S'abonner
Compte rendu

Alain Provost (dir.), Les comtes d’Artois et leurs archives. Histoire, mémoire et pouvoir au Moyen Âge, Arras, Artois Presses Université, 2012, 160 p.

Pages 913h à 929h

Citer cet article


  • Curveiller, S.
(2014). Alain Provost (dir.), Les comtes d’Artois et leurs archives. Histoire, mémoire et pouvoir au Moyen Âge, Arras, Artois Presses Université, 2012, 160 p. Revue historique, 672(4), 913h-929h. https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913h.

  • Curveiller, Stéphane.
« Alain Provost (dir.), Les comtes d’Artois et leurs archives. Histoire, mémoire et pouvoir au Moyen Âge, Arras, Artois Presses Université, 2012, 160 p. ». Revue historique, 2014/4 n° 672, 2014. p.913h-929h. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-913h?lang=fr.

  • CURVEILLER, Stéphane,
2014. Alain Provost (dir.), Les comtes d’Artois et leurs archives. Histoire, mémoire et pouvoir au Moyen Âge, Arras, Artois Presses Université, 2012, 160 p. Revue historique, 2014/4 n° 672, p.913h-929h. DOI : 10.3917/rhis.144.0913h. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-913h?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913h


1 L’ouvrage réunit, sous la houlette d’Alain Provost, sept articles portant sur l’histoire de l’Artois vue par les archives, initiative inédite à ce jour. L’introduction de très bon aloi souligne la valeur du trésor des chartes de l’Artois, son « extrême richesse », selon les propos de Jules-Marie Richard, archiviste départemental du Pas-de-Calais en 1885, mais qui demeure encore trop peu défriché aujourd’hui. Le fonds dispose de plus de 26 000 pièces, en majeure partie relatives à l’Artois. Ce lien intrinsèque entre les archives et l’histoire de l’entité politique du comté d’Artois ressort avec évidence : en 2007, Paul Bertrand affirmait déjà que « l’histoire politique de cette principauté fait écho à la constitution de l’Artois comme espace documentaire ». C’est pourquoi les dates charnières de 1237 (héritage de Robert) et de 1384 (entrée de l’Artois dans l’État bourguignon) ont été retenues. Force est de rappeler comme Bernard Delmaire que « l’existence autonome du comté d’Artois fut relativement brève et qu’à partir de 1385, le fonds a cessé de croître ». Pourtant, les aléas de l’histoire ont disséminé divers documents de toutes périodes entre Arras, Lille et Paris.

2 Dans un second temps, l’introduction nous montre en quoi l’organisation et la gestion du trésor des chartes a bénéficié de toute l’attention du pouvoir dès la fin du xiiie siècle. Le premier cartulaire d’Artois regroupant 289 actes date de Robert Ier et témoigne d’un souci comtal de préservation et de gestion des archives de la principauté. En 1337, on découvre ainsi qu’un clerc dijonnais, Guillaume Goolin, licencié dans les deux droits, obtient la garde des archives comtales cumulée à celles de l’hôtel d’Artois à Paris et à Saint-Martin-des-Champs, ce qu’A. Provost qualifie de « dualisme administratif ». À la fin du xive siècle, dans le contexte de la centralisation bourguignonne, cet office perd de son intérêt puisque le dépôt a cessé de croître.

3 Ce trésor de chartes regagne « l’intérêt des pouvoirs », tout d’abord avec Charles Quint qui ordonne plusieurs inventaires en 1526 et en 1547, et plus tard en 1774 avec les États d’Artois. Mais ce sont les travaux successifs de Denys-Joseph Godefroy, de 1788 à 1819, et de Jules-Marie Richard, dès 1874, qui mettent en exergue la valeur encore sous-exploitée de ce précieux fonds d’archives. Puissent les récents travaux de Pierre Bougard, directeur des Archives départementales du Pas-de-Calais, être précurseurs pour l’avenir ! Cette introduction a le mérite de mettre en relation l’histoire des archives avec la politique du comte d’Artois et de proposer une excellente synthèse d’entrée de jeu.

4 É. Lalou propose une remarquable synthèse de l’histoire de la principauté du xiiie au xve siècle, depuis Philippe Auguste qui réunit l’Artois à la couronne, en passant par les deux célèbres Robert Ier et Robert II, personnages fondamentaux de cette évolution, pour finir par deux parties plus complexes sur le devenir de l’Artois aux xive et xve siècles et surtout sur sa gouvernance. Cet aspect déjà évoqué par A. Provost est repris de façon plus exhaustive dans les articles suivants. En outre, si Alain Derville demeure par ses écrits une source d’inspiration incontournable, d’autres historiens ont écrit depuis sur l’Artois ou certains aspects concernant ce territoire.

