j

Citer cet article


  • Arribet-Deroin, D.
(2019). Nicolas Thomas et Pete Dandridge (dir.), Cuivres, bronzes et laitons médiévaux / Medieval Copper, Bronze and Brass. Histoire, archéologie et archéométrie des productions en laiton, bronze et autres alliages à base de cuivre dans l’Europe médiévale (12e-16e siècles) / History, Archaeology and Archaeometry of the Production of Brass, Bronze and other Copper Alloy Objects in Medieval Europe (12th-16th Centuries), Jambes, aWaP, 2018, 416 p. Revue historique, 692(4), 983j-1038j. https://doi.org/10.3917/rhis.194.0983j.

  • Arribet-Deroin, Danielle.
« Nicolas Thomas et Pete Dandridge (dir.), Cuivres, bronzes et laitons médiévaux / Medieval Copper, Bronze and Brass. Histoire, archéologie et archéométrie des productions en laiton, bronze et autres alliages à base de cuivre dans l’Europe médiévale (12e-16e siècles) / History, Archaeology and Archaeometry of the Production of Brass, Bronze and other Copper Alloy Objects in Medieval Europe (12th-16th Centuries), Jambes, aWaP, 2018, 416 p. ». Revue historique, 2019/4 n° 692, 2019. p.983j-1038j. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2019-4-page-983j?lang=fr.

  • ARRIBET-DEROIN, Danielle,
2019. Nicolas Thomas et Pete Dandridge (dir.), Cuivres, bronzes et laitons médiévaux / Medieval Copper, Bronze and Brass. Histoire, archéologie et archéométrie des productions en laiton, bronze et autres alliages à base de cuivre dans l’Europe médiévale (12e-16e siècles) / History, Archaeology and Archaeometry of the Production of Brass, Bronze and other Copper Alloy Objects in Medieval Europe (12th-16th Centuries), Jambes, aWaP, 2018, 416 p. Revue historique, 2019/4 n° 692, p.983j-1038j. DOI : 10.3917/rhis.194.0983j. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2019-4-page-983j?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.194.0983j


1 Cet ouvrage rassemble les contributions, en français et en anglais, du colloque de Dinant et Namur des 15-17 mai 2014, au nombre de trente-quatre sans compter l’introduction. Comme l’indique le sous-titre, les approches disciplinaires sont diverses, bien que souvent rassemblées au sein des mêmes articles. Le cuivre, métal qualifié de « demi-noble » par les éditeurs de l’ouvrage, tient une place bien particulière dans l’Occident médiéval, situé entre un métal courant et utilitaire comme le fer et les métaux précieux, partageant avec ces autres métaux des emplois extrêmement variés. Le métal lui-même est pluriel en raison de la diversité des alliages du cuivre, bronze (cuivre-étain) permettant la fabrication de marmites, canons et cloches, et laiton (cuivre-zinc), très recherché pour des objets prestigieux grâce à sa couleur jaune proche de celle de l’or. Les techniques de fabrication présentent cependant un tronc commun : elles sont potentiellement pratiquées par les mêmes métiers ou dans les mêmes ateliers, qui sont approvisionnés par des lieux d’extraction minière limités en nombre. L’ouvrage est divisé en quatre parties explorant successivement les thématiques suivantes : « Matières premières et approvisionnement », « Hommes et ateliers », « Techniques », « Produits, commerce et échanges ». En réalité, beaucoup de contributions auraient pu être classées dans plusieurs thématiques, dont les deux dernières sont centrées sur des objets d’époque médiévale ou des débuts de l’époque moderne (jusqu’au xviie siècle).

2 Les matières premières sont d’abord abordées pour elles-mêmes : le combustible (pour la fabrication des cloches en Provence), mais surtout le minerai de cuivre, grâce à quelques éclairages sur des lieux d’extraction plus ou moins connus : le Harz, qui alimente notamment les ateliers mosans, le sud du Massif central qui fournit en cuivre les ateliers limougeauds d’émaux champlevés, les mines des royaumes de Hongrie et de Bosnie, dont le cuivre est distribué en Europe par des voies terrestres ou par l’Adriatique. Ce sont des mines polymétalliques, dont le cuivre n’est souvent qu’un sous-produit. L’étape de la métallurgie primaire est traitée par l’exemple du site norvégien au nom significatif de Kopperåa. Ce sont les demi-produits issus de cette étape qui font l’objet d’échanges sur de longues distances, jusqu’à l’Orient musulman dont un article explore les points de contact avec l’Occident chrétien.

3 Les approvisionnements sont aussi traités par le biais de l’utilisation de ces demi-produits. L’élaboration des alliages se trouve explorée en profondeur dans la première partie à propos de la fabrication du laiton par cémentation, c’est-à‑dire en mélangeant à haute température du cuivre, du charbon pilé et du minerai de zinc. Cette étude, qui ouvre sur des questionnements quantitatifs, utilise l’archéologie expérimentale qui s’adosse à des données de fouille et à des textes techniques anciens. De nombreux articles appuient leur interprétation sur ces écrits remarquables, notamment le De Diversis Artibus de Théophile (xiie siècle) et la Pyrotechnie de Biringuccio (xvie siècle), ce qui montre à la fois le caractère précoce de la mise par écrit, sa fidélité aux pratiques d’ateliers, et l’existence d’une culture technique partagée dans toute l’Europe, au moins dans ses grands traits.

