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Compte rendu

Jérôme Loiseau, « Elle fera ce que l’on voudra ». La noblesse aux états de Bourgogne et la monarchie d’Henri IV à Louis XIV (1602-1715), préface de Christine Lamarre, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Annales littéraires » 933, série « Historiques » 39, 2014, 410 p.

Pages 651p à 731p

Citer cet article


  • Garnot, B.
(2017). Jérôme Loiseau, « Elle fera ce que l’on voudra ». La noblesse aux états de Bourgogne et la monarchie d’Henri IV à Louis XIV (1602-1715), préface de Christine Lamarre, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Annales littéraires » 933, série « Historiques » 39, 2014, 410 p. Revue historique, 683(3), 651p-731p. https://doi.org/10.3917/rhis.173.0651p.

  • Garnot, Benoît.
« Jérôme Loiseau, “Elle fera ce que l’on voudra”. La noblesse aux états de Bourgogne et la monarchie d’Henri IV à Louis XIV (1602-1715), préface de Christine Lamarre, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. “Annales littéraires” 933, série “Historiques” 39, 2014, 410 p. ». Revue historique, 2017/3 n° 683, 2017. p.651p-731p. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2017-3-page-651p?lang=fr.

  • GARNOT, Benoît,
2017. Jérôme Loiseau, « Elle fera ce que l’on voudra ». La noblesse aux états de Bourgogne et la monarchie d’Henri IV à Louis XIV (1602-1715), préface de Christine Lamarre, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Annales littéraires » 933, série « Historiques » 39, 2014, 410 p. Revue historique, 2017/3 n° 683, p.651p-731p. DOI : 10.3917/rhis.173.0651p. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2017-3-page-651p?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.173.0651p


1 Comme le montre parfaitement ce livre, issu d’une thèse soutenue en 2008, l’absolutisme ne s’est pas installé par la force en Bourgogne, en opposition à une pseudo-autonomie régionale. Ainsi les états de Bourgogne, auxquels participent de nombreux gentilshommes, ne sont-ils pas un lieu d’affrontements entre la noblesse provinciale et le roi, mais « tout l’inverse, une aire de coopération où le débat a pour but de définir un compromis » (p. 395), particulièrement en matière de fiscalité : on accepte une certaine hausse des impôts en échange du respect des privilèges de la Bourgogne. Cela n’empêche pas qu’éclatent parfois des conflits, mais leur ampleur reste très limitée. À travers le fonctionnement des états, l’absolutisme apparaît davantage comme une négociation permanente que comme une force coercitive.

2 D’Henri IV à Louis XIV, la noblesse bourguignonne se gère pour une bonne part de l’intérieur : c’est la cooptation qui décide de l’entrée dans la gentilhommerie, donc aux états. Mais en même temps l’accès aux charges les plus prestigieuses dépend du roi et des gouverneurs, notamment par le biais de leurs clientèles ; si la pratique du pouvoir royal privilégie les intérêts familiaux des grandes familles, le mérite, en particulier le mérite militaire, dont on voit bien ici qu’il constitue l’essentiel pour la noblesse, joue aussi un rôle important. S’établit alors, en se fondant sur plusieurs critères, une hiérarchie nobiliaire. Seule une minorité des familles nobles est réellement assidue aux états pendant toute la période (8, soit 8 %) ; avec d’autres familles, moins assidues, en nombre équivalent, elles forment l’oligarchie de la noblesse bourguignonne (soit une famille sur cinq), qui monopolise les charges (élus, alcades, commissaire de la noblesse…).

3 Cette catégorie coïncide-t-elle avec la « noblesse seconde » ? L’auteur se pose la question dans la deuxième partie de l’ouvrage, en examinant la noblesse sous l’angle du service aux armées, où les gentilshommes trouvent, comme dans les états, les opportunités nécessaires aux devoirs de leur ordre. Or cette noblesse seconde est beaucoup plus restreinte, du moins sous Henri IV (une vingtaine de familles seulement), que l’oligarchie des états : on a donc, au-dessous de la noblesse seconde, une sorte de catégorie intermédiaire entre elle et la petite noblesse (pourrait-on parler de « noblesse troisième » ?). Une hiérarchie nobiliaire apparaît ainsi pleinement ; elle est souple, mouvante, elle se modifie au fil des années par l’agrégation d’hommes nouveaux ou par la montée de familles anciennement nobles, mais auparavant de moindre importance.

4 La troisième partie de l’ouvrage permet de préciser l’action politique et les valeurs morales de la noblesse. L’étude de l’honneur nobiliaire confirme l’autogestion du corps déjà signalée auparavant. On le voit par exemple très nettement dans la condamnation du duel en 1626, ainsi que dans les contestations des décisions de la Chambre de la noblesse : « Ni violence, ni chicane » (p. 384), telle est le point de vue dominant, ce qui révèle peut-être un mouvement d’acculturation dont on peut d’ailleurs se demander d’où il vient (imitation ?) et qui l’impulse (les familles qui dominent ?).

5 Comme l’écrit Christine Lamarre (qui a dirigé cette thèse) à la fin de sa préface, « le système bourguignon donne une image originale de l’art de régner sur une organisation représentative, placée face à des exigences fiscales contraignantes pour les sujets du roi. […] Le livre de Jérôme Loiseau révèle l’existence d’entrelacs d’intérêts entre roi et noblesse qui se confortent mutuellement. Ces arrangements ne peuvent s’avouer et se traduisent dans le discours et dans les mentalités par l’exaltation de l’obéissance, véritable source de liberté ». C’est pourquoi l’attractivité des états de Bourgogne auprès de la noblesse apparaît comme de plus en plus grande au fil des années ; cette catégorie sociale, loyaliste dans sa très grande majorité, y trouve son intérêt, la monarchie également.

6 Benoît Garnot


Date de mise en ligne : 28/08/2017

https://doi.org/10.3917/rhis.173.0651p