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Compte rendu

Nicolas Schroeder, Les Hommes et la terre de saint Remacle. Histoire sociale et économique de l’abbaye de Stavelot-Malmédy, viie-xive siècle, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 2015, 357 p.

Pages 651h à 731h

Citer cet article


  • Bruand, O.
(2017). Nicolas Schroeder, Les Hommes et la terre de saint Remacle. Histoire sociale et économique de l’abbaye de Stavelot-Malmédy, viie-xive siècle, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 2015, 357 p. Revue historique, 683(3), 651h-731h. https://doi.org/10.3917/rhis.173.0651h.

  • Bruand, Olivier.
« Nicolas Schroeder, Les Hommes et la terre de saint Remacle. Histoire sociale et économique de l’abbaye de Stavelot-Malmédy, viie-xive siècle, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 2015, 357 p. ». Revue historique, 2017/3 n° 683, 2017. p.651h-731h. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2017-3-page-651h?lang=fr.

  • BRUAND, Olivier,
2017. Nicolas Schroeder, Les Hommes et la terre de saint Remacle. Histoire sociale et économique de l’abbaye de Stavelot-Malmédy, viie-xive siècle, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 2015, 357 p. Revue historique, 2017/3 n° 683, p.651h-731h. DOI : 10.3917/rhis.173.0651h. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2017-3-page-651h?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.173.0651h


1 Cet ouvrage est la version publiée d’une thèse soutenue à Bruxelles en 2012 et couronnée la même année par l’Académie royale de Belgique, ce qui indique d’emblée un texte d’importance. Effectivement, à la lecture de l’ouvrage, on est vite convaincu par la richesse et la solidité du propos, qui ne s’embarrasse pas des effets de mode historiographiques auxquels il « convient » de donner un gage. Déjà le choix du sujet, qui revendique explicitement une histoire sociale et économique, attire l’attention, tant ce type d’intitulé sur la terre et les hommes a pu être oublié ces dernières années au profit d’analyses anthropologiques pures plus dans l’air du temps. Mais ce qui est remarquable ici, c’est que l’analyse ne se construit pas dans une opposition polémique aux concepts en vogue, encore que le reflux soit amorcé, mais dans une approche solide et pragmatique du dossier de la double abbaye ardennaise, de ses origines jusqu’aux transformations qui annoncent les évolutions de l’époque moderne. On ne saurait mieux saisir la perspective de l’ouvrage qu’en s’attardant sur les pages 141-146 où l’auteur fait une mise au point parfaitement documentée sur les thèmes initiés par Marcel Mauss et Karl Polanyi, qui ont eu leur heure de gloire ; il souligne, à l’instar de son maître Jean-Pierre Devroey et des historiens actuels qu’il cite, que désormais il est plus pertinent de se tourner vers une explication sociologique réintroduisant davantage la rationalité dans l’étude de la seigneurie, qui est aussi une structure économique tout au long des sept siècles envisagés.

2 Pour que le lecteur puisse s’y retrouver, le propos a été organisé en deux grandes parties. La première (pp. 17-131) retrace en quatre chapitres l’histoire du double établissement ardennais depuis sa fondation jusqu’aux dernières années du xive siècle. Il envisage d’abord les années de la fondation aux réorganisations carolingiennes (648-840), puis les années plus troubles des abbés séculiers et de l’épisode normand (840-938), avant d’aborder la période de l’Église impériale jusqu’à la fin du xiie siècle et de terminer par l’émergence de la Principauté. L’information est certes inégale au cours des périodes envisagées et soumise aux habituels aléas des remaniements postérieurs pour les temps les plus anciens, mais on peut suivre l’auteur quand il affirme avoir voulu donner une histoire critique de l’abbaye de Stavelot-Malmédy. On fait ainsi connaissance avec l’emprise pippinide, les conflits de pouvoirs entre les moines et les puissants régionaux, les ambitions malmédiennes pour secouer la tutelle stavelotaine, les abbés laïques qui n’ont pas forcément le rôle funeste que l’historiographie se complaît à leurs prêter, les grands abbés réformateurs des xie et xiie siècles, pour finir avec la prise de contrôles par les prélats liégeois.

3 L’étude du contexte étant ainsi finement posée, la deuxième partie, intitulée Terra familiaque Remacli, l’abbé et les moines comme seigneurs (pp. 135-293), permet de se pencher sur les apports les plus riches de cette étude. L’étude de l’emprise sociale combinée à celle de la gestion économique ouvre des perspectives stimulantes. Ainsi la familia demeure une organisation prégnante de la seigneurie jusqu’au xiie siècle, malgré des réadaptations permanentes de la tradition carolingienne ; ce n’est qu’ensuite qu’elle se dissout peu à peu pour céder le pas aux communautés rurales à l’échelon foncier et à la seigneurie hautaine dans le cadre de la principauté. Ce long maintien d’une seigneurie de tradition ancienne montre l’infinie capacité d’adaptation de cette structure, qui peut à dessein encourager la croissance sur le long terme par une ouverture sur les réseaux d’échanges régionaux, comme se redéployer géographiquement, ainsi qu’on le constate entre le ixe et le xiie siècle, où la double abbaye concentre ses possessions dans les contrées plus proches de Stavelot et de Malmédy. L’auteur remet ainsi en question l’a priori du déclin du système domanial, préférant souligner que la réorganisation et la mobilité de la seigneurie monastique se font toujours dans un cadre où le manse reste la pierre angulaire. La relation seigneuriale ne sort que progressivement de l’organisation en tenures au cours des xiie et xive siècles, quand peu à peu on passe de la surveillance de la familia et du prélèvement sur la production à une optique de contrôle des transactions et de redevances monétaires, non sans d’ailleurs faire naître davantage de conflits avec les aristocrates laïcs. Les accensements d’abord, puis les baux à ferme supplantent alors les organisations anciennes, mais sont à leur tour frappés par la crise qui met fin à la longue croissance médiévale autour de 1300.

4 La tentative d’une histoire économique et sociale de l’abbaye tout au long du Moyen Âge débouche donc sur un ouvrage qui offre des pistes stimulantes, en incitant les historiens à revenir à des analyses pragmatiques et à intégrer l’extraordinaire adaptabilité de la seigneurie. On doit aussi souligner que la remise en cause de traditions historiographiques et des modèles est fructueuse. Un monde médiéval où les inflexions majeures prennent place au tournant des xie/xiie siècles puis des xive/xve siècles rompt avec des habitudes bien ancrées. Rappelons tout de même que ceux qui avancent dans cette voie et dont certains, rares heureusement, sont omis dans la bibliographie, comme Dominique Barthélemy, ne sont plus si isolés et que le retour de la chronologie de Marc Bloch, avec un premier, puis un deuxième âge féodal soulignait déjà ce fait dans l’étude des pouvoirs. Ce n’est pas le moindre mérite de l’A. que de l’avoir démontré dans les Ardennes.

5 Olivier Bruand


Date de mise en ligne : 28/08/2017

https://doi.org/10.3917/rhis.173.0651h