4 L’essentiel des contributions porte sur la fabrication d’objets à destination d’une clientèle ecclésiastique et urbaine, soit par l’étude des ateliers et des métiers, soit par celle des objets eux-mêmes. Les fouilles urbaines ayant mis au jour des ateliers de bronziers à Douai, Verdun, Pise, sont présentées, d’autres, publiées antérieurement, sont utilisées à titre de comparaison (Paris, Dinant et Bouvignes). Ces fouilles informent sur les productions d’objets, par les techniques de fonderie et batterie, grâce aux chutes métalliques et aux débris de creusets ou de moules, et permettent des réflexions sur les moyens de production. La documentation écrite, rassemblée pour les villes de Paris et Barcelone, montre la grande variété et la spécialisation des métiers, règlementés par les autorités urbaines. Variété qui reflète celle des objets dont la production est attestée dans ces villes : en particulier accessoires de vêtement et batterie de cuisine.

5 Ces études révèlent l’implantation des artisanats des alliages à base de cuivre dans les villes médiévales, mêmes celles qui ne sont pas particulièrement réputées pour cette activité. Sans doute y a‑t‑il une clientèle locale, qui a soin de faire réparer ses récipients (Douai), ce qui montre à quel point ce métal a pénétré la culture matérielle de l’Occident médiéval, d’autant que l’existence d’une production de masse est avancée pour des objets de la vie courante. Les récipients en métal gardent cependant un certain prestige puisqu’ils sont imités par des productions céramiques en Europe du nord-ouest et en Méditerranée, dans un jeu d’emprunts mutuels et de concurrence que l’archéologie met progressivement au jour, et qu’aborde l’ultime article.

6 En outre apparaît toute une liste d’artefacts, souvent moins quotidiens : artillerie produite pour les États bourguignons, canons fondus à Buda, moyenne à grosse fonderie de Dubrovnik, cloches d’Italie, cordes de harpes d’Irlande et d’Ecosse, clés et serrures de coffres, fonderie monumentale ou religieuse (fontaine de Huy, fonts baptismaux et disques du trésor de Hildesheim, lutrins « dits anglais »), bassins de Vercelli, effigies tombales, enfin statuaire dont sont étudiés des exemples des Pays-Bas, du royaume de France et de l’espace italien. À partir de la fin du Moyen Âge, certaines familles liées au cuivre sont documentées : entrepreneurs du Languedoc ou marchands de Dubrovnik impliqués dans les mines, marchands batteurs de Dinant et Bouvignes, Censore de Bologne et de Roma, Severo de Ravenne, etc.

7 Les techniques étudiées sont essentiellement celles de la fabrication des objets. Des vestiges de fours de différents types ont été mis au jour (fours à sole suspendue, four au niveau du sol, fours à cloche, fours à réverbère), mais surtout les différentes méthodes pour couler l’alliage (direct ou indirect, à la cire perdue, à la « lasagne », etc.) sont reconstituées à partir des objets eux-mêmes.

8 Plusieurs approches sont porteuses de progrès à venir pour la connaissance des savoir-faire des artisans. Ainsi, le croisement entre les textes techniques déjà cités et l’archéologie soit de terrain (pour les cloches ou les vestiges d’ateliers), soit l’archéologie expérimentale (à propos du laiton), soit encore l’archéométrie. Les études physico-chimiques sont d’ailleurs systématiquement mises à contribution pour qualifier les alliages et leur utilisation. Les raisons du choix de tel ou tel alliage apparaissent variées : gammes de produits, où la présence de l’élément plomb paraît déterminante, mais aussi traditions d’ateliers comme le montre l’exemple de la statuaire monumentale où le bronze se substitue progressivement au laiton, d’abord en Italie puis aux Pays-Bas et en France.

9 L’analyse chimique des alliages et d’autres éléments (le noyau ayant servi lors de la fabrication) montre toute son efficacité lorsqu’il s’agit de mettre en évidence les différences de composition au sein d’un même objet complexe (comme la fontaine de Huy) ou l’homogénéité d’un lot (par exemple les lutrins « dits anglais »). Dans ce dernier cas, cela permet, en plus de certains détails de la technique de coulée, de les attribuer à un même « centre de production », même si on ne peut le localiser avec certitude. Les questionnements sur la production de masse, les rendements, les influences entre régions dues aux migrations de techniciens (les mineurs saxons en Bosnie, les fondeurs mosans à Verdun, les fondeurs italiens aux Pays-Bas et en France au début de la Renaissance), permettent de renouveler fondamentalement les problématiques portant sur les innovations, leurs transferts et les circulations des pratiques et des savoirs techniques.

10 L’ensemble des contributions, fractionnées par la nature de l’ouvrage, brosse ainsi un tableau suggestif du travail de ce métal et de sa place dans la culture matérielle.

11 Danielle Arribet-Deroin


Date de mise en ligne : 30/10/2019

https://doi.org/10.3917/rhis.194.0983j