5 B. Delmaire présente comme à son habitude une étude érudite du premier cartulaire d’Artois (Archives départementales du Nord, B 1593). Toutes les sciences annexes y sont mentionnées : diplomatique, codicologie, paléographie. L’ensemble est illustré de tableaux de synthèse utilisant l’histoire quantitative ainsi que de trois pièces annexes dignes d’intérêt : une liste chronologique des 287 actes, un extrait de l’un d’entre eux en vieux français relatif aux prétentions de l’abbaye Saint-Vaast de relever du roi et non du comte d’Artois, et, enfin, un texte en latin soulignant les interférences de la gestion du comté et de celle du pouvoir royal, de Philippe Auguste jusqu’en 1286.

6 C. Loubet-Balouzat, par une étude intéressante et minutieuse, nous amène sur le terrain des finances et du pouvoir politique sous Mahaut (1302-1329). Son analyse des techniques comptables l’amène à identifier une « pause » monétaire, entre monnaie réelle et monnaie de compte, très détaillée. Mais, malgré les qualités de l’exercice comptable, force est de constater l’inertie, voire le retard, dans la gestion de la principauté. Voilà pourquoi on ne parle que d’un simple « embryon » de chambre des comptes, marquant l’absence d’une volonté réformatrice du pouvoir chez Mahaut. Plusieurs pièces annexes, notamment des tableaux, des schémas de synthèse permettent d’éclairer cette recherche récente et novatrice.

7 R. Telliez aborde la justice dans le comté pendant « l’indépendance du comté » entre 1237 et 1384 (transfert de l’administration de Philippe le Hardi à Lille). La richesse du fonds est indéniable avec plus d’un millier de documents regroupant les actes et règlements judiciaires au niveau comtal, les comptabilités des baillis et celles des receveurs d’Artois. Au total, l’Artois est doté de quinze bailliages, et l’auteur tente dans cet « enchevêtrement juridictionnel » de dissocier les tâches respectives des baillis comtaux et des échevinages urbains. Dommage que l’auteur limite son étude principalement aux cas d’Arras et de Saint-Omer, certes deux centres principaux, mais la tâche globale pour le comté dans son ensemble eût été trop vaste ! Après avoir étudié les différentes juridictions au sein de la principauté territoriale, l’auteur s’attache à analyser la norme pénale appliquée dans la justice artésienne : la preuve par témoin domine mais, en cas d’absence de celui-ci, la procédure extraordinaire est engagée et la question peut-être pratiquée. Les amendes n’ont rien d’exceptionnel, similaires à celles de Flandre ; quant aux termes utilisés, ils sont très variables autant que les interprétations des historiens, comme le rappelle R. Telliez.

8 A.-H. Allirot relate les dévotions de Mahaut et de Marguerite d’Artois au xive siècle. Les multiples fondations et le mécénat de ces deux princesses révèlent l’importance de leurs ancêtres et leur filiation au rang royal, liant l’Artois à la royauté. L’auteur énumère et analyse les différents lieux patrimoniaux symbolisant cette volonté politique, l’abbaye royale de Monbuisson, Notre-Dame de Boulogne, le château d’Hesdin, l’hôtel d’Artois à Conflans, le couvent des Clarisses à Saint-Omer ainsi que bon nombre de tombeaux et d’hôpitaux. Une illustration eût été bienvenue s’agissant de patrimoine et de l’histoire de l’art.

9 X. Hilary, quant à lui, traite du long séjour de neuf ans du comte Robert II en Sicile (1282-1291). Un ensemble de sources très variées lui a permis de mettre en valeur les liens entre le comte d’Artois et la branche angevine de la famille capétienne. Comme à l’accoutumée, X. Hilary décortique avec minutie les manuscrits du trésor des chartes d’Artois, sources épistolaires, quittances, registres administratifs ou juridiques. Ce travail permet aussi de connaître les biens possédés par le comte d’Artois dans le royaume de Sicile. Nul doute que « tous ces documents mériteraient d’être publiés ».

10 Enfin, G. Butand achève ce volume par une étude intéressante mais complexe associant généalogie et histoire. Il s’agit de l’œuvre littéraire d’un auteur nommé Clément de Sainghin, achevée en 1471 et dédiée au maître Jacques de Luxembourg, qui a servi d’étude. L’auteur insiste sur la présence d’un « très bel arbre généalogique enluminé qui accompagne le texte » et nous rappelle l’intérêt de la généalogie, science annexe de l’histoire très en vogue actuellement.

11 Cette publication, dont l’objet était d’attirer l’attention de la communauté scientifique et du public érudit, valorise un « fonds » d’archives encore insuffisamment exploité. On peut se réjouir de ce que le pari d’A. Provost soit largement gagné et que puissent de telles études se développer, témoignant de l’importance des sources pour l’historien et du travail réalisé par nos archivistes.

12 Stéphane Curveiller


Date de mise en ligne : 11/12/2014

https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913h