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Compte rendu

Philippe Contamine, Charles VII, une vie, une politique, Paris, Perrin, 2017, 570 p.

Pages 443g à 518g

Citer cet article


  • Collard, F.
(2018). Philippe Contamine, Charles VII, une vie, une politique, Paris, Perrin, 2017, 570 p. Revue historique, 686(2), 443g-518g. https://doi.org/10.3917/rhis.182.0443g.

  • Collard, Franck.
« Philippe Contamine, Charles VII, une vie, une politique, Paris, Perrin, 2017, 570 p. ». Revue historique, 2018/2 n° 686, 2018. p.443g-518g. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2018-2-page-443g?lang=fr.

  • COLLARD, Franck,
2018. Philippe Contamine, Charles VII, une vie, une politique, Paris, Perrin, 2017, 570 p. Revue historique, 2018/2 n° 686, p.443g-518g. DOI : 10.3917/rhis.182.0443g. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2018-2-page-443g?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.182.0443g


1 La biographie des rois restant une valeur éditoriale sûre et Charles VII manquant toujours d’un biographe universitaire français à la hauteur du sujet, il était bien naturel que les éditions Perrin, très offensives dans un domaine biographique fort concurrentiel, sollicite Philippe Contamine, membre de l’Institut, connaisseur hors-pair du xve siècle et de la royauté française, pour produire enfin un ouvrage de référence qui fasse pendant à la biographie en anglais, publiée en 1974, par Malcolm Vale et curieusement jamais traduite depuis. Le résultat s’impose : une très vaste et très solide étude, étayée par une ample documentation parfaitement maîtrisée par l’auteur – qui évalue à 30 000 le nombre de pièces subsistant du règne et invite à la constitution d’un corpus carolinum ébauché au milieu du xixe siècle – et nourrie à une bibliographie impeccablement sélectionnée et admirablement exploitée. À défaut d’être enlevé – mais le sujet ne s’y prête pas –, le récit sobre et fluide ne manque pas de pointes d’humour et il parvient à bien dégager de la masse touffue des données à la fois les traits de personnalité d’un monarque pourtant en demi-teinte et les grandes orientations d’une politique que l’A., tout compte fait, lui impute, surtout après 1435. Si le biographe regrette à plusieurs reprises la discrétion des sources sur l’attitude, les sentiments, les conceptions, les goûts du souverain, volontiers en retrait et peu expansif, il réussit néanmoins à saisir le personnage en action ou en réaction, sans céder à la psychologie facile ni, a contrario, le désincarner. C’est la voix du prince que l’on entend, c’est sa main que l’on devine derrière sa signature reproduite dans l’ouvrage.

2 Sans s’embarrasser de préliminaires sur la démarche biographique – Jacques le Goff a tout dit avec son Saint Louis, même si, l’A. le signale, la réalité d’un roi de 1450 ne se saisit plus tout-à-fait comme celle d’un roi de 1250 –, sans s’attarder sur l’historiographie du sujet, ce que l’on peut regretter, l’A. se lance dans une narration chronologique assez conventionnelle, depuis la naissance du dernier garçon de Charles VI, à Paris, le 21 février 1403, à son expiration le 22 juillet 1461 à Mehun-sur-Yèvre. En onze chapitres très événementiels, il enchaîne les étapes de l’existence fort contrastée d’un prince au long règne, marquant bien les tournants que représentent le delphinat (1417), l’accession si contestée au trône et les luttes d’influence autour de Charles en quête de reconnaissance intérieure et extérieure mais tombé dans une certaine apathie après Verneuil, l’arrivée de Georges de la Trémoille, favorable à une entente avec Philippe le Bon, au « gouvernement du roi » en 1427 – pour l’A., et c’est un des points saillants de son ouvrage, les six années du « ministériat » de l’influent chambellan ont marqué le règne au point que l’épisode Jeanne d’Arc est dilué par l’A., pourtant peu soupçonnable de vouloir minimiser la figure de la Pucelle, dans les deux chapitres couvrant ces « années La Trémoille ». Puis, après 1433 et la liquidation de l’influent Georges au profit du clan angevin (la belle-mère, les beaux-frères du roi), sont traitées les années entourant la paix d’Arras dont les tenants et aboutissants sont méticuleusement reconstitués, les années quarante de préparation tâtonnante de la reconquête – en premier lieu, la réforme militaire –, la phase 1449-1453 qui efface trente ans et trois siècles de domination anglaise en Normandie et Guyenne, avant une remise en ordre générale du royaume marquée par des procès – la vision de celui du duc d’Alençon, « un spectacle bien monté » au dénouement décidé d’avance, fera réagir – et des décisions administratives, fiscales et judiciaires prises dans le cadre d’une législation abondante et pragmatique sur laquelle on aurait pu s’attendre à quelques considérations ayant trait au roi législateur. Les imbroglios diplomatiques de la fin du règne, l’épine si douloureuse que représente le dauphin rebelle et en exil chez le rival bourguignon, l’altération de la santé du roi à la fois en gloire et en peine donnent des pages denses, avant que deux chapitres thématiques sur l’exercice de la royauté par Charles VII – on lit d’instructives pages sur ses déplacements, les variations de ses faveurs et de son degré d’implication –, et le rapport du monarque à son royaume et à ses sujets ne viennent parachever non sans quelques redites l’ouvrage. Sa conclusion présente, assez curieusement tard, les portraits écrits et figurés de Charles VII auxquels, pour ces derniers, le bel encart iconographique sert de support. L’A. y tire aussi un bilan nuancé et pondéré du règne d’un homme qui ne fut ni rex inutilis, ou shadow king, ni héros chevaleresque transcendant ou champion de la chrétienté, malgré les dénominations flatteuses de « Charles le Conquéreur » ou de Carolus Augustus. Ce fut plutôt un roi « fortuné », exemple édifiant des tours de la Roue de Fortune, un monarque sans génie mais « à la hauteur » des circonstances et constructeur de la monarchie tout en ayant suscité l’amour de ses sujets qui l’ont pleuré puis leur vif regret quand son successeur donna toute sa mesure.

3 L’ampleur du travail et les éminentes compétences du biographe justifient amplement la recommandation de son ouvrage, bien plus détaillé que celui de Vale, à jour des dernières réflexions historiographiques sur le pouvoir, l’idéologie, la société politique, décrivant très clairement le fonctionnement de la monarchie et les méandres des affaires intérieures et étrangères. Les quelques critiques qui suivent ne sauraient remettre en cause les qualités multiples du livre. Elles seront de trois ordres. D’une part, on trouve quelques rares scories ou erreurs qui échappent toujours à l’attention des auteurs même les plus avertis. Ainsi, est mentionnée la place (p. 184) de La Fère en Tardenois alors qu’il faut dire Fère-en-Tardenois, à ne pas confondre avec La Fère, autre localité du département de l’Aisne, mais plus au nord. Est également attribuée un peu prématurément (1428) la qualité épiscopale au confesseur Machet devenu évêque de Castres en 1432 seulement (p. 144). Une inadvertance de relecture entraîne une répétition à propos d’un héraut d’armes de Hongrie (p. 421). La lieutenance de Languedoc et Guyenne confiée au comte de Foix est signalée deux fois.

4 D’autre part, quelques déficiences de référencement sont à signaler. L’appareil de notes, au nombre de près de 900, est impressionnant, mais certaines citations ne sont pas précisément référencées, renvoyant seulement à Godefroy ou au marquis de Beaucourt, et certaines références données en abrégé ne se retrouvent pas dans la liste des sources, à commencer par les éditions latine et française de la chronique de Jean Chartier. Le spécialiste complétera de lui-même, mais pas le lecteur lambda.

5 Enfin, apparaissent quelques lacunes ou insuffisances, sauf le respect dû à l’auteur. Alors que ce champ d’étude est en plein essor, un assez faible espace est finalement accordé aux émotions et sentiments du roi dont le caractère est en revanche bien cerné, dans le sillage des études du marquis de Beaucourt, tout comme sa religiosité. La conjugalité royale, certes assez maigrement documentée, eût pu être davantage explorée, de même que la sexualité – ce fut un motif de controverse historiographique au prude xixe siècle. La paternité royale aurait aussi gagné à être davantage observée, d’autant que là peut gésir un nœud explicatif non pas certes de l’existence de Charles mais du comportement de son enfant terrible Louis : rebelle à son père comme celui-ci le fut au sien. Sans doute aussi aurait mérité d’être plus explorée la piste du parallèle entre Charles V et Charles VII, aux trajectoires proches – de dauphin humilié à monarque victorieux –, au goût réduit pour les « aventures de guerre » et prononcé pour le consensus – voir les précautions ayant entouré la rupture de la paix de Brétigny comme celle des trêves de Tours –, à l’exemplarité quasi instantanée, avec, peut-être, chez Charles VII, un sentiment moins vif de la majesté royale et de l’éclat de la cour, mais pas des hautes missions de la « monarchie de France » ni de la dilection du Ciel pour elle. Il a d’ailleurs succédé à son aïeul comme modèle du « bon roi », exalté aux États généraux de 1484. Et comme la mémoire de Charles le Victorieux a joué un rôle politique important, fin xve, au Grand Siècle, et surtout au xixe siècle, à cause de Jeanne d’Arc et des enjeux de l’attitude du roi vis-à-vis d’elle, il n’eût pas été inutile de consacrer un chapitre à la postérité assez contrastée du souverain. Ainsi l’A. a sagement ménagé à ses collègues la possibilité d’écrire encore sur Charles VII tout en leur fournissant une référence de granit.

6 Franck Collard


Date de mise en ligne : 26/06/2018

https://doi.org/10.3917/rhis.182.0